La surdité dans les livres jeunesse

Ouvrages étudiés

  • Romans

    • Le transfo de Sylvie Deshors (Editions Thierry Magnier ; collection Romans jeunesse – 2003 – à partir de 12 ans).

      • Bô et Angela sont des collégiens ayant une vie difficile. L’un est sourd et soumis aux railleries de ses camarades, l’autre est connue pour être une fille que personne ne respecte dans la cité où elle vit. Un jour, Bô prend la défense d’Angela qui se faisait agresser. Hélas, ils vont fuguer pour échapper à leur détresse.

    • L’école du tonnerre de Sylvie Deshors et Malik Deshors (Éditions Rue du monde ; collection Roman du monde – 2014 – à partir de 9 ans).

      • Thibo est sourd. Il vient de déménager et éprouve des difficultés à trouver ses repères dans un nouvel environnement, ainsi que dans une nouvelle école où tout le monde semble se moquer de lui. Un jour d’orage, il s’enfuit.

  • Albums

    • Youpi, mes parents sont sourds de Monica Companys et Valérie Hème-Giraud (Éditions Monica Companys – 2012 – à partir de 6 ans).

      • L’ouvrage illustré dépeint avec humour le quotidien de deux enfants entendants dont les parents sont sourds. Il présente quelques situations a priori anodines auxquelles la famille doit faire face malgré leur différence.

    • Julie Silence de Pierre Coran et Mélanie Florian (Éditions Alice Jeunesse ; collection « Histoires comme ça » – 2009 – à partir de 3 ans).

      • Julie n’entend pas. Elle attend avec impatience son nouveau voisin, Dorian, qui a le même âge qu’elle. Celui-ci n’est pourtant pas heureux dans son nouveau foyer et Julie va alors tenter de lui rendre le sourire.

    • ABCD Signes : Abécédaire bilingue français-langue des signes de Bénédicte Gourdon, Thierry Magnier et Roger Rodriguez (Éditions Thierry Magnier ; collection Signes – 2008 – pour les 0-3 ans).

      • Cet imagier généraliste fait se rencontrer l’univers des sourds et celui des entendants. Les mots et les images y sont traduits en langue des signes française.

 


Introduction au monde du silence

La surdité est, de par la définition donnée par le Larousse.fr, une « diminution très importante ou [une] inexistence totale de l’audition, qu’elles soient congénitales ou acquises ». Par ailleurs, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 5% de la population mondiale est touchée par ce handicap.

surdité

© T. Magnier, 2003

Nous sommes nombreux à avoir connaissance d’une ou de plusieurs personnes sourdes – ou malentendantes – dans notre entourage ou notre travail. Certains, comme les personnes âgées, le deviennent avec le temps, car leurs capacités mentales et physiques diminuent naturellement avec l’âge, d’autres le sont à la suite d’un accident grave… Mais de nombreuses le sont également depuis leur naissance, car la surdité est aussi un facteur génétique transmis de génération en génération.

La surdité est donc souvent présente dans nos quotidiens, mais ce fait n’a pas été traité de la même manière selon les époques et selon les mentalités. Dans l’analyse qui suit, je vais me pencher sur la place de la surdité ainsi que celle des personnes en déficience auditive dans notre société. Pour cela, il est essentiel de commencer par un rappel historique, afin d’aborder la question de la perception et de la prise en charge d’un tel handicap par les gens « normaux », c’est-à-dire les entendants. Dans un deuxième temps, j’établirai une réflexion croisée à l’aide de cinq ouvrages destinés à la jeunesse, sur des thématiques touchant les enfants sourds comme leur intégration sociale (et sentimentale) ou encore leurs parcours scolaire.

Cette analyse ne se veut pas exhaustive, mais plutôt le simple reflet d’une réflexion personnelle sur les questions liées à la surdité et représentées par des ouvrages récents pour la jeunesse. Cela me touche d’autant plus que je suis moi-même malentendant et que ma déficience aura déjà suffisamment conditionné ma manière de vivre et d’évoluer dans la société.


