Tobie Lolness et Vango par Timothée de Fombelle

   Timothée de Fombelle est un dramaturge et auteur jeunesse qui a rencontré beaucoup de succès avec son premier roman fantastique Tobie Lolness, édité en 2006 par Gallimard Jeunesse. C’est le premier tome d’une série de deux romans qui sera traduit en 18 langues différentes et recevra une dizaine de prix littéraires internationaux (France, Italie, Royaume Uni). Il publie quelques années plus tard, en 2011, sa deuxième suite romanesque : Vango.

À la lecture de ces deux œuvres d’aventure, on observe immédiatement une certaine similarité entre ces deux histoires, que nous allons définir dans cet article. Mais l’auteur a-t-il pour autant cédé à la facilité en reprenant la même base pour ses deux œuvres principales?


Fombelle_Tobie Lolness

© Gallimard jeunesse, 2006

Tobie Lolness : un jeune garçon d’un millimètre et demi, vit dans un arbre et est traqué par son peuple . Il doit sans cesse fuir ses assaillants et tente de restaurer l’honneur de sa famille.

Vango : à l’aube de la Seconde guerre mondiale, Vango Romano est un jeune homme poursuivi par une organisation internationale et mystérieuse. À l’aide d’une poignée de compagnons fidèles, il se lance en quête de son identité.

Fombelle_Vango

© Gallimard jeunesse, 2010

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Une constitution différente : entre réalisme et merveilleux

En premier lieu, nous pouvons définir les différences existant entre Vango et Tobie Lolness.

L’âge : le public visé est de 9-12 ans selon le Prix Sorcières attribué aux romans 9-12 ans (voir sur le le site de Babelio) pour Tobie Lolness et à partir de 12 ans selon le site de Ricochet pour Vango. Ce dernier aborde des thèmes plus adultes et réalistes, du fait du contexte historique.

Le contexte historique :  il est clairement indiqué dans Vango, qui se passe dans les années 30 jusqu’au contexte de la Seconde guerre mondiale et l’occupation allemande. Cependant il est plus difficile de le définir dans Tobie Lolness, car le monde dans lequel nous vivons n’est jamais mentionné, malgré le fait que la société de l’arbre se comporte comme la nôtre. C’est un parti pris de l’auteur afin de critiquer notre société moderne.

L’objet de la traque : sans vouloir dévoiler l’intrigue, Vango est traqué pour ce qu’il est, mais son identité est inconnue.  De l’autre côté, la population de l’arbre entier traque Tobie, à la suite d’un événement mystérieux et passé que nous découvrirons au fil de la narration.

Le parcours : d’un point de vue « planétaire », Vango voyage beaucoup plus que Tobie. Il circule dans de nombreux lieux et pays comme la Russie, l’Europe, New York, ou encore la Sicile où il passe son enfance. Sur une autre échelle (celle de l’arbre, un vaste pays), Tobie parcourt aussi un trajet conséquent : de « La Cime » de l’arbre aux « Basses-Branches », pour ensuite tomber jusqu’aux racines, puis remonter…

Le style : le style d’écriture est très frais et poétique pour Tobie Lolness, ce qui suit le thème du roman.

Il ne bougeait pas. La nuit l’avait recouvert comme un seau d’eau.
Tobie regardait le ciel percé d’étoiles. Pas de nuit plus noire ou plus éclatante que celle qui s’étalait par flaques entre les énormes feuilles rousses.

On retrouve un style plus sérieux et dur dans Vango à cause de thèmes plus adultes (guerre, religion), mais l’auteur reste fidèle à sa narration : des phrases tantôt courtes, tantôt très longues parsemées de figures de styles poétiques.

Les illustrations : les deux tomes de Tobie Lolness comportent des illustrations à l’encre noire de François Place, toutes les deux ou trois pages. Cela convient à un public plus jeune, et permet une meilleure appropriation de l’histoire en ornant et magnifiant le texte..

Des éléments similaires : une situation identique ?

Nous pouvons à présent nous intéresser à ce qui relie ces deux séries.

