Ulysse et la mystérieuse disparition

Ulysse, jeune collégien, s’apprête à rentrer chez lui après une longue journée de cours. Seulement, sa mère a mystérieusement disparu, et il n’est pas du genre à laisser un tel mystère sans le résoudre ! Va t-il parvenir à trouver le fin mot de toute cette histoire ? Suivez son aventure pleine d’action et de rebondissement !

 

Alors que nous vivons à une époque que beaucoup qualifient de « rasoir », d’ennuyeuse, j’ai la preuve que l’aventure est parfois là où on l’attend le moins ; je me nomme Ulysse, et je vais vous raconter mon histoire : celle-ci date d’une époque où j’étais encore jeune, fougueux, et parfois aussi un peu irréfléchi.

Le début du mystère

Alors que j’arrivais chez moi après une longue et éreintante journée de collège pleine de théorèmes et autres corpus, je n’avais qu’une envie : regarder la télé et me vider la tête.

J’ouvris la porte en accompagnant le geste d’un

Maman ! Je suis rentré !  comme d’habitude, mais cette fois, aucune réponse.

Ça n’était pas tout à fait pour me déplaire ceci dit, même si d’ordinaire elle me prévenait de ce genre d’absences par message…

Cela m’inquiétait vaguement, mais la possibilité de regarder le nouvel épisode de « Enquêtes légendaires » tout en m’empiffrant de chocolats était trop forte, je préférais donc me dire qu’il s’agissait juste d’un oubli, et qu’elle serait bientôt rentrée. J’avais alors songé à appeler mon père, mais comme il était sans cesse au travail, à faire et refaire les mêmes choses toute la journée, je m’étais dit qu’il ne devait sans doute rien savoir.

L’épisode de ce jour portait sur un kidnapping : un meurtrier sadique avait décidé d’enlever la fille de celui qu’il avait unilatéralement choisi pour être son ennemi juré, et avait laissé pour celui-ci un jeu de piste tordu pour lui laisser l’espoir de la retrouver.

Cela m’inquiétait encore plus. Peut-être un peu parano, je m’imaginais à la place du pauvre homme, et avait réussi par je ne sais quelle sottise à me persuader que ma mère avait sans doute été kidnappée, et qu’il fallait que je fasse quelque chose : après tout, ça faisait déjà une heure que je n’avais pas de nouvelles et qu’aucun signe d’elle ne s’était présenté. Je décidai donc de partir, d’affronter mon destin,et de mener l’enquête.

J’avais tout de même pensé à m’équiper : bombe lacrymo, quelques biscuits et surtout mon petit porte-bonheur, un fer à cheval.

J’avais aussi décidé d’appeler mon meilleur ami Achéménide pour qu’il m’accompagne ; je n’avais qu’à le rejoindre chez lui et nous partirions tous deux vers le parc. En sortant, j’aperçus mon jeune voisin, Euryloque, qui me suivait partout et que je considérais un peu comme mon deuxième petit frère. J’avais beau l’avertir du fait que mon expédition était sans doute dangereuse, pas moyen de l’empêcher de me coller au train, et puis, ses parents n’avaient pas l’air d’en avoir quelque chose à faire… Je pris donc sur moi de l’emmener.

Une rencontre étrange

Alors que nous étions dans le bus, une première mésaventure s’offrit à nous : un homme d’une quarantaine d’années, imposant et à la mine patibulaire, nous regardait d’un drôle d’air. Je pris donc naturellement les devants en ordonnant à Euryloque de rester près de moi, et attrapai discrètement ma bombe lacrymogène. Au moment de sortir du bus, je constatai que l’homme nous avait suivis. Certain qu’il ne s’agissait pas d’une coïncidence, j’avais un plan : je prévoyais de le laisser avancer jusqu’à nous, et, dès qu’il arriverait assez près, de me retourner et de le surprendre d’un bon coup de bombe dans les yeux avant de fuir à toutes jambes. C’était loin d’être le plan parfait et j’ignorais encore ce qu’il voulait, mais je ne devais pas prendre de risques avec Euryloque, d’autant plus avec tous ces événements étranges…

L’homme était maintenant à moins d’un mètre derrière moi. Il me surprit en posant la main sur mon épaule, mais c’était le moment rêvé ! En une fraction de secondes, je me retournai, aspergeai ses yeux et m’enfuis à toutes jambes en portant Euryloque. Maintenant loin derrière nous, l’homme hurlait des noms d’oiseaux à mon égard, mais je préférais ça à ce qu’il avait sans doute prévu de faire à la base, quoi que ça ait pu être.

