La toile d’Arachné

Arachné est une jeune fille douée pour le tissage, mais malheureusement un peu trop prétentieuse. Alors que se passe-t-il quand la déesse Athéna, qu’on dit plus douée qu’elle, descend du palais céleste de l’Olympe pour lui rendre visite ? La jeune humaine n’est pas au bout de ses surprises…

Réécriture du mythe d’Arachné. Public visé : à partir de 9 ans.

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Première de couverture La toile d’Arachné, littérature jeunesse, créée par Élodie Condé (tous droits réservés)


Athéna, une sage curieuse

C’était un joli matin bleu qui scintillait sur le palais de l’Olympe, niché entre quelques nuages. Tout était si haut vu d’ici ! Heureusement que les dieux n’avaient pas le vertige ! Mais voilà qu’une silhouette s’approche de l’endroit : il s’agit de la déesse Athéna, fille de Zeus, dieu de la foudre et roi des autres dieux. Athéna était assez grande et coiffait ses longs cheveux bruns en une natte lâche.

Elle s’approcha de son père qui était installé sur son trône. Zeus était plutôt impressionnant avec sa grande barbe blanche et son regard pénétrant, mais Athéna n’avait pas peur car elle était déterminée à remplir une nouvelle mission.

La jeune déesse avait déjà prouvé ses qualités à maintes reprises. On disait d’elle qu’elle était la plus sage et la plus intelligente. Les humains l’admiraient aussi pour ses qualités de meilleure tisserande, chose dont elle était extrêmement fière. Ses tapisseries étaient reconnues comme les plus précieuses !

Mais depuis quelques temps, elle entendait parler de l’intrépide Arachné, une petite humaine qui se croyait tout permis ! La jeune fille prétendait tisser les plus belles toiles qu’on eût jamais vues ! Athéna était très curieuse à ce sujet.

Elle fit donc part à son père de son projet, car elle souhaitait descendre sur terre pour enquêter sur cette affaire.

« Mais enfin, lui répondit-il, je croyais que tu étais déjà partie en vacances la semaine dernière avec ton cousin Apollon ?

– Ce ne sont pas des vacances que je demande, père ! Je dois rendre visite à cette Arachné.

– Bon d’accord, céda Zeus. Mais je t’en prie, prends ce manteau avec toi. Il t’aidera. »

Il lui tendit un immense vêtement recouvert de poils et tout à fait hideux.

Athéna avait reçu beaucoup de cadeaux en gage de ses nombreux talents : un casque en or pour son courage, une chouette (appelée Chouchou) qui représentait la sagesse et une branche d’olivier (en récompense d’une victoire contre son oncle Poséidon). Ces cadeaux avaient énormément de valeur à ses yeux. Mais ce manteau ?! Elle ne pouvait même pas le refuser de peur que son père ne s’énerve. Zeus était vraiment étrange. Athéna fit donc semblant d’adorer ce présent, allant même jusqu’à le porter.

Ainsi commença son voyage.

La rencontre avec Arachné

La jeune déesse fendit les cieux aussi discrètement que possible. Pour passer inaperçue aux yeux des humains, elle se déguisa en vieille femme hideuse. Le manteau de Zeus lui donnait extrêmement chaud mais elle se retint de l’enlever. Elle avait tout simplement l’air ridicule, si bien que les humains qu’elle croisa se moquèrent d’elle. On finit par lui indiquer la maison d’Arachné : elle était située au milieu d’un petit bois charmant. Quand Athéna parvint à la demeure de l’humaine, elle frappa à la porte. Arachné vint lui ouvrir. C’était une jeune fille plutôt grande pour son âge et très fine avec de longs cheveux noirs et crasseux. Ses habits étaient tout aussi sombres, ce qui lui donnait un aspect assez lugubre.

«  Vous n’avez pas honte de venir me déranger ! Et puis qui êtes-vous ? Beurk ! Qu’est-ce que c’est que ce manteau ? s’exclama-t-elle d’un ton agacé. »

Athéna fronça les sourcils en regardant la jeune fille. Ses yeux irradiaient de colère. La déesse décida de ne pas se dévoiler tout de suite. Elle ne semblait pas très polie, cette jeune fille ! Elle prit un ton doux et bienveillant, car elle avait envie d’accorder une chance de se racheter à l’humaine.

