Il n’y a pas de fumée sans Prométhée

Avant-propos

(Comment ça), qui suis-je ?

Mon nom est Prométhée. Mon père Japet et ma mère Clymène m’ont appelé ainsi, car depuis tout petit, j’ai toujours eu une longueur d’avance sur les autres. Qui sait, je tiens peut-être ça de mes grands-parents, Ciel et Terre, qui existaient bien avant les dieux immortels de l’Olympe ! D’avoir été toujours prévoyant ne m’a pas pour autant empêché d’avoir quelques ennuis, en particulier avec ce Zeus l’Olympien. Non seulement il a foudroyé l’un de mes frères, mais en plus, il force Atlas, mon second, à porter à lui tout seul le ciel sur ses épaules. J’en ai bien un autre, Épiméthée, mais c’est un nigaud de première !

Je vais maintenant vous raconter ce que j’ai osé faire au roi des dieux, et surtout ce qu’il m’a coûté de désobéir, à moi, mais à vous aussi !


Ma désobéissance

Tromper Zeus, c’est un régal !

Je me souviens de ma première ruse, lors d’un festin avec les dieux, auquel je fus convié. J’ai d’abord gentiment fait moi-même les parts. C’est là que l’idée m’est venue de mettre à l’épreuve la sagesse de celui qu’on nomme le roi du monde. J’ai sournoisement fait deux parts de taille égale. Dans l’une, j’ai mis les meilleurs morceaux de viande recouverts d’os blancs, dans l’autre, un tas d’os recouverts d’un peu de chair… et le tour était joué ! Je me suis approché de Zeus, et en m’empêchant tant bien que mal de rire, je lui ai tendu les parts en le laissant choisir. Mais j’ai eu l’impression qu’il avait bien compris la supercherie, et qu’il voulait me faire marcher en choisissant la part qui lui semblait la plus appétissante.

J’ai peut-être eu les yeux plus gros que le ventre !

Après m’être attiré les foudres de l’Olympien, j’allais voir de quel bois il se chauffe. D’abord, c’était tout entendu, Zeus hors de lui, désirait faire disparaître la race des hommes qui vivent heureux sur la terre. Puis il était hors de question pour lui de leur laisser le feu, qui permet tant de prouesses techniques. C’est une vraie tête de mule quand il s’y met, mais moi qui suis de la race des Titans, celle de son père, j’ai plus d’un tour dans mon sac et je ne comptais pas en rester là.

Ne jamais jouer avec le feu !

Le feu, c’est sacré !

Profitant d’un moment d’inattention, je me rendis dans l’Olympe en toute discrétion, et dérobai au maître des nuages, le feu qu’il détenait jalousement, en me servant d’une tige de roseau. Puis je repartis aussi vite, sans même me faire remarquer ! Ensuite je pris soin de réparer cette injustice qui vous a été faite, car le sort de votre communauté m’importe beaucoup ! J’ignore si c’est la vengeance qui m’a conduit à désobéir au jeune chef des bienheureux, après qu’il se fut débarrassé de ceux de ma race, ou bien la pitié que vous, les humains, m’inspirez. Toutefois, il ne fallut pas très longtemps à Zeus pour comprendre qu’il s’était fait une nouvelle fois berner, et déjà, il médita une vengeance terrible pour les hommes, avec la complicité des autres Olympiens.

La première femme !

Voici quel fut son plan : en premier lieu, il convoqua les dieux et déesses, qui sont sous ses ordres. À Héphaïstos, dieu forgeron, il ordonna que  fût façonné un être fait d’eau et de terre, qui eût les beautés d’une déesse, afin de mieux corrompre le cœur des hommes. Il fabriqua également un magnifique diadème d’or. Quant à Athéna, il lui fut demandé d’enseigner les arts du tissage à cette jeune fille et elle sut l’embellir en y joignant une ceinture ainsi qu’une parure. Aphrodite lui insuffla la grâce et le désir qui laissent les hommes pantois. Tous, Dieux et Déesses, mirent du cœur à l’ouvrage pour façonner dans les moindres détails, celle qui serait vue comme la première femme, et que ces Olympiens nommèrent Pandore, car tous les dons lui furent attribués.

Ce fut un vrai coup tordu de Zeus, que ce cadeau empoisonné, et en sachant à l’avance tout qu’il méditait, je pensais que ses plans tomberaient à l’eau. C’était sans compter sur mon idiot de frère, Épiméthée !

