Liberté, égalité, chocolat, d’Alex Shearer

Coopération passive ou résistance gourmande ?

Et vous, accepteriez-vous de vivre dans un monde sans chocolat ?

Liberté, égalité, chocolat d'Alex Shearer

© Bayard Jeunesse, 2008

 

Il existe une période dans l’adolescence où l’on se rebelle contre ses parents, les professeurs ou encore le système. Cette résistance est souvent vue comme exagérée. Mais quand un gouvernement décide de vous priver de petits plaisirs comme les friandises, est-il légitime de transgresser l’interdit ?

Jusqu’où un parti politique peut-il aller ?

Le Parti Qui Vous Veut du Bien a gagné les élections. Des avis sont placardés dans toute la ville : dorénavant, le chocolat et toute autre sorte de gourmandise est interdite. Les citoyens ne respectant pas la vision d’une alimentation équilibrée seront envoyés en centre de rééducation. Pourtant, Arthur et Sébastien décident de continuer à savourer des friandises, et sont déterminés à résister. Après avoir fréquenté le marché noir sans succès, ils tentent de fabriquer du chocolat avec la complicité de Mme Robin la commerçante et M. Bothorel le bouquiniste. Cependant pour faire respecter leur conception de la vie saine, la Patrouille Anti-Chocolat et les Jeunes Pionniers du Parti sont prêts à tout !

Un roman pour adolescents au visuel attirant

En première de couverture, nous découvrons une image de fond qui rappelle le papier « Kraft ». Le titre est tagué en rouge et un mégaphone dessiné  en marron, sûrement en poudre de cacao. La première de couverture évoque un tract chiffonné tel un ancien emballage de chocolat.

La première phrase de la quatrième de couverture reprend les affiches prohibant les confiseries. Le texte résumant le récit est efficace car il fait une bonne mise en abyme et attire le lecteur grâce au questionnement qui le termine.

En observant le livre, le titre nous interpelle en reprenant la devise de la République française en remplaçant “fraternité” par “chocolat”.

Parallèle avec des dictatures et leur résistance

Le début du récit se fait d’une manière douce et légère, mais elle est vite remplacée par une histoire beaucoup plus complexe. En effet, même si l’auteur fait référence à la Prohibition américaine en comparant le chocolat à l’alcool, le parallèle ne s’arrête pas là.

Tout au long du récit, on remarque des similitudes avec l’époque du régime nazi ou encore de l’URSS sous Staline. Ainsi, les résistants, ici nommés les bootleggers et les Laveurs de Carreaux, sont envoyés en camps de rééducation. Après s’être fait arrêter, Sébastien se retrouve dans un de ces camps où on lui tond les cheveux et on remplace ses vêtements par l’uniforme réglementaire des détenus, ce qui est clairement une référence aux camps de concentration ou au goulag.

La patrouille Anti-chocolat rappelle la NKVD (Narodnii Komissariat Vnoutrennikh Die, la police politique de l’URSS) et la Gestapo. Les Jeunes Pionniers du Parti et leurs chants

Et celui qui n’ s’y plie pas au Parti, on l’dénoncera. L’parti est notre gardien

ressemblent à s’y méprendre aux Jeunesses hitlériennes  ou aux Komsomolets (la jeunesse communiste du Parti communiste de l’Union Soviétique).

Le parti s’empare des médias pour divulguer ses idées. Ainsi apparaissent “le Quotidien Qui Vous Veut du Bien”, “la BD du Parti” ou encore “les studios du Parti qui Vous Veut du Bien”. Comme dans toutes dictatures, il existe des résistants, des collaborateurs, des dénonciations… Ce texte peut permettre aux enseignants de débattre sur des sujets compliqués comme la place du gouvernement dans la sphère privée, ou le statut du citoyen doté de valeurs propres, capable de se manifester contre des lois injustes.

Même si Liberté, Égalité, Chocolat fait référence à des thèmes durs, le récit ne tombe pas dans une vision de l’héroïsme idéal. Les personnages principaux sont tentés par la gloire et l’argent. En voyant que ses collaborateurs sont peu prudents et achètent sans compter, Arthur se fâche

Tu devrais leur simplifier la vie! Pourquoi ne pas porter un T-Shirt avec écrit dessus : Je suis un Bootlegger. Arrêtez-moi. Je mérite la Prison.

Cela permet à l’auteur de créer une multitude de réactions différentes et nuancées.