« Je suis venue te rencontrer, talentueuse Arachné, car j’entends parler de tes tapisseries jusqu’à l’endroit où je vis, et je viens de loin, crois-moi, mon enfant. Cette longue marche m’a épuisée. Puis-je me reposer un instant dans ta demeure ? »

Arachné soupira en levant les yeux au ciel avant d’ouvrir grand la porte et de retourner à ses occupations. Et en effet, son métier à tisser l’attendait ! La jeune fille se mit à tisser avec une dextérité impressionnante. Ses doigts agiles et fins mêlaient de beaux tissus aux couleurs étincelantes. Athéna aperçut du vert de jade, un bleu pourpre fascinant et de l’ocre pareil aux rayons d’un soleil couchant.

Elle observa ensuite les tapisseries qu’Arachné avait terminées. Toutes étaient très belles, mais le comportement de la fileuse commençait à énerver Athéna.

« Mon enfant, ce que je vois ici est ravissant…

– Je le sais ! Je suis la tisseuse la plus douée qu’on ait jamais vu ! Même la grande Athéna ne me dépasse pas ! coupa Arachné sans même accorder un regard à la déesse déguisée. »

Quelle arrogance !

« Ne voudrais-tu pas être son élève si elle venait te rendre visite ?

– Certainement pas ! Je me fiche bien de ses attentions ! »

La déesse sentit la colère monter en elle.

« Je te trouve bien prétentieuse, s’exclama-t-elle. Comment oses-tu te comparer à la divine Athéna, qu’on dit plus douée que toi ? Les dieux de l’Olympe vous ont toujours protégés, toi et les autres humains, et voilà ce qu’ils reçoivent en retour ? »

Arachné mit un certain moment avant de remarquer qu’un voile de lumière entourait peu à peu la vieille femme qui continuait de parler :

­« Tu es si aveuglée par ton travail et ton envie de succès que tu en deviens odieuse ! Je n’ai vu aucun respect dans tes manières ! Ni pour les dieux, ni pour moi, pauvre vieille femme fatiguée !

– Je… Vous… bégaya l’humaine. »

La lumière s’éteignit brusquement. Athéna avait désormais repris son apparence et laissé tomber le manteau de son père sur le sol. Elle était bien plus imposante avec son superbe casque d’or sur ses cheveux bruns et son regard aussi clair que l’eau la plus pure. Tout respirait la sagesse dans sa démarche haute et sereine.

­« J’ai quelque chose à te proposer », dit la déesse une fois qu’elle eut retrouvé son calme.

Le défi d’Athéna

« Nous tisserons chacune une tapisserie. Puis nous demanderons aux habitants de ce village de choisir la plus belle. »

Athéna avait proposé ce concours afin qu’Arachné comprenne qu’elle s’était montrée trop égoïste et vaniteuse. Arachné rougit avant d’accepter la proposition. Le lendemain, Arachné commença sa tapisserie. Athéna, de son côté, trouva tout ce dont elle avait besoin dans le manteau de Zeus. Il possédait en effet tellement de poches ! Il y avait même son métier à tisser, ainsi que toutes ses bobines de fil ! Elle remercia intérieurement son père.

La déesse s’installa dans le jardin d’Arachné, près d’un arbre. Elles passèrent beaucoup, beaucoup, de temps à tisser, tisser, tisser.

Les doigts d’Arachné dansaient avec beaucoup de rapidité sur son métier à tisser. Il fallait reconnaître qu’elle s’en sortait bien pour une humaine. Mais Athéna était bien plus agile… La preuve en fut : elle termina la première son travail ! Dans sa bonté, elle accorda à la jeune humaine un temps supplémentaire. Arachné, impressionnée par le talent de sa concurrente, devenait folle de rage et de jalousie. Athéna avait toujours été admirée pour son intelligence, sa sagesse et sa maîtrise du tissage. Mais ce n’était pas juste aux yeux de la mortelle ! Il fallait qu’elle écrase la déesse ! Il fallait qu’elle soit la plus importante !

Quand la jeune fille acheva sa tapisserie et que tout fut prêt, on appela les villageois. Puis on leur présenta les deux œuvres sans mentionner leurs auteures. La tapisserie d’Arachné représentait Zeus déguisé en toute sorte d’animaux. La jeune humaine voulait se moquer des dieux. Athéna dut reconnaître la technique d’Arachné qui avait filé le tout avec beaucoup de talent. Les couleurs étaient également très belles et scintillantes.

La tapisserie d’Athéna, elle, représentait tous les dieux de l’Olympe. Elle semblait par ailleurs plus terne et pauvre que l’autre. Mais en réalité, la déesse avait fait exprès d’utiliser les couleurs les moins voyantes qu’elle possédait. Car l’essentiel n’était pas le motif représenté mais le message inscrit en bas de la tapisserie :

 le chemin de la sagesse vient aux humbles.

