La série des Émilien de Marie-Aude Murail

Émilien Pardini a 15 ans, il vit seul avec sa mère et « il y a des jours où [il se] demande s[‘il est] complètement normal. »1.

La série des Émilien écrite par Marie-Aude Murail comporte sept livres. Dans l’ordre, nous trouvons : Baby-sitter blues, Le trésor de mon père, Le clocher d’Abgall, Au bonheur des larmes, Un séducteur-né, Sans sucre, merci et Nos amours ne vont pas si mal. 

« J’ai pris un livre. Au bout de dix minutes, je me suis aperçu que je le tenais à l’envers. Je l’ai jeté. J’ai pris ma parka et j’ai dévalé l’escalier. J’ai couru jusqu’à la gare. J’ai attrapé un train. 10h40. Je n’y serai pas. Le métro. Les rues. Je cours. C’est où, cette bordel d’église ?

– Vous prenez la rue de Turenne, vous remontez un peu. C’est sur votre droite.

– Merci, madame.

Il me regarde, un peu étonné. Normal, c’est un homme. Pardon, un modèle identificatoire masculin.»2

Résumés

  • Baby-sitter blues : 

    Murail_Emilien_Baby-sitter blues

    © l’école des loisirs, 2005

    Émilien a 15 ans, il veut avoir plus d’argent de poche pour pouvoir faire comme ses copains. La filleule de sa mère, Martine-Marie, fait du baby-sitting. Et s’il faisait pareil ? Les gosses, c’est sympa en fait ! Mais il entre en troisième, et sa mère lui dit de se concentrer sur son travail et d’arrêter le baby-sitting. Et s’il donnait des cours de français à la place ?

  • Le trésor de mon père 

    © l'école des loisirs, 2005

    © l’école des loisirs, 2005

    La nouvelle lubie de la mère d’Émilien est de lui trouver un « modèle identificatoire masculin ». Émilien va donc passer les vacances chez son oncle, Marc. Mais il se retrouve à partir à la recherche du trésor de son père avec un autre oncle, Valentin Pardini, un artiste peintre, plutôt différent du premier.

  • Le clocher d’Abgall : 

    © l'école des loisirs, 2005

    © l’école des loisirs, 2005

    La mère d’Émilien s’est trouvé un nouveau compagnon, Henri Leroy, et va même jusqu’à parler mariage. Émilien n’accepte pas vraiment ces changements et se sent plutôt seul … Il est imprégné de son livre-jeu et se laisse envahir par cet univers fictif. À l’école, Joss, le nouveau un peu étrange dont les animaux de compagnie meurent les uns après les autres, s’accroche à Émilien…

  • Au bonheur des larmes : 

    © l'école des loisirs, 2006

    © l’école des loisirs, 2006

    Émilien est en vacances. Avec ses amis, il devient moniteur dans une colonie de vacances. Il lui faut alors s’entendre avec le groupe, avec les enfants, apprendre à s’organiser, prendre des responsabilités, …

  • Un séducteur-né :

    Émilien est un séducteur-né

    © l’école des loisirs, 2006

    Martine-Marie a déménagé en Angleterre et en plus, la mère d’Émilien est enceinte. Mais qui est le père ? Émilien enquête. Entouré de toutes ces filles, quelle galère ! Mais tout va bien, les filles l’adorent.

  • Sans sucre, merci : 

    © l'école des loisirs, 2006

    © l’école des loisirs, 2006

    Émilien a 16 ans. Martine-Marie est toujours en Angleterre. Sa petite sœur arrive bientôt, mais le papa est déjà parti et sa mère a de gros problèmes financiers … Il plonge dans les romans de Barbara Cartland sur les conseils de sa voisine, mais la fiction ne résout pas tout … Comment aider sa mère ?

