La boîte de Pandore

Il y a très longtemps, alors que les humains dormaient dans le froid de l’hiver, Prométhée, le protecteur des hommes, déroba le feu aux dieux et l’apporta sur la Terre. Zeus, le plus grand des dieux, explosa de rage et de son foudre fit naître une tempête. Il promit de se venger de l’humanité entière. Zeus eut alors l’idée de fabriquer une femme, la première, et de l’envoyer sur la Terre avec les hommes, munie d’une mystérieuse boîte que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de boîte de Pandore. Et Pandore, c’est moi.

Tout public

      Mon arrivée

C’était mon premier jour, nous étions au mois de mai, ce qui n’est vraiment pas un avantage pour un premier jour de lycée. Je suis arrivée devant la salle qu’on m’avait indiquée, et le professeur m’a accueillie avec un sourire. Les élèves de seconde 3 étaient tous déjà installés quand il a ouvert la bouche.

Je suis monsieur Nocart, professeur principal de cette classe. J’enseigne le français. Peux-tu nous dire quelques mots pour te présenter à la classe ?

– Euh… Bonjour.. Je m’appelle.. Pandore. J’ai 15 ans. Je viens d’emménager et je ne connais personne… Est-ce que je peux m’asseoir maintenant, Monsieur ?

Il prit un air grave avant de me répondre.

– Si tu manques de quoi que ce soit, tu peux venir m’en parler.

Monsieur Nocart a ensuite montré d’un signe de main une place inoccupée, à côté d’un garçon qui avait l’air ailleurs. Il regardait par la fenêtre et a sursauté quand je me suis assise. Il a froncé les sourcils.

Je suis nouvelle, je m’appelle Pandore.

– D’accord. Il n’avait pas l’air à l’aise non plus.

– Tu as un nom ? ai-je osé.

– Il s’appelle Épiméthée, m’a répondu la fille qui était devant nous. Il ne parle pas beaucoup.

Je ne savais pas quoi dire à la fille, alors je n’ai pas répondu. Elle s’est retournée en haussant les épaules. Puis le professeur a demandé le silence et le cours a commencé.

Ce jour là je n’ai pas quitté Épiméthée. J’aimais les cheveux blonds qui retombaient sur son front et sa façon de ne dire que le nécessaire. Il m’a expliqué le fonctionnement du lycée et m’a parlé de ses passions : les étoiles, les mystères, les lieux inexplorés… Il avait l’air très intelligent et à la fois facilement perturbable.

Plus tard dans la journée, après les cours, je suis vite rentrée chez moi. J’ai ouvert le petit portail et suis entré dans la joli maison en brique.

Bonjour papa.

– Bonjour Pandore, comment s’est passée ta première journée ? Il semblait véritablement intéressé.

– Plutôt bien, les profs sont sympas et je me suis fait un ami, ai-je répondu avec un sourire.

– Oh! Et comment s’appelle-t-il? Il était surpris, c’était la première fois que je parlais de garçon.

– Épiméthée, c’est plutôt original.

Il a souri et m’a dit de m’asseoir, puis il est allé dans la cuisine et est revenu avec une boîte et deux verres de jus d’orange. J’ai ouvert la boîte à cookies, et on a goûté tous les deux. Maman est arrivée quelque temps plus tard, elle m’a embrassé sur le front et a posé les mêmes questions que Papa.

     La boîte

Vers 17h30 je suis montée dans ma chambre pour faire mes devoirs, les jours étaient de plus en plus longs et il faisait encore très clair. Entre deux exercices de math, j’ai aperçu le visage souriant de ma mère dans l’entrebâillement de la porte. Elle tenait une grosse boîte en bois dans ses bras, et l’a déposée dans le coin de la pièce, puis elle s’est assise sur mon lit et m’a demandé de la rejoindre.

Cette boîte est très importante pour notre famille, Pandore, il s’agit de notre objet le plus précieux.