Dans ma course, j’avais fait un large détour, et nous étions maintenant plutôt loin de chez Achéménide. Épuisé et surpris, Euryloque s’adressa à moi ainsi :

 Ulysse, je veux rentrer chez moi…

– Déjà ? C’est pourtant toi qui as insisté pour m’accompagner, répondis-je, mais bon, c’est pas grave, la vieille Circé habite à deux pas d’ici : je te propose de t’y déposer, et de lui demander d’appeler tes parents pour qu’ils viennent te chercher ce soir.

– Ha oui ! Chouette ! J’adore mamie Circé ! Elle prépare toujours les meilleurs plats !  s’enthousiasma t-il.

Les gâteaux de Circé

La vieille Circé était une grand-mère sympathique, ainsi que mon ancienne voisine. Toujours entourée uniquement de ses chats, elle adorait la compagnie des enfants et veillait systématiquement à ce qu’ils ne manquent de rien : elle ne présentait vraiment aucun danger. Alors que je sonnais à sa porte, Euryloque observait par la fenêtre : une multitude de gâteaux et autres friandises posées sur la table le firent saliver d’avance. Quand elle ouvrit la porte, je n’ai même pas eu le temps de lui expliquer ce qui se passait, qu’Euryloque se faufila derrière elle pour aller dévorer les gâteaux.

Naturellement, après mon récit, elle me proposa aussi d’entrer, de manger quelques gâteaux et d’attendre simplement que ma mère m’appelle. Mais, même si c’était fort tentant surtout après cette course effrénée, j’avais plutôt choisi de continuer ma route et de me contenter des quelques biscuits que j’avais apportés, après tout, Achéménide m’attendait encore. Je jetais un dernier regard à Euryloque, tentant de le saluer de loin avant de partir, mais celui-ci était plus occupé à s’empiffrer comme un petit cochon qu’à me prêter attention.

Je repris donc ma route, sans que rien de réellement notable se passe sur le trajet. En me dépêchant un peu, je parvins chez mon meilleur ami en seulement une petite vingtaine de minutes.

Le dénouement du mystère

Achéménide m’ayant aperçu par la fenêtre, il courut jusqu’à la porte pour m’ouvrir avant même que je ne sonne, mais sans qu’il ait eu le temps de m’adresser quoi que ce soit d’autre qu’un sourire gêné, je vis se profiler derrière lui une silhouette massive.

 Qui c’est encore ?!  Toi ! s’exclama la silhouette en me pointant du doigt.  Achéménide ! Tu montes dans ta chambre, tout de suite !

Visiblement effrayé, mon ami ne se fit pas attendre et sortit bien vite de mon champ de vision. La silhouette me faisait face, et ce n’est qu’à ce moment-là que je le reconnus : c’était l’homme du bus ! Celui dont j’avais aspergé les yeux de bombe lacrymogène ! Il s’agissait donc du père d’Achéménide ?! Il est vrai que je n’avais toujours rencontré que sa mère : impossible donc pour moi de le deviner avant, et puis, pour être tout à fait honnête, il n’avait pas vraiment une tête très sympathique… L’œil encore rouge et plein de larmes, il me regardait avec colère :

 En voilà des manières que d’attaquer les gens ainsi ! Ah ! les jeunes d’aujourd’hui ! Tous des délinquants ! De mon temps, on n’était pas éduqués comme ça ! bavassa t-il.

Il continua son espèce de monologue pendant encore plusieurs minutes, sans que je parvienne réellement à faire montre d’un quelconque intérêt pour ce qu’il me disait. Quand il termina enfin son discours, j’eus droit à quelques explications concernant le fait qu’il avait tenté de m’interpeller à la sortie du bus.

 Ta mère a dû partir d’urgence chercher ton petit frère Télémaque à l’école, il a trébuché et semble s’être cassé quelque chose. Elle n’a plus de batterie sur son téléphone, et est passée me voir avant de partir pour que je vienne te prendre après le travail si elle n’était toujours pas rentrée.

C’était donc pour ça ! J’avais donc vécu toute cette aventure pour rien ? Sans doute, mais je préférais tout de même ça au scénario d’ « enquêtes légendaires » de toute façon. Il poursuivit son récit :

 Je comptais rentrer chez moi et venir te chercher en voiture mais j’ai eu le malheur de te croiser avant ! Ta mère est passée juste avant que tu n’arrives, elle t’attend chez toi.

Il ajouta, d’un air comme qui dirait satisfait :  je t’aurais raccompagné en voiture, mais avec des yeux dans cet état, tu imagines bien qu’il m’est impossible de conduire, n’est-ce pas ?!

Sa colère ne semblait pas s’estomper, il devait être du genre à en vouloir aux meubles dans lesquels il se prend les pieds… J’aurais bien voulu au moins lui présenter mes excuses, mais impossible d’en placer une : sitôt que je tentais d’ouvrir la bouche, il parlait plus fort, de manière à ce qu’on n’entende que lui.

 Dire qu’Achéménide te fréquentait ! N’espère pas le revoir de sitôt, je ne veux qu’il qu’il côtoie des délinquants juvéniles dans ton genre ! Maintenant, ouste !  conclut-il en claquant la porte.

Je n’avais plus qu’à rentrer chez moi, très déçu que mon meilleur ami soit désormais interdit de me voir… Mais bon, de toute façon, son père n’était quasiment jamais à la maison, et on se verrait au collège comme d’habitude.

Charybde & Scylla

C’est seulement à ce moment que je m’aperçus que pas mal de temps était passé depuis mon départ, il faisait maintenant bientôt nuit, et j’avais encore des devoirs à faire… Il fallait que je me dépêche ; mais je connaissais un raccourci efficace pour cela : en passant par dessus quelques palissades et en franchissant quelques jardins, j’arriverais à la maison bien plus vite que le bus.

Seul souci, il me faudrait franchir le jardin de Messine, sans alerter ses chiens, Charybde et Scylla. Je l’avais déjà fait plusieurs fois, mais j’évitais en général de devoir passer par là sans avoir une bonne raison, ces chiens étaient très féroces. Après avoir traversé avec aise les premiers jardin, j’étais arrivé au moment fatidique. Les chiens étaient dans leur niches respectueuses, d’un côté et de l’autre du jardin : d’abord, Charybde.

Le chien ronflait. Je tentais donc de passer discrètement sans l’alerter. Tout se passait bien jusqu’à ce que je marche sur un jouet de chien à moitié détruit. Un « Pouuuêêêt » s’échappa. Le chien se mit à ma poursuite aboyant avec fureur : je me dépêchai donc d’atteindre l’autre bout du jardin (celui-ci était gigantesque, plus grand encore que la maison de Messine).

Quasiment arrivé au bout, et alors que Charybde s’apprêtait à me mordre, un bruit de chaîne se fit entendre : le chien était attaché et ne pouvait donc plus avancer : je m’étais adossé au mur, soulagé, et l’observait. Il semblait enragé. Messine devait sans doute les avoir dressés comme chiens d’attaque, mais même sans ça, quelque chose chez ce chien était bizarre, il semblait dérangé, même au naturel. C’est alors qu’un grognement me ramena à la dure réalité, Scylla avait été réveillé par le boucan et me faisait face, un air de défi dans les yeux. Lui n’était pas attaché. Je devais trouver un moyen de lui échapper, mais, dos au mur, il m’aurait mordu dès que j’aurais bougé.

Je cherchais donc un moyen, fouillant discrètement mon sac à la recherche de la bombe lacrymogène tandis qu’il grognait de plus en plus fort. Manque de chance, cette dernière était vide. Je pris donc le seul objet qui restait : le fer à cheval. Si je parvenais à mettre assez de force dans mon coup, je pourrais l’assommer avec : tentant le tout pour tout, je levais le bras attendant qu’il s’approche. Le chien se jeta sur moi dès que mon bras fut levé. Par panique plus qu’autre chose, je le  frappai d’un coup ; cela suffit à le sonne. Je courus le plus vite possible jusqu’à la palissade, la franchissant en évitant une morsure à l’arrière-train in extremis.

Je pris le temps de reprendre mon souffle et repartis enfin vers chez moi. Je ne pus cacher ma joie de retrouver enfin ma bonne vieille rue d’Ithaque après cette longue journée. Je fus surpris cependant de trouver ma mère si peu inquiète à mon sujet, mais elle m’expliqua vite que Polyphème, le père d’Achéménide, l’avait appelée pour l’avertir que j’étais en route. Autant dire qu’après tout ça, même les devoirs de maths me semblaient être un loisir très appréciable.

Résumé

Ulysse est un collégien dont la soif d’aventure est insatiable ! Lorsqu’il s’aperçoit que sa mère n’est pas à la maison et qu’elle ne l’a même pas prévenu d’un simple message, il songe à un enlèvement. Il entreprend alors d’aller la retrouver, rencontrant au passage de nombreux personnages, alliés ou ennemis. Ulysse une nouvelle odyssée au XXIème siècle !

Public conseillé : 8 ans et plus

Image à la une : Mercure protégeant Ulysse des charmes de Circé,par Annibale Carracci. Musée d’Orléans. Disponible sur Wikimedia commons.

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