Les sourds dans la société

Perception et prise en charge

Une société structurée autour du langage oral et écrit

La société humaine s’est constituée dès le départ autour de la langue orale. Dans l’inconscient collectif, la communication n’est rendue possible que par notre capacité à formuler des suites de sonorités auxquelles nous rattachons des objets et des concepts. De même, on peut dire que l’invention et la propagation de l’écriture répondent, quant à elles, aux difficultés de communiquer à travers les distances et les époques, ainsi que pour pallier notre déficience mémorielle.

surdité

© Rue du monde, 2014

Fritures sur la ligne

Mais dans une communication, il y a un destinateur et un destinataire. Quid des personnes ne pouvant ou ne sachant percevoir les messages transmis par leurs interlocuteurs ? Comment communiquer si l’un des acteurs n’a pas les capacités attendues pour influer sur son environnement ?

Un sourd ou un malentendant perçoit son monde comme une télévision dont le son est coupé ou en tout cas avec un volume bas et grésillant. La communication lui est difficile car il ne part pas avec les mêmes bases communes à la plupart des gens : des oreilles fonctionnelles. Cela lui demande plus d’efforts et son entourage risque d’abandonner l’idée d’échanger avec lui. Par ailleurs, l’ensemble des ouvrages jeunesse que nous étudierons font globalement état des continuels problèmes de communication auxquels les sourds doivent faire face.

La diabolisation des sourds

Un paragraphe tiré de la page Wikipédia Histoire des sourds doit attirer notre attention sur la perception qu’ont les entendants face à la surdité de certains. Il y est fait référence à une phrase qu’Aristote aurait formulée :

Quelqu’un qui ne parle pas ne peut pas penser.

Si une personne ne communique pas, elle démontre son infériorité en face d’interlocuteurs.

Cela s’est traduit dans les faits par une certaine diabolisation des sourds. En effet, on pense souvent à tort que si l’on n’entend pas, on ne parle pas. Ce préjugé sur le mutisme des sourds, que l’on retrouve par ailleurs dans un passage de Youpi, mes parents sont sourds ! :

Certains pensent que si mes parents sont sourds, alors ils sont forcément muets. Ce qui est faux ! Ils peuvent parler mais leur voix n’est pas très compréhensible. C’est très difficile pour eux de bien prononcer les mots, de faire des phrases correctes et de bien poser la voix pour se faire comprendre. Parler n’est pas naturel pour les sourds.

est malheureusement encore assez répandu aujourd’hui. On les a longtemps perçus comme des êtres stupides et incapables de communiquer voire comme des êtres simiesques – dégradés au rang de simple animal – puisqu’ils essayaient de s’exprimer par des expressions faciales et des gestes grandiloquents, peu compréhensibles et même risibles pour des non-initiés.

Les sourds étaient souvent considérés comme les idiots du village car on n’arrivait pas, ou peu, à les éduquer pour qu’ils évoluent favorablement dans la société. Cette déconsidération a été également aggravée par le fait qu’ils étaient isolés d’autres personnes ayant le même handicap et ne pouvaient ainsi guère facilement communiquer ou former des communautés soudées.

Le non-consensus sur l’apprentissage

La langue des signes, que l’on reconnaît aujourd’hui, a également suivi un parcours chaotique dans son élaboration, car elle était le plus souvent mal acceptée des entendants. Les professeurs, dits spécialisés, préféraient une intégration des sourds au « monde véritable » par l’usage de la parole plutôt que de leur accorder le bénéfice d’un langage gestuel particulier les coupant de facto des autres, oralisant quant à eux.

À titre d’exemple, les travaux de personnes reconnues comme l’abbé de l’Épée et Ferdinand Berthier sur l’élaboration définitive d’une langue des signes commune à tous les sourds se sont vus sapés par les conclusions de congrès successifs tenus à Paris, Lyon et Milan entre 1878 et 1880, où à leur issue, la langue des signes a été interdite d’enseignement dans la plupart des pays hormis la Grande-Bretagne et les États-Unis, au profit d’une oralisation forcée des sourds.