  • Nos amours ne vont pas si mal :

    © l'école des loisirs, 2006

    © l’école des loisirs, 2006

    Émilien a une super copine, un oncle génial et une petite sœur extra, sans oublier sa mère. Mais avec Martine-Marie tout n’est pas rose, entre son oncle et sa mère, ce n’est pas mieux et en plus, il faut trouver quelqu’un pour garder Justine … Mais attention ! Pas n’importe qui. Dans ce dernier tome, Émilien s’interroge de plus en plus sur son avenir : va-t-il devenir père à 17 ans ou percer dans le monde de la BD ?

Analyse

La série des Émilien traite des problèmes de la vie quotidienne. Un adolescent qui vit seul avec sa mère, un thème d’actualité qui parle à de plus en plus de jeunes. Par ailleurs, nous pouvons, à de nombreuses reprises, nous identifier à Émilien grâce aux problèmes qu’il rencontre : des plats surgelés aux devoirs, en passant par les copains, les copines, la télévision, la bibliothèque, l’argent de poche, les animaux de compagnie, les petits boulots, les conflits familiaux, l’avenir, les bébés, … autant de problèmes que nous rencontrons (presque) tous les jours !

Marie-Aude Murail nous fait rire en racontant ces problèmes plutôt légers car nous nous y retrouvons. Toutefois, elle soulève aussi des questions plus graves comme le vol3, la mort4, les problèmes de grossesse, les tentatives de suicide5, le handicap6, … Problèmes qui nous permettent de réfléchir et de ressentir des émotions intenses pendant notre lecture.

Par ailleurs, Émilien est un héros attachant. Il est plein d’humour, plutôt intelligent, il aime les enfants, mais il n’est pas non plus parfait, ce qui le rend d’autant plus sympathique et nous permet de nous identifier plus facilement ! Les mensonges lui viennent très facilement, il a un long nez, il n’est pas très régulier dans son travail scolaire, il n’est pas aussi fidèle qu’il le voudrait à Martine-Marie, il est même parfois assez égoïste, surtout face à sa mère et à ses « amis ». Il exagère assez souvent ses problèmes, comme tout adolescent qui se respecte, il pense notamment souffrir de tachycardie car son cœur s’emballe de temps en temps !

Les personnages qui entourent Émilien sont aussi divers que variés et permettent d’ajouter de l’humour et des émotions aux histoires. Nous retrouvons notamment Sylvie, sa mère, qui a la quarantaine et tente, tant bien que mal, d’élever son fils qui est très « fatigant ». Entre les deux, nous reconnaissons des situations typiques de parents vs enfants, avec les devoirs et la télévision par exemple :

« – Tu tiens vraiment à regarder ces idioties ? dit Maman dans mon dos.

Je ne l’ai pas entendue entrer. Le suspense était tellement insoutenable.

– Ça occupe, dis-je.

– Et tu n’as rien à faire pour demain ?

– Ah si, merde ! Mon devoir de maths. »7

Le personnage de la mère permet aussi d’évoquer la monoparentalité, le remariage, sa mauvaise cuisine, la grossesse, … Avec elle, nous retrouvons aussi des figures masculines assez différentes comme son frère8, le frère du père d’Émilien, Valentin, l’artiste peintre9, Henri Leroy10, Stef11.

Nous avons aussi les amis d’Émilien : Xavier Richard, le « bourge », Fricaire, à qui il a donné des cours de français12, Joss13, le perturbé, et bien sûr Martine-Marie, sa copine, l’amour de sa vie, avec qui il aura quatre enfants ! La relation avec Martine-Marie fait ressortir les sentiments, les émotions. Elle est son premier amour, et nous suivons avec eux toutes leurs tribulations : de la séparation à la jalousie, en passant par l’amour à distance, les poèmes, …

Marie-Aude Murail écrit les aventures d’Émilien à la première personne, c’est un récit miroir qui permet au lecteur de s’identifier au héros. L’auteure a distillé énormément d’humour tout au long des aventures. Par exemple :

« Après quelques mouvements de déglutition, l’avis général est que ledit soufflé  a pris un coup de chaud. C’est Claude qui a trouvé la formule. Tout le monde semble en être content (de la formule, pas du soufflé). Malheureusement, si le soufflé a pris un coup de chaud, le canard, lui, aurait dû être hospitalisé au service des grands brûlés. »14