Ma mère a une façon énigmatique de raconter les choses, elle aime utiliser des légendes pour se faire comprendre.

Je ne l’ai jamais vue, ai-je rétorqué.

– C’est normal, c’est la première fois que je te la montre. En vérité, je te la donne, elle te revient mais il faut que tu écoute ce que j’ai à dire.

Je ne comprenais pas tout ce qu’elle disait mais j’étais curieuse, alors je l’ai laissée continuer.

C’était il y a très longtemps, Pandore, j’espère que tu comprendras. Notre famille est particulière. Tes ancêtres ne sont pas comme les autres, ils étaient dotés de capacités hors du commun. Malheureusement à cette époque, tout le monde ne se battait pas pour les mêmes principes et des conflits sont apparus. Cette boîte est un fardeau que les femmes de notre famille se doivent de protéger depuis des centaines d’années. Elle m’a été donnée par ma mère qui l’avait elle même héritée de sa mère.

– D’accord, tu me donnes cette boîte. Qu’est-ce que je dois en faire?

Je regardais l’objet sans comprendre. Maman reprit son discours.

Tu dois la garder, mais le plus important est ce que tu ne dois pas faire, Pandore. Tu ne dois surtout pas l’ouvrir. Je ne sais pas exactement ce qu’elle contient, mais elle nous a été offerte par des personnes qui ne nous portaient pas dans leur cœur. Si quelqu’un venait à l’ouvrir, les conséquences pourraient être dramatiques. Alors, promets-moi de ne pas l’ouvrir, de ne pas chercher à la détruire, ni de la donner à quelqu’un d’autre. La première femme qui l’a eu a décidé de la transmettre, et nous devons continuer jusqu’à ce que quelqu’un trouve une solution. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, mais crois-moi, Pandore, tu sauras comment agir.

Elle m’a de nouveau embrassée sur le front et m’a laissée seule dans ma chambre avec la boîte. J’ai eu du mal à dormir ce soir-là, des centaines de questions se bousculaient dans ma tête.

     L’erreur

Quelques jours plus tard,  j’ai retrouvé Épiméthée devant le lycée. Je n’en pouvais plus de garder cette histoire pour moi ; alors je lui ai tout raconté. Il a plutôt bien réagi, il avait l’air de comprendre. Nous nous sommes dirigés vers la salle, et sur le chemin, une idée germait déjà dans nos deux esprits curieux. Alors nous avons fait demi-tour et tout en essayant d’allier vitesse et discrétion, il m’a demandé si j’étais prête. J’ai dis oui et quinze minute plus tard nous étions tous les deux devant la mystérieuse boîte.

Nous sommes restés silencieux pendant un bon moment. J’essayais de me convaincre de ne pas l’ouvrir, mais ma curiosité me rattrapait sans cesse.

Je vais l’ouvrir.

Épiméthée m’a regardée avec admiration et a reculé d’un pas. J’ai tiré sur la lanière de cuir et appuyé sur le loquet qui servait à verrouiller la boîte. Ensuite j’ai doucement soulevé le couvercle, qui a fait un grincement abominable. Je venais d’ouvrir la boîte. Et rien ne se passait.

J’ai regardé Épiméthée sans comprendre, et j’ai totalement relevé le couvercle. Et rien n’est arrivé, pas d’odeur nauséabonde, pas de monstre sanguinaire, pas non plus d’objet mystérieux ni de lettres, rien qu’une vielle boîte vide. Alors je l’ai refermée et nous sommes descendus. J’étais soulagée et déçue à la fois. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais en même temps, pas à ça.

Il paraît qu’on ne peut pas forcer une curiosité, mais qu’on l’éveille. Et c’était ma mère qui l’avait éveillée quelques jours plus tôt.

Image à la une : Pandore menée par les dieux, par Charles Le Brun, 1658. Musée départemental Georges de La Tour, Vic-sur-Seille. Disponible sur Wikimedia commons.

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