Le renouveau de la culture sourde

En France, ce n’est que vers les années 1980 que l’on assiste à un regain d’intérêt pour la gestion de la surdité par la société. Les pratiques éducatives à destination des sourds sont révisées progressivement, aidées en ce sens par le militantisme de quelques sourds ou sympathisants entendants regroupés au sein d’associations promouvant l’idée d’une communauté et d’une culture propre à leur handicap.

En termes juridiques et artistiques

En termes de dispositions légales, la loi Fabius de 1991 abroge l’interdiction de l’apprentissage de la langue des signes initiée par les congrès sus-cités et instaure le bilinguisme avec le français. En complément, la loi sur le handicap voté en 2005 reconnaît entre-autres la Langue des Signes Française (LSF) comme une langue d’apprentissage scolaire pour l’enfant handicapé.

Dans le domaine théâtral et cinématographique, ce renouveau a été incarné par la comédienne sourde Emmanuelle Laborit, récompensée du Molière de la révélation théâtrale en 1993 pour sa pièce Les enfants du silence. De même, les films comme Sur mes lèvres de Jacques Audiard et plus récemment La famille Bélier d’Eric Lartigau – qui fut l’un des plus gros succès critiques et commerciaux de l’année 2014 – ont abordé la thématique des rapports sociaux entre les sourds et les entendants.

La continuation du combat

On peut retrouver une constante à toutes ces œuvres et toutes ces mesures valorisant la culture sourde : celle de rétablir le sourd comme un être humain à part entière, avec des problèmes – certes spécifiques – qui l’obligent à faire davantage d’efforts que les autres, et ce afin de se faire accepter dans une société essentiellement faite pour les entendants. Cette vision du « combat » que mènent les personnes sourdes afin d’être considérées se retrouve dans les ouvrages pour la jeunesse sélectionnés pour cette analyse.

Thématiques abordées

Les ouvrages destinés à la jeunesse ont cette candeur qui consiste à accepter la différence de l’autre. On peut trouver dans les bibliothèques et les commerces une multitude d’albums et de romans invitant les enfants à considérer, par exemple, que son prochain (insérer ici des adjectifs ayant trait à la couleur de peau, la religion ou le handicap d’une personne) est un bon camarade de jeu et qu’il faut le défendre contre l’intolérance, les injustices et la violence des autres.

Mais qu’en est-il pour les sourds et malentendants ?

Une cohabitation difficile

La surdité est avant tout un handicap

surdité

© Alice jeunesse, 2009

Il faut comprendre au moins une chose quand on parle de surdité, c’est qu’il s’agit d’un handicap. Comme pour tous les handicaps (ou perçus comme tels), la personne visée sera ainsi catégorisée par ses pairs pour ne plus jamais s’en défaire. De là, nous allons aborder la difficile cohabitation entre le désir d’insertion et la revendication de sa différence. De là vient le mépris, la méconnaissance et la pitié.

Le désir d’insertion dans la société

Le désir d’insertion des sourds et malentendant se heurte souvent au mépris, à l’indifférence ou à la pitié des personnes entendantes. Thibo, le héros de L’école du tonnerre, ne peut pas faire certaines choses à cause de sa surdité. Les exemples sont nombreux : se tenir au milieu du brouhaha d’une cour d’école lui est insupportable, il ne peut plus communiquer efficacement quand il coupe ses appareils auditifs … On peut rajouter à ça, même si ce n’est pas formulé dans les ouvrages sélectionnés, que les activités autour de l’eau impliquent pour le sourd d’enlever ses appareils auditifs afin de ne pas les mouiller et donc les détruire. Ces appareils coûtent très cher :

Chaque appareil coûtait plus d’un mois de salaire.

et demandent un entretien et une protection sans faille que les entendants ne comprennent pas ou ne prennent pas forcément en compte.