Par son œuvre, Athéna souhaitait ouvrir les yeux d’Arachné, afin qu’elle comprenne son erreur. Mais pendant que les humains choisissaient, Athéna voyait dans leur regard la même cupidité que celle d’Arachné. Elle en fut fort chagrinée mais préféra ne laisser rien paraître. Tous semblaient chercher la beauté dans les couleurs des tapisseries. Le message d’Athéna fut ainsi complètement ignoré.

Arachné fut élue gagnante du concours par la majorité des villageois. Elle se tourna donc vers la déesse et lui déclara d’un ton supérieur :

« Vous le reconnaissez donc ? Que je suis meilleure que vous ? Que ma toile est la plus belle ? »

Athéna se plaça au milieu de l’assemblée et commença à parler.

Une bonne leçon pour Ara-gnée

« Ta toile est plus belle, Arachné, quand je regarde ces magnifiques couleurs que tu as utilisées. Ton rouge est si profond, ton rose brille comme une framboise, et le bleu qui est tissé là ressemble aux océans déchaînés de mon oncle, le dieu Poséidon. Mais, Arachné, où est ta sagesse ? Où est ta modestie ? Ton cœur est fait de pierre, aveuglé par l’arrogance et l’envie d’écraser les autres ! Ce n’est pas cela, la beauté. »

Les villageois contemplaient tous la déesse furieuse, qui continua.

« La beauté mon enfant se manifeste dans le respect et l’importance que tu accordes aux autres, car ils le méritent ! Les dieux n’existent pas pour être oubliés et tournés en ridicule. Nous symbolisons des qualités et des forces naturelles. Je suis la sagesse et par plusieurs fois j’ai tenté de t’aider mais tu es trop égoïste et insolente ! »

Athéna observa la jeune humaine qui écarquilla ses yeux noirs et vides.

« La première fois que vous m’avez vue, toi et les villageois, vous vous êtes tous moqués de ce manteau de poils que je porte. Vous ne vous concentrez que sur l’inutile. »

Furieuse, Arachné déchira sa propre toile. Elle semblait folle, insensible aux paroles d’Athéna et de ses amis qui tentèrent de la calmer. La déesse s’approcha d’elle alors et calmement toucha son front. Le soleil qui brillait dans le ciel dessina de drôles d’ombres sur les joues d’Arachné. Ses cils s’allongeaient ! Et soudainement, Arachné devint toute noire et poilue, des pattes longues et fines lui sortaient du corps. Elle finit par rapetisser.

« Te voilà araignée, toute minuscule et discrète. Toi qui aimes tisser, tu pourras le faire mieux que n’importe qui et tous les jours ! J’espère qu’un jour tu comprendras ta punition. La sagesse se gagne difficilement. N’oublie jamais cela. »

Sur ces paroles, Arachné tressauta sur le sol, essayant visiblement de communiquer. Mais c’était impossible car elle était trop petite. Athéna demanda aux villageois de prendre soin de l’araignée qu’elle était devenue. Elle prit Arachné entre ses mains et la posa sur la branche d’un arbre.

« Je te laisse ici. Je reviendrai conjurer ce mauvais sort si tu te montres plus sage et humble. »

Athéna quitta ensuite les lieux en s’élevant dans le ciel retrouver les siens. Sa tapisserie resta dans la demeure d’Arachné, et les villageois la découvrirent plus belle qu’ils ne l’avaient pensé ! Car la sagesse ils avaient refusé, et la sagesse ils cherchèrent vaillamment.

Depuis ce jour, Arachné tissa mille et une toiles, attendant vaillamment le retour d’Athéna.


Résumé documentaire

La mortelle Arachné défie Athéna dans un concours de tissage, car elle se prétend meilleure et aime provoquer les dieux. À cette occasion, elle tisse plusieurs scènes montrant les conquêtes amoureuses de Zeus et ses ridicules métamorphoses de séducteur. Athéna, elle, laisse un message d’avertissement à propos de la vanité des mortels sur son œuvre. Mais la déesse perd le concours et furieuse, déchire la toile d’Arachné avant de la transformer en araignée.


Bibliographie

  • OVIDE. Les métamorphoses. Georges Lafaye trad, Jean-Pierre Néraudau dir. Paris : Gallimard, 1992. Folio, 2404.
  • Conception de la couverture par Élodie Condé. Crédit image : sur Deviantart, de Lyotta.
Image à la une : Pallas et Arachné, toile de Rubens, Virginia museum of fine arts. Disponible sur le web : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rubens_Arachne.jpg.

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