Amulius, le roi des complots

Pour commencer

Regarde la carte du monde, voici l’Europe ! Maintenant, vois-tu ce morceau de terre en forme de grande botte ? Oui, c’est cela, cette partie qui ressemble à la  botte de sept lieues du Petit Poucet. On l’appelle Italie, le pays des pâtes, des pizzas et des glaces. Rapprochons-nous encore un peu. Au centre, il y a des montagnes et sur les côtes, on trouve de nombreuses villes. Parmi celles-ci, il y en a une qui est très ancienne. Elle se situe sur la côte est de l’Italie. Non, elle n’est pas du côté du talon de la botte, elle se trouve du côté de la pointe. Maintenant, remonte à peu près jusqu’au milieu du pays, stop ! Ton doigt est   posé sur la ville qui nous intéresse, Rome.  Beaucoup de touristes viennent visiter cette cité car on trouve des œuvres d’art dans tous ses recoins. Mais sais-tu que cette cité si florissante et si belle vient d’une autre beaucoup plus ancienne qu’on appelait Albe ? Écoute maintenant cette histoire qui se passe à une époque très lointaine à Albe et qui se termine à Rome.

La succession du bon roi Procas

Il y a longtemps, très longtemps, vivait un roi très bon et aimé de tout son peuple. On le nommait Procas. Or, sentant ses forces décliner et voyant la mort approcher, il décida de répartir le pouvoir entre ses deux fils.  Au premier, Amulius, qui était cruel et avide, il donna l’or et tous les trésors qu’il avait amassés durant son long règne. Au second, Numitor, qui était bon et juste, il donna le pouvoir de gouverner sa ville d’Albe.

« Mon fils Numitor, se disait Procas, gouvernera bien mon royaume car il a un grand cœur. Quant à son frère Amulius, il est indigne de régner, son cœur est trop mauvais, mais pour qu’il n’aille point chercher querelle à son frère, je lui donne tout l’or que j’ai et il devra bien s’en contenter. »

Hélas, Amulius ne l’entendait pas de cette oreille. Peu de temps après, Procas mourut et Amulius décida de récupérer le pouvoir en plus de l’argent.

«  Comment, se disait-il, mon père a cru que je me contenterais de ses trésors ! Je veux le pouvoir et je le prendrai à mon frère ! et qu’il n’espère pas d’argent en échange, je garderai mon or et lui, j’en ferai mon esclave ! »

S’imaginant déjà porter la couronne de son malheureux frère, il partit d’un grand éclat de rire si cruel et si sinistre que les soldats de son escorte en eurent le sang glacé.

Les préparatifs d’Amulius

Amulius ne tarda pas à mettre son projet à exécution.  Quelques jours  lui suffirent pour échafauder le plan le plus diabolique que l’Antiquité eût connu. Il fit voler dans les archives royales le testament de son père Procas dans lequel il était écrit que Numitor recevrait le pouvoir et qu’Amulius aurait le trésor. Il cacha le précieux papyrus dans son coffre-fort et le remplaça par un autre dans lequel il écrivit :

Moi, grand roi Procas, décide en ce jour solennel de transmettre à mon fils aîné Amulius le pouvoir que j’ai moi-même reçu de mes pères et je le constitue héritier légitime de tous mes biens. Cependant je concède à mon second fils Numitor la direction du trésor royal. Si jamais il advenait qu’il se serve de cet or, que mes pères et moi-même ont péniblement amassé pour son profit personnel, que la garde du trésor lui soit retirée et qu’elle soit confiée à son frère aîné Amulius qui, je le sais, l’administrera avec justice.

Ayant achevé ce faux papyrus, il le fit ranger à la place de l’ancien, puis il fit préparer d’avance une prison pour son frère afin de pouvoir l’enfermer dès qu’il serait capturé.

Le complot d’Amulius

Une semaine après ces sombres préparatifs eut lieu une grande fête religieuse que Numitor, en tant que roi, présidait. Une fois qu’on eut  offert des sacrifices et chanté des hymnes, Numitor monta sur l’estrade pour donner un discours solennel, comme de coutume. Mais au moment où il allait ouvrir la bouche, Amulius surgit sur les gradins, suivi d’une troupe d’hommes armés ressemblant plus à des bandits qu’à des soldats. Aussitôt les acclamations des Romains en l’honneur de leur roi qui allait parler cédèrent la place à un silence pesant et l’effroi se peignit sur tous les visages.