Une dystopie pas si loin de notre réalité

Afin de toucher le lecteur, il faut que l’adolescent puisse s’approprier l’histoire. En dépit de leurs activités dans la résistance, Arthur et Sébastien restent deux adolescents qui vont au collège, font du vélo. Malgré la répression,ils organisent des fêtes où

Alain confectionnait cocktails et milk-shakes à base de chocolat, qui vous faisaient saliver et excitaient agréablement les papilles.

Les adolescents ont des rapports plus ou moins conflictuels avec leurs parents (Sébastien et son père) et leurs camarades de classe (François Crampon, un jeune pionnier qui cherche à dénoncer les résistants).  Chaque adolescent peut se retrouver dans le récit grâce aux situations et sentiments de Sébastien et Arthur.

Leur quotidien rappelle notre réalité. En effet, le Parti Qui Vous Veut du Bien gagne les élections dans un gouvernement qui semble être démocratique. La moitié des citoyens est donc mécontente mais l’accepte. Le nouvel avis, critiquant les sucreries, évoque les recommandations de l’État sur notre santé:

Mangez 5 fruits et légumes par jour

Ne mangez pas trop gras, trop sucré, trop salé…

Le Parti proclame d’ailleurs des slogans similaires :

Consommer de mauvais produits pourrait vous coûter la vie

Votre pays a besoin de Vous… Mangez des choux !

Mon avis

Le récit est parfait pour la lycéenne que j’étais et qui l’avais emprunté au CDI. Il regroupait les thèmes de l’amitié et de la famille, tout en y installant une certaine dystopie qui m’a permis une réflexion sur la société qui m’entourait et ses limites. Je l’ai trouvé facile à lire et assez souple, permettant une certaine mise à distance. Même si les personnages sont attachants et pleins de bonne volonté, ils ne sont pas parfaits, ce qui les rend crédibles et sympathiques. Aujourd’hui, en le redécouvrant, je suis un peu déçue par la syntaxe que je trouve trop simple, voire enfantine. Malgré cela, tout au long de la lecture,  je n’ai pu m’empêcher de manger du chocolat car des passages expliquant la douceur, le fondant et « la musique du petit papier d’argent » qui recouvre la plaquette m’ont littéralement donné l’eau à la bouche !

On s’approprie facilement l’histoire, ce qui fait de Liberté, Égalité, Chocolat, un roman à recommander aux adolescents de notre entourage !

Public ciblé : à partir de 12 ans

L’auteur et l’éditeur

L’auteur

Alex Shearer est un écrivain anglais. Il a écrit une vingtaine de livres destinés aux enfants comme aux adultes.  Liberté, Egalité, Chocolat est son seul roman ayant reçu une distinction : le prix Ado-lisant 2010. Son opus The Greatest Store in the World a été adapté au cinéma.

La maison d’édition

Les droits de Liberté, égalité et chocolat ont été achetés par les éditions Bayard et l’œuvre publiée par la collection Millezime. Elle propose tous les genres et thèmes littéraires à travers des romans en grand format. Ils sont accessibles dès l’entrée au collège et traitent de sujets contemporains et parfois difficiles. Créée en 2009 et arrêtée en 2015, elle a été remplacée par Estampille, une collection qui reprend le même types de thèmes mais en y insérant des histoires à dimension historique.

Bayard est un groupe de presse et d’édition historique mû par une volonté récente de travailler avec les outils numériques. À dimension internationale, ses domaines de références sont la jeunesse, les seniors et la religion. Il a été créé en 1873 par le père Emmanuel d’Alzon, fondateur de la congrégation catholique Les Augustins de l’assomption, qui est toujours propriétaire du groupe. Bayard a une place de choix dans les groupes de presse français, il est le cinquième de leur rang grâce à des magazines comme Pèlerin, Notre Temps pour les adultes  ou Astrapi, Okapi, Phosphore, I love English et bien d’autres pour la jeunesse.

Le groupe Bayard souhaite donner à ses publications une nouvelle dimension. Ainsi, il a mis en place le programme Bayam en 2013 afin de démocratiser en douceur l’usage de supports numériques pour la lecture, les jeux, les vidéos…

Référence bibliographique

SHEARER, Alex. Liberté, égalité, chocolat . Stan et Sophie BARETS (Trad.). Paris : Bayard jeunesse, 2008. Millézime. ISBN : 978-2-7470-1485-4

 

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