Les couvertures : un exemple assez flagrant de la similarité entre les deux œuvres : sur les premières de couvertures,  les personnages sont en train de courir ou fuir ; on peut observer que la position du personnage de la couverture du tome 1 de Vango est quasiment identique à celle de Tobie sur la couverture du premier tome de Tobie Lolness.

Le héros : Vango ressemble énormément à Tobie, et inversement. Ils sont tout deux attachants, curieux, courageux et généreux et sont prêts à tout pour arriver à leur fin. Ils grandissent dans un environnement particulier : sur une île parsemée de montagnes et de falaises pour Vango, un arbre aux branches sinueuses et dangereuses pour Tobie. Ces environnements apportent des aptitudes exceptionnelles aux héros, tout deux agiles et débrouillards après avoir passé leur enfance dans ces endroits peu adaptés pour de jeunes enfants.
Ils sont traqués, et doivent survivre en évitant de nombreux obstacles et personnages malveillants. Ils ne peuvent faire confiance qu’à leurs amis proches. On apprend à les connaître au fur et à mesure du récit, grâce à leur relations aux autres et aux retours dans le passé,  où l’on en sait plus sur leur enfance assez particulière. Ils ressentent tous deux de la nostalgie envers leur passé, bien plus simple et joyeux que leur quotidien.

Les personnages féminins : Ethel et Elisha, présentes respectivement dans les tomes de Vango et Tobie Lolness sont du même âge qu’eux, et elles apportent amitié et soutien. Intrépides et courageuses, elles sont prêtes à tout pour aider et retrouver leur ami.

La narration : les deux ouvrages nous proposent une histoire relatant un mystère relié au passé, c’est pourquoi l’on retrouve une narration en flash-back au fur et à mesure des chapitres. C’est un procédé répandu dans les romans d’aventures, qui installe une ambiance particulière au fil du récit..

Nous pouvons conclure que Timothée de Fombelle a voulu reprendre une narration pour un public plus âgé, avec un fond et une morale différente. En effet Tobie Lolness est un roman reprenant le thème de l’écologie, le peuple de Tobie étant un écosystème vivant dans un arbre et puisant ses ressources à outrance à cause de l’industrialisation et l’exploitation d’une population (les pelés). De nombreux thèmes sont abordés dans Vango, comme le nazisme et le communisme, la résistance et les complots. Les personnages sont emportés dans un tourbillon d’aventures et de rebondissements jusqu’au dénouement et l’atteinte de leur but : l’identité et la famille retrouvées.

Je finirais cette étude sur une citation de l’auteur, tirée d’une interview pour Télérama en 2012, et qui définit bien le propos de Timothée de Fombelle sur ses oeuvres.

[…] c’est le souffle de l’aventure qui transporte le lecteur. Il faut se méfier des « messages ». Mais si je transmets quelque chose, c’est d’abord la conscience de la fragilité des êtres et du monde, et par conséquent l’importance de l’intensité, à chaque instant de la vie..


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Bibliographie

FOMBELLE, Timothée de. Tobie Lolness : La vie suspendue. François PLACE ill.  Paris : Gallimard jeunesse, 2006-. Tobie Lolness, 1. ISBN 2-07-057181-5.

FOMBELLE, Timothée de. Tobie Lolness : Les yeux d’Elisha. François PLACE ill . Paris : Gallimard jeunesse, 2007 . Tobie Lolness, 2. ISBN 978-2-07-057893-1.

FOMBELLE, Timothée de. Vango : entre ciel et terre. Paris : Gallimard Jeunesse, 2010 . Vango, tome 1. ISBN 978-2-7511-0386-5.

FOMBELLE, Timothée de. Vango : un prince sans royaume – Paris : Gallimard jeunesse, 2011. Vango, tome 2. ISBN 978-2-07-063891-8.

ABESCAT, Michel. Timothée de Fombelle : «La littérature jeunesse est le lieu où j’ai trouvé ma liberté». Télérama [en ligne]. Publié le 01/12/2012. Mise à jour du 01/04/2014. [consulté le 10/04/2016]. Disponible sur : http://www.telerama.fr/livre/timothee-de-fombelle-la-litterature-jeunesse-est-le-lieu-ou-j-ai-trouve-ma-liberte,90042.php.

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