Mais déjà sur l’estrade les hommes en armes avaient neutralisé l’escorte du roi et entouraient celui-ci pour qu’il ne s’échappe pas. De son côté, profitant du silence qui s’était installé, Amulius prit la parole :

« Peuple romain, ne t’effraie pas! Tu crois que ton roi est attaqué, que je vais amener la guerre et la tyrannie ! Apprends la vérité ! Depuis quelques temps déjà, Numitor règne en s’appuyant sur un document qui aurait était écrit par notre bon roi Procas pour se constituer héritier légitime. Or ce prétendu testament n’est qu’un faux ! En consultant les archives royales, j’ai découvert la supercherie : mon frère a remplacé le vrai testament que je vous montre aujourd’hui pour pouvoir prendre le trône. En effet, regardez tous! Dans ce véritable testament, mon père ne faisait pas de mon frère l’héritier. L’héritier légitime, c’est moi. Plein de perfidie, il s’est fait passer pour votre véritable roi. Il s’est montré bon envers vous, mais dans votre dos il se servait dans le trésor de l’état et dans l’argent de vos impôts pour se construire un palais, se vêtir de soie, et porter des bijoux somptueux !

Aussi, par respect de la justice et des dernières volontés de mon bon père, pour le bien de tout notre peuple, que Numitor soit destitué et que son règne de corruption laisse désormais place à une nouvelle ère de justice et de prospérité ! »

Un sombre règne

Amulius prit donc la place de son frère. Il s’installa dans ses appartements, prit son trône et fit tout comme un roi. Par pitié pour Numitor, il ne l’enferma pas dans la prison qu’il lui avait préparée mais lui laissa un appartement dans son palais. Il lui permit aussi de se promener dans le jardin, mais toujours sous bonne garde de telle sorte qu’il lui était impossible de s’enfuir.

Comme vous l’avez deviné, Amulius ne fut pas un bon roi. Il fit tout pour s’enrichir, vivre dans le luxe et l’abondance pendant que la pauvreté s’installait dans la malheureuse ville d’Albe. La terreur arriva aussi car des complots se formaient pour détrôner l’usurpateur, délivrer Numitor et lui rendre  son trône. Amulius envoyait partout ses espions pour déjouer les conspirations et exécuter ses ennemis. Tous ceux qui osaient protester contre le régime vivaient donc dans la crainte de se faire arrêter.

Coup de théâtre

Mais Amulius avait oublié un détail : Numitor avait une fille qui elle-même avait deux garçons, Romulus et Rémus. Ces deux derniers avaient été élevés à l’écart, dans la montagne, par un berger nommé Faustulus. Quand ils eurent vingt ans, Faustulus leur révéla leur origine royale et les deux frères décidèrent de remettre leur grand-père sur le trône. Pendant plus d’un an, ils organisèrent le complot et se firent des alliés dans la ville d’Albe tout en échappant sans cesse à la surveillance d’Amulius.

Enfin, le jour préparé avec tant de soin arriva. Au petit matin, avant même le lever du soleil, Romulus et Rémus partirent avec leurs compagnons. À l’heure prévue, ils pénétrèrent dans le palais, saisirent Amulius et l’enfermèrent dans un cachot. Puis devant tout le peuple qu’ils avaient fait rassembler sur la grande esplanade, ils expliquèrent la supercherie du faux roi et rétablirent la vérité. En chœur, tout le peuple acclama Romulus et Rémus comme les libérateurs de la patrie et on rendit solennellement le trône à Numitor.

Justice faite, retour de la paix et de la prospérité

Le bien-aimé Numitor, comme on l’appela désormais, réorganisa le royaume et le peuple ne fut plus écrasé par des impôts trop lourds. Il aimait son souverain, il mangeait  à sa faim et riait tant qu’il voulait. Les champs étaient fertiles, les commerces prospères, on était heureux. Romulus et Rémus partirent de leur côté fonder une nouvelle cité qu’on nomma Rome. Amulius fut jugé par les sages de la ville. Tous furent unanimes: il mérite la mort. Il fut donc exécuté dans son cachot et on n’en parla plus jamais si ce n’est pendant les soirées d’hiver où, à la veillée, auprès du feu, quand le vent glacial souffle au dehors, on écoutait en frissonnant les histoires du temps passé, histoires vraies ou légendes, que les anciens racontaient pour faire peur aux enfants.

(à partir de 5 ans)

 

Résumé en 30 secondes

Amulius veut prendre la place de son frère Numitor qui a hérité du pouvoir royal suivant la volonté de leur père Procas. Il organise un complot, le détrône et règne pendant quelque temps. Il est finalement renversé par Romulus et Rémus, les petits-fils de Numitor et est exécuté. Numitor récupère sa place et Romulus et Rémus partent fonder Rome.

Image à la une : Nicolas Mignard. The shepperd Faustulus bringing Romus et Remulus to his wife . British library. Image disponible sur Wikimédia commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Faustulus#/media/File:Mignard_-_The_Shepherd_Faustulus_Bringing_Romulus_and_Remus_to_His_Wife.jpg. Les futurs fondateurs de Rome, et descendants de Numitor, sont recueillis par Faustulus et sa femme.

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