«Ça m’énerve. Dès que je parle sérieusement, les adultes se marrent. Quand je me marre, bien sûr, ils me disent : « Soyons sérieux. »»15

Marie-Aude Murail, en plus de cet humour permanent, insuffle des sentiments et de l’émotion (que ce soit de la joie, de la tristesse ou de la colère) dans ses romans : les relations entre mère et fils, entre Émilien et Martine-Marie, …

Entre Émilien et sa mère :

« – Si tu as tellement besoin d’argent, me dit-elle doucement, pourquoi est-ce que tu n’en gagnes pas ?

  • Ah non, merci ! Cent sous pour vider la poubelle. Tu m’as regardé ?
  • Oui, tu es moche !
  • Si tu te crois belle …

On s’est regardés en plein et on a rigolé parce que, pour la beauté franchement, on est à égalité. C’est comme ça, ma mère et moi. On s’énerve, on crie, on crie. Tout le monde craint le pire, le flot d’injures, la mare de sang, la paire de claques. Pour finir, on rigole.» 16

Un poème qu’Émilien n’ose pas envoyer à Martine-Marie :

«Entre nos cœurs, quelle distance !

Tant d’espace entre nos baisers !

Ô sort amer ! Ô dure absence !

Ô grands désirs inapaisés !»17

Nous voyons même des traits philosophiques ou psychologiques dans les pensées d’Émilien ou de son entourage, des pensées qui nous font réfléchir nous-mêmes :

«Quand on est petit, on tend les bras en marchant vers la vieille dame ou vers le petit monsieur. On a confiance. Le chat, le chien, tout le monde vous aime, c’est évident. Un jour, on s’aperçoit qu’il y a des gens qui ne vous aiment pas, on se demande pourquoi et alors, on est grand.»18

«La sonnerie a grésillé. Nous sommes rentrés en salle de cours. Il m’énerve, Richard. Son idéal de vie, c’est : pas de femme, pas de gosses, pas de chats, pas d’emmerdes, pas de vagues. Il est vieux avant l’âge. Il est rance. Voilà. C’est ce que je lui dirai, la prochaine fois : mon vieux, tu es rance.»19

Enfin, nous pouvons remarquer que nous trouvons du vocabulaire adapté au public des 11-12 ans, du vocabulaire de « jeune » qui mêle du verlan, des gros mots et parfois quelques mots d’anglais pour être plus « in » :

« Je ne voulais pas passer pour un taré. Je dis :

– Ça va un moment, votre keutru. Je ne suis pas né d’hier.

– Et nous, on t’emmerde, fut la réponse.

Mélanie se leva et fit signe à sa sœur. Elles allèrent s’enfermer dans leur chambre. Je n’avais plus qu’à prendre un bouquin et patienter. En fait, je bouillais de rage.

Je hais les filles. Elles ont été mises sur terre, expressément pour me faire chier. »20

Cette série m’a vraiment intéressée et m’a beaucoup fait rire ! Comme je l’ai dit plus haut, Émilien est très attachant et il a toujours une répartie en poche. Il nous entraîne avec lui dans ses aventures et, comme chaque livre est assez court et captivant, j’en ai rarement refermé un avant de l’avoir fini !

Pour ceux qui ont beaucoup aimé Émilien, Baby-sitter blues a été adapté en film en 1996 par William Crépin.

Références bibliographiques

Premières éditions dans la collection Médium :

  • MURAIL, Marie-Aude. Baby-sitter blues. Paris : l’École des loisirs, 1988. 120p. Médium. ISBN 2211 092 63 2.

  • MURAIL, Marie-Aude. Le trésor de mon père. Paris : l’École des loisirs, 1989. 169p. Médium. ISBN 2 211 082 90 4.

  • MURAIL, Marie-Aude. Le clocher d’Abgall. Paris : l’École des loisirs, 1989. 164p. Médium. ISBN 2 211 01128 4.

  • MURAIL, Marie-Aude. Au bonheur des larmes. Paris : l’École des loisirs, 1990. 126p. Médium. ISBN 2 211 01128 4.

  • MURAIL, Marie-Aude. Un séducteur-né. Paris : l’école des loisirs, 1991. 109p. Médium. ISBN 2 211 033 39 3.

  • MURAIL, Marie-Aude. Sans sucre, merci. Paris : l’école des loisirs, 1992. 151p. Médium. ISBN 2 211 03960 X.

  • MURAIL, Marie-Aude. Nos amours ne vont pas si mal. Paris : l’école des loisirs, 1993. 134p. Médium. ISBN 2 211 01811 4.

Ils ont tous été réédités en 2006 dans la collection Neuf de l’École des loisirs (cf les couvertures ci-dessus).

Public ciblé : dès 11-12 ans et sans limite !

Mots-clés : vie quotidienne, monoparentalité, adolescence, amour, amitié, remariage, fille.

Pour chaque tome, nous pouvons ajouter des mots-clés plus personnalisés :

1 : baby-sitting, argent de poche, vol, bibliothèque

2 : trésor, enquête, père, oncle

3 : jeu de rôle, animal de compagnie

4 : moniteur, colonie de vacances, enfant, bonne entente, collectivité

5 : grossesse, enquête, baby-sitting

6 : grossesse, bébé, Barbara Cartland, bibliothèque, thé

Bibliographie

  • En savoir plus sur l’auteure : CHÉRER, Sophie. Marie-Aude Murail. Paris : l’École des loisirs, 2011. 62 p. Mon écrivain préféré.

ISBN 978-2-211-11453-0.

  • Article sur les séries de l’auteure : MURAIL, Marie-Aude. « Quand une serial reader finit par écrire des séries ».  La Revue des livres pour enfants, Livres en séries, Décembre 2010, n°256, p. 85.

Webographie

  • Pages des Émilien sur le site officiel :

Baby-sitter Blues : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/222baby.htm

Le trésor de mon père : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/223le_tresor.htm

Le clocher d’Abgall : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/224clocher.htm

Au bonheur des larmes : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/225bonheur.htm

Un séducteur-né : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/226seducteur.htm

Sans sucre, merci : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/227sucre.htm

Nos amours ne vont pas si mal : http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/1niveau/central/3niveau/228nos_amours.htm

Oh, boy ! : http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=1220

Simple : http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=50

Maïté coiffure : http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=51

Une mini-thèse sur la série Golem de Marie-Aude Murail, son frère Lorris et sa sœur Elvire : http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=881

Mathilde C. HSI 3

décembre 2014

1Sans sucre, merci. Paris : École des loisirs, 2006. Neuf. p. 39.

2Le trésor de mon père. Paris : École des loisirs, 1989. Médium. p. 38.

3Baby-sitter blues.

4Le trésor de mon père.

5Le clocher d’Abgall.

6Au bonheur des larmes.

7Le clocher d’Abgall. Paris :École des loisirs, 2006. Neuf. p. 71.

8Le trésor de mon père.

9Le trésor de mon père, Sans sucre, merci et Nos amours ne vont pas si mal.

10Le clocher d’Abgall et Nos amours ne vont pas si mal.

11Un séducteur-né.

12Baby-sitter blues.

13Le clocher d’Abgall

14Un séducteur-né. Paris : École des loisirs, 1991. Médium. p. 90-91.

15Baby-sitter blues. Paris : École des loisirs, 1988. Médium. p. 36.

16Baby-sitter blues. Paris : École des loisirs, 1988. Médium. p. 12.

17Un séducteur-né. Paris : École des loisirs, 1991. Médium. p. 19.

18Au bonheur des larmes. Paris : École des loisirs, 2006. Neuf. p. 55.

19Le clocher d’Abgall. Paris : École des loisirs, 2006. Neuf. p. 48-49.

20Un séducteur-né. Paris : École des loisirs, 1991. Médium. p. 59.

Ajoutez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.