Pygmalion et Galatée : une histoire gravée dans le marbre

Pygmalion a toujours aimé l’art et plus particulièrement la sculpture. Mais il y a un projet en particulier qu’il ne pourra jamais oublier et qui restera pour toujours sa plus belle création : Galatée.

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 L’art avant tout

Lorsque l’on a un artiste pour père, il est dur de ne pas s’intéresser aux arts et de ne pas rêver pouvoir, un jour, créer quelque chose de ses propres mains. C’est donc naturellement que Pygmalion, qui préférait se faire appeler Py, avait suivi l’exemple de son père et avait manifesté dès son plus jeune âge de l’intérêt pour la sculpture. Il avait acquis au fil des années une certaine technique. Son temps libre, il le passait enfermé dans l’atelier à l’arrière de la maison familiale afin de perfectionner ses dernières créations. Il n’était pas vraiment comme les jeunes de son âge qui s’intéressent aux filles et qui traînent ensemble aux terrains de football après les cours. La seule chose qui le passionnait c’était le processus par lequel il imaginait une sculpture dans son esprit et qu’il tentