Thésée, le héros maudit

Thésée,  jeune gouverneur d’Athènes, se lance dans une mission qui fait trembler plus d’un soldat. Seul  il décide d’aller combattre le Minotaure.
Le jeune héros va-t-il accomplir sa quête ? Par quels moyens  tentera-t-il de résoudre sa mission ? Vous allez le découvrir dans ce récit
qui ne manque pas de rebondissements.

Thésée

    Il était une fois un héros appelé Thésée. Avec l’aide de son père, il gouvernait  une grande ville nommée Athènes. Mais bien qu’elle fût très paisible, le roi du royaume de Crète y faisait pression. Ce roi, Minos, était vil, destructeur et avide de pouvoir. C’est ainsi que tous les neufs ans il réclamait à Athènes sept jeunes filles et sept jeunes hommes qui ne revenaient jamais de leur voyage. À son arrivée au pouvoir, intrigué et révolté par ce rituel,  Thésée confia son mécontentement à son père et lui demanda pourquoi il fallait livrer ces pauvres innocents. Son père lui raconta alors ce qui se passait lors de ce voyage sans retour.

« Il y a en Crète un labyrinthe dont on ne peut sortir,
Une bête effroyable y est enfermée,
Le roi Minos doit pourtant la nourrir,
Quatorze innocents nous devons donc livrer.

Jamais aucun d’entre eux n’est revenu,
Et pourtant même nos meilleurs guerriers,
De ce combat ont été vaincus,
Il les tue tous, jusqu’au dernier. »

   N’importe quelle personne aurait été horrifiée et pétrifiée à l’idée d’aller combattre ce monstre.

Pourtant Thésée se montra volontaire pour aller en Crète seul. En effet, il n’en était pas à son coup d’essai. Quelques années auparavant il avait dû capturer le taureau de Marathon et il avait accompli cette tâche de main de maître. Son père se montrait très perplexe et ne voulait pas que son fils meure. Mais Thésée ne l’écoutait pas, il voulait toujours se prouver à lui-même qu’il était le meilleur, qu’il était toujours plus fort. C’est ainsi qu’il prit la décision d’aller combattre cette bête appelée le Minotaure, seul, et il promit à son père qu’il reviendrait. Son père ne pouvait que prier les dieux pour qu’ils lui ramènent son fils vivant, mais il lui fit promettre de changer les voiles noires en voiles blanches quand il reviendrait pour signaler sa victoire. C’est donc sur cette promesse que le jeune héros partit en bateau rejoindre l’île de la Crète, qui se trouvait à quelques jours de voyage.

   Or Thésée avait omis un détail : le labyrinthe était un vrai dédale de couloirs. Il tirait son nom de son créateur, Dédale, un très grand artisan et architecte, qui avait fait en sorte que jamais personne ne pût s’en échapper. Le héros ne semblait pas s’en soucier : son objectif premier était de mettre fin à ce massacre et, ensuite, rien ne pourrait l’empêcher de retrouver les siens.
Après quelques jours de voyage, il arriva enfin sur l’île de Crète et en deux jours de marche, il put admirer cette immense construction dominant une plaine entourée de gigantesques montagnes rocheuses. Il trouva l’entrée mais, avant qu’il puisse s’aventurer à l’intérieur, une voix féminine l’appela. Le héros ne le savait pas encore mais il s’agissait d’Ariane, la fille du roi Minos. Il s’approcha d’elle et engagea la conversation.

« Qui es-tu? Et pourquoi m’appelles-tu? Je dois accomplir ma mission, je ne peux plus perdre de temps, dit-il sur un ton méfiant.
– Je sais qui tu es, tu es, Thésée, tu viens tuer le Minotaure enfermé par mon père, lui répondit-elle, d’un calme olympien.
– Ainsi, tu es donc la fille de ce maudit roi ? Que viens-tu faire ici ? M’arrêter ? » Le héros semblait lui lancer un défi.
– Non, ne t’y méprends pas, je ne suis pas comme mon père, en réalité je suis venue t’aider. Prends cette bobine de fil et laisse-la tracer ton chemin ; une fois ta mission accomplie, tu pourras sortir aisément, expliqua-t-elle en lui tendant une bobine de fil.»

   Thésée ne savait que penser de ce geste de la part de la fille du roi, mais comme il n’avait pas de solution de retour, il accepta la bobine de fil. Il allait partir quand elle lui tendit un nouvel objet : il s’agissait d’une dague plutôt longue, qui semblait tout à fait normale.

« Prends cette dague, elle appartient à mon père. À première vue elle semble normale, mais certains disent qu’elle a été faite par les dieux et qu’elle aurait des vertus magiques. Tu auras maintenant toutes les chances de ton côté. Moi j’attendrais ici… ». Elle semblait un peu gênée et elle n’osait presque pas croiser son regard.

   Sans même prendre le temps de lui demander pourquoi elle allait l’attendre, il s’enfonça dans le premier couloir, équipé de la bobine et de la dague. Il portait également une armure en fer ; ses pas étaient lents et lourds ; on pouvait les entendre dans tout le labyrinthe.
Mais ce n’était pas la seule chose que l’on pouvait distinguer. En effet, quelques mètres plus loin, des mugissements effroyables résonnaient et des coups faisaient trembler les murs. Malgré cela, Thésée avançait sans prendre peur, il ne savait pas encore à qui il aurait affaire, mais il allait bientôt le découvrir.

   Cela faisait à présent quelques heures qu’il marchait dans le labyrinthe, et les cris résonnaient de plus en plus fort, il savait que bientôt il devrait se battre. Soudain il aperçut l’ombre de la bête sur un mur. Elle était si gigantesque qu’on ne pouvait en apercevoir qu’une partie. Thésée décida de jeter un coup d’œil avant de se montrer aux yeux du monstre.
Le Minotaure était un homme avec une tête de taureau. Il était très bien bâti, aussi fort qu’une montagne, sa tête était disproportionnée par rapport au reste de son corps. Elle était très poilue et possédait deux énormes cornes, qui semblaient avoir été polies. Ses dents sortaient de sa mâchoire carrée et elles étaient aussi pointues qu’une lance. Sans même avoir établi de stratégie, Thésée décida qu’il était temps d’aller combattre, il s’avança donc dans la pièce rectangulaire où trônait le Minotaure.

« L’heure de ta défaite a sonné, Minotaure, jamais plus tu ne feras de mal aux… »

   Mais avant qu’il n’ait pu finir sa phrase, l’énorme taureau l’avait chargé, ce qui l’obligea à esquiver et interrompre son discours. La charge de l’animal était tellement puissante qu’il s’écrasa contre le mur ; le guerrier en profita pour lui asséner un coup d’épée dans le dos. Mais il fut surpris de découvrir que sa peau était aussi dure qu’une armure de fer. Avant que la bête pût se relever, il lui porta un coup à la tête, mais là encore son crâne était trop dur, tous ses coups étaient inefficaces. Quand le Minotaure se releva, il tournoya sur lui-même et frappa Thésée d’un coup si violent qu’il fut projeté quelques mètres plus loin. Le jeune homme peina à se relever, mais il roula sur le sol pour éviter un coup de corne qui l’aurait empalé, et il planta son épée dans la jambe de son adversaire. Elle y resta coincée ; il se résolut à la lâcher. Il était maintenant sans arme contre l’énorme bête qui se dressait devant lui. Il semblait perdu quand il se rappela la dague que lui avait donnée Ariane, il s’en saisit et força le Minotaure à le charger. Il l’esquiva juste à temps, lui planta la dague dans le cou et tira d’un coup sec. Le taureau s’arrêta net et tituba pour s’écraser quelques mètres plus loin. Thésée avait planté l’arme si fort que la tête du Minotaure roula sur le sol loin de son corps. Il était épuisé, affamé et assoiffé, mais fier d’avoir accompli sa mission. Pour prouver qu’il avait bien vaincu la bête, il décida d’emporter une de ses cornes qu’il accrocha autour de son cou.
L’heure était venue de sortir, et le fil qu’il avait déroulé lors de son entrée dans le labyrinthe s’était avéré  très utile, il avait juste à le suivre jusqu’au bout. Ce fut donc sans peine qu’il sortit du labyrinthe en laissant derrière lui son adversaire décapité.

   À la sortie il n’avait qu’une seule chose en tête, rentrer chez lui et prouver à tout le monde qu’il était le plus fort, un héros. Il était tellement épris par la gloire, qu’il en oublia Ariane, qui le vit partir sans recevoir le moindre remerciement. La pauvre fille resta sur le rivage et regarda s’éloigner l’homme qu’elle avait aidé, l’homme qu’elle aimait. Et comme s’il devait être châtié de sa trahison, Thésée oublia de hisser la voile blanche qui signalait sa victoire. Son père, voyant les voiles noires, crut que son fils était mort et il se jeta du haut de la falaise.

   Ce mythe nous montre que même dans la gloire, il faut savoir reconnaître nos faiblesses et surtout ne pas renier ceux qui nous ont aidés. Se montrer trop orgueilleux mènera forcément au malheur.

Fin

Thésée


Bibliographie

COMMELIN, Pierre. Mythologie grecque et romaine [en ligne]. Ligugé (Poitiers) : Bordas, 1991.  [consulté le 08 avril 2016]. Disponible sur le web : http://www.fweet.org/downloads/big/NMGR.pdf. ISBN : 978-2-04-017396-8.


Résumé

Thésée est le fils d’Égée, roi d’Athènes. Il décide d’aller tuer le Minotaure enfermé par le roi Minos, car tous les neufs ans quatorze Athéniens doivent lui être livrés pour nourrir la bête. En route, il rencontre Ariane, la fille du roi, qui l’aide à sortir du labyrinthe d’où normalement personne ne peut s’échapper.

Image à la une : Antoine-Louis Barye, Thésée et le Minotaure. Bronze, modelé en 1840, coulé par F. Barbédienne de façon posthume. Los Angeles County Museum of Art, donation James E. Clark, numéro d’inventaire : M.87.119.5. Photographie prise par Mashall Astor, disponible sur Wikimédia Commons

 

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