La vengeance de l’Olympien

La boîte de Pandore, à prendre ou à laisser ?

Dès que la jeune fille fut enfin prête, et qu’auprès d’elle, une boîte contenant tous les malheurs et les souffrances possibles fut disposée, Hermès qui vole d’un bout à l’autre de la terre porter les messages du grand patron, vint voir mon frère Épiméthée. Le sournois messager  lui tendit la jeune fille et sa boîte de malheur, qu’Épiméthée finit par accepter de bonne grâce, sans qu’il se fût réellement interrogé sur cet étrange cadeau, et ce même en étant averti du danger imminent ! Jamais il n’a fait fonctionner son cerveau ; il  ne prend conscience de ce qui lui arrive qu’après coup, et chaque fois, il se fait piéger ! Quand Hermès s’en fut allé, Pandore ne tarda pas, motivée par cette fâcheuse curiosité qui lui a été inculquée, à ouvrir la boîte de laquelle jaillirent aussitôt les vices, les peines et les maladies innombrables qui feraient votre ruine. Car j’ai connu un temps où vos ancêtres humains n’avaient ni le besoin de travailler durement, ni le souci de la guerre et ne connaissaient pas non plus la vieillesse qui provoque des rides au visage. Ils n’avaient ni jalousie ni rivalité pour leurs semblables. Mais tout a changé depuis ce funeste jour  où l’on vit les malheurs se propager parmi les hommes. On raconte aussi que l’espérance n’eut pas le temps de s’échapper que le couvercle déjà, s’était refermé ; c’est du Zeus tout craché !

Mon ultime punition : je n’y échapperai pas cette fois

Je vais maintenant conclure mon récit, car je vois ma fin proche. Après que la boîte de la jeune Pandore fut envoyée sur Terre, Zeus prit la décision de m’empêcher de nuire à ses projets, une bonne fois pour toutes. Un jour, Zeus vint me chercher puis m’enchaîna à une colonne où je suis encore au moment où j’écris ces lignes. Le comble de sa vengeance est qu’il m’envoie chaque jour un maudit aigle qui me fait atrocement souffrir en me rongeant le foie. Jamais un homme de ma condition n’a connu une telle peine, qui chaque jour se répète. Mes forces me lâchent et je ne sais depuis combien de jours, de mois ou d’années je suis attaché à ce poteau. Mais je vois déjà le vaillant Hercule, envoyé par Zeus sans aucun doute, venu pour abréger mes souffrances. C’est là que s’arrête mon récit. Cependant, je sais que je n’ai pas été totalement inutile, car l’avenir promet à mon fils Deucalion, et à son épouse, fille de mon frère, Pyrrha, d’être les seuls survivants du déluge que Zeus prémédite et qui fera disparaître la race humaine. Mon combat n’a pas été vain, car je suis persuadé qu’aujourd’hui encore vous peuplez en grand nombre cette terre.

FIN


Résumé documentaire

Le titan Prométhée désobéit  à Zeus qui s’est imposé comme le nouveau roi des dieux. Il fait preuve de ruse, d’abord en trompant Zeus lors d’un banquet, puis en lui dérobant le feu sacré au profit des hommes. En conséquence, Zeus envoie une boîte qui, une fois ouverte, propage les malheurs sur l’humanité. Prométhée est enchaîné tout en subissant un châtiment éternel.


Bibliographie

SCHMIDT, Joël. Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine. Larousse, 2013. Les grands dictionnaires culturels. ISBN 978-2-03-589496-0.

HÉSIODE. Théogonie. Les Travaux et les Jours. Le Bouclier. Hymnes homériques. Jean-Louis Backès trad.. Gallimard, 2001. Folio, 3467. ISBN 2-07-039344-2.

ESCHYLE. Prométhée enchaîné. In : Tragédies. Paul Mazon trad.. Gallimard, 1982. Folio, 1364. ISBN 2-07-037364-2.

Pausanias : Livre X Phocide , Chapitre IV la ville de Panope- 4. Traduction française de l’abbé Gedoyn, Pausanias ou Voyage historique, pittoresque et philosophique de la Grèce. Paris, Debarle, 1796. In : Site de Philippe REMACLE  [En ligne]. 2003. [consulté le 1er mars 2016] . Œuvre numérisée et mise en page en collaboration avec Marc Szwajcer. Disponible sur le web : http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/phocide.htm.

Image à la une : Prométhée, toile de Gustave Moreau. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gustave_Moreau_006.jpg.

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