De même – et je mêle ici des exemples personnels avec des citations du Transfo – une personne malentendante sera moins considérée qu’un sourd. Pourquoi ? Tout simplement car le handicap est moins prégnant, donc les entendants l’oublieront plus facilement : 

Un orthophoniste dira que je suis malentendant appareillé, mais au collège on ne fait pas dans la dentelle.

ou encore

 Mais les autres l’ont oublié

Les entendants font immédiatement la différence entre une personne qui n’entend pas ou très mal et une personne qui entend juste un peu moins bien. Ils vont davantage faire attention au sourd car il en a besoin et car ils auront toujours en tête de faire des efforts pour communiquer. En revanche, pour un « simple » malentendant, ils auront tendance à l’oublier et s’énerveront certainement plus facilement car, après tout, le malentendant entend quand même et que « ce n’est pas grand chose », qu’il peut faire avec et même faire des efforts pour comprendre … Alors que cela reste difficile et fatiguant !

Ma mère, qui est ATSEM en école primaire, est sans cesse raillée par ses collègues et même par les enfants à partir du CM1, car ils remarquent sa différence et son incapacité à comprendre facilement. Elle s’exprime clairement, mais ne comprend pas forcément ce qu’on lui dit et cela énerve ses interlocuteurs, qui la prennent donc pour une idiote.

Dans le même ordre d’idée, Thibo essaye de suivre une scolarité normale, mais des personnes comme sa maîtresse s’en fichent, et au contraire, pointent du doigt ses défauts : il manque d’attention en cours, répond mal et souvent à côté … Alors qu’ils ne prennent pas en compte toute l’étendue des efforts qu’il est obligé de fournir afin de répondre à ce qui est attendu de lui. Cela le fatigue et il éprouve un ras-le-bol qui le pousse – tout comme Bô et Angela dans Le transfo – à fuguer, à fuir loin de tous ces tracas.

Le prénom même de Thibo (au lieu de Thibault) sonne comme une faute d’orthographe. Il est le vilain petit canard d’une société qui se veut sans aspérité.

Ces exemples illustrent des problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les sourds. Mais bon an mal an, ils tentent de vivre au mieux avec leur handicap. Alors comment faire ? Comment, au contraire, le valoriser et en faire une force ?

Comment vivre avec son handicap et le valoriser ?

surdité

© M. Companys, 2012

Dans l’album Julie Silence, l’héroïne caractérise son handicap comme une bulle ou une cage remplie de silence. Un silence décrit comme un son, puisqu’elle n’entend que ça. Mais si les sons ne sont pas entendus, cela ne veut pas pour autant dire qu’elle ne sait pas qu’ils existent. Au travers de la citation

 Julie ne les entend pas. Elle n’entend pas le ronron du chat, celui des avions, le chien qui aboie, les autos qui passent. Julie n’entend pas son cœur mais, sous ses doigts, elle le sent battre

on comprend qu’elle ressent les vibrations que font les sons ou les choses du quotidien. On retrouve également les même propos dans Youpi ! Mes parents sont sourds ! : les parents d’Ilona aiment ressentir les vibrations afin d’ « entendre » la musique. Ils se réveillent grâce à un système de lumières et de matériels vibrants et savent quand leurs enfants ont besoin d’eux ou quand quelqu’un sonne à la porte par ce même système. Ces petites astuces facilitent grandement leur vie, mais nous montrent ici un parfait exemple de ce qu’est une bulle. Les sourds sont dépendants de petites choses qui font que les autres vont les percevoir différemment et les catégoriser.

La prise en charge de la scolarité des jeunes sourds

Le suivi orthophonique et le soutien scolaire

Les sourds et malentendants ont besoin, plus que les autres, d’un suivi orthophonique ainsi que d’un soutien pour les matières scolaires. Les enfants commencent à parler vers un an et savent tenir des conversations globalement convenables une fois arrivés à l’école, parce qu’ils en ont eu l’habitude par la pratique, avant même qu’on ne leur enseigne les règles de grammaire, d’orthographe et de conjugaison. Mais le langage n’est pas inné : il s’acquiert et se travaille. À partir du moment où l’on n’entend pas ou mal, il est difficile de percevoir toutes les subtilités du langage, et ce, même si nous baignons dedans depuis le plus jeune âge.

On le voit dans L’école du tonnerre : Thibo ne sait pas réciter les lettres de l’alphabet dans l’ordre et déforme souvent les mots, comme « cherisier » au lieu de « cerisier ». Parce qu’il perçoit mal les sons, il les retranscrit comme il pense l’entendre et cela a une incidence sur le processus d’apprentissage. Mais il pallie ses difficultés en lisant énormément : à défaut de comprendre la langue orale, il apprend le français par l’écrit. À force de lire, on peut au final savoir sans effort comment s’écrit un mot ou une phrase ; comment tel ou tel verbe se conjugue … Thibo lit tellement qu’il possède du vocabulaire que n’ont pas les autres enfants de son âge. À un moment donné, il s’extasie devant un livre d’aventure et dit à ses copines que le héros « est épris d’idéal », ce à quoi elles lui font les yeux ronds et partent.

L’apprentissage du français n’est pas facile pour tout le monde, entendants compris. Mais ces difficultés sont encore aggravées lorsqu’il s’agit d’une langue autre que la langue maternelle. Que ce soit avec l’anglais pour Thibo ou avec l’allemand pour Bô, cela leur est extrêmement difficile d’avoir à apprendre une autre langue qui possède ses propres mots et sa propre grammaire, alors qu’ils galèrent suffisamment avec le français. Et puis leurs oreilles déjà mal en point n’ont pas l’habitude de saisir ces subtilités. Une langue étrangère leur semble comme du baragouinage intranscriptible. J’éprouve moi aussi ce genre de difficultés avec l’anglais. J’ai beau l’écrire et le parler couramment au point de savoir tenir des conversations poussées avec mes interlocuteurs en face à face, je me retrouve complètement démuni quand il s’agit d’écouter de l’anglais au téléphone, à la radio ou sur un écran vidéo sans un minimum de sous-titres.

La langue des signes comme une fierté ?

J’aimerais aussi parler de la langue des signes, qui est vue comme une fierté sourde. Il s’agit d’une langue à part entière, avec sa propre grammaire et l’erreur que l’on fait est d’assimiler la Langue des Signes Française comme une transposition directe de la langue française, ce qui n’est pas le cas. Je ne suis pas un expert car même si je connais quelques signes, cela ne m’a jamais vraiment intéressé. On pourrait simplement et grossièrement la qualifier de « langue de Yoda », le sage petit homme vert des films Star Wars qui mélange la syntaxe quand il parle : par exemple, un francophone dirait « J’ai mangé des spaghettis chez ma mère pendant les vacances, c’était bon ! » dans cet ordre ; ce qu’un signant transcrirait avec des gestes et des expressions faciales par « Pendant vacances, chez ma mère, spaghettis j’ai mangé, bon ! ». Cette syntaxe n’a aucun sens en français, alors imaginons que le sourd signant essaye de le transcrire en français correct … C’est un casse-tête et une difficulté supplémentaire pour communiquer !

Actuellement, les enfants sourds et malentendants ont la chance de pouvoir apprendre la Langue des Signes Française et de l’employer dans leur quotidien, y compris scolaire. La collection Signes des éditions Thierry Magnier est composée de plusieurs imagiers thématiques comme les signes de l’école, du voyage ou encore des animaux. L’ABCD signes – qui en fait partie – est un exemple d’outil pédagogique intéressant pour faire apprendre les gestes du quotidien aux enfants, qu’ils soient sourds ou même entendants. Cet imagier se veut comme une fenêtre ouverte vers une nouvelle langue et donc une nouvelle manière de communiquer. Certes, l’initiative est louable, mais je dois cependant y mettre un bémol : les signes sont par essence gestuels et indiquent du mouvement. Comment transcrire efficacement quelque chose qui bouge sur du papier ? Ce genre d’ouvrage est très intéressant mais nécessite l’aide d’un adulte connaissant lui-même les signes afin de les apprendre aux enfants.


En conclusion

L’acceptation de la différence : le droit à l’amitié et à l’amour

Tous les ouvrages sélectionnés (hormis l’abécédaire) ont cette thématique, sans doute la plus importante, du droit à l’amitié et à l’amour. Les sourds et malentendants sont avant tout des êtres humains avec leurs propres personnalités et leurs propres difficultés. Cela ne doit pas les empêcher de pouvoir vivre une vie qui leur convienne et de s’entourer de personnes qui leur voudront du bien.

surdité

© T. Magnier, 2008

Thibo et Bô ont certes des difficultés d’intégration sociale, mais ils ont néanmoins eu des expériences amoureuses avec des filles qui n’ont pas fui devant leurs souffrances et leurs mal-être. La famille d’Ilona vit autant que faire se peut une existence normale, avec des petits tracas qu’ils gèrent au mieux tout en s’entraidant. La petite Julie voulait se faire un ami pour jouer avec lui, ce qu’elle arrive à faire malgré tout. Ces petites histoires montrent et font comprendre aux enfants que nous avons besoin des autres pour vivre et qu’on doit les accepter avec toutes leurs différences. Les relations sociales sont parfois difficiles, mais on a tous le droit d’éprouver des sentiments afin de les confronter avec son entourage.

Entre prévention et pédagogie

Les ouvrages étudiés restent de formidables outils pour expliquer ce qu’est la surdité. Ils exposent les problèmes et font réfléchir petits et grands sur l’acceptation du handicap. Ils peuvent être lus et discutés dans un cadre autant familial que scolaire afin d’informer et de prévenir les dérives liées à l’incompréhension mutuelle entre la sphère sourde et celle entendante.

Après tout, nous sommes tous différents et nous avons tous nos petits (ou gros) problèmes. Cela rejoint d’autres ouvrages et d’autres thématiques parlant du bien-vivre ensemble, du respect mutuel, de l’entraide … La surdité n’est finalement qu’un maillon dans un ensemble plus vaste que nous appelons l’univers.


Bibliographie et webographie

Les cinq ouvrages de référence

  • DESHORS, Sylvie. Le transfo. Paris : Thierry Magnier, 2003. Roman : collège. ISBN 2-84420-209-8.

  • DESHORS, Sylvie. L’école du tonnerre. Malok DESHORS ill. Voisins-le-Bretonneux : Rue du monde, 2014. Roman du monde. ISBN 978-2-35504-316-1.

  • COMPANYS, Monica, HEME-GIRAUD, Valérie. Youpi ! Mes parents sont sourds !. Catherine COINTE ill. Villévêque : Monica Companys, 2012. ISBN 2-912998-63-8.

  • CORAN, Pierre, FLORIAN, Mélanie. Julie silence. Bruxelles : Alice jeunesse, 2009. ISBN 978-2-87426-089-6.

  • GOURDON, Bénédicte, RODRIGUEZ, Roger. ABCD signes : abécédaire bilingue et français et langue des signes. Chamo ill. Paris : T. Magnier, 2008. Signes. ISBN 978-2-84420-670-1.

Autre ouvrage

  • BLAIS, Marguerite. La culture sourde : quête identitaire autour de la communication. Presse de l’université Laval, 2006. Sociologie au coin de la rue. ISBN 2-7637-8352-X.

Ressources du web

Commentaires
  1. Patrice Noyelle

    Sur le thème des enfants et adolescents sourds, à lire aussi le très beau roman d’Adeline Yzac, L’enfant à la bouche de silence, qui traite la perception du handicap avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Voir les avis, partagés, sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/29778-l-enfant-a-la-bouche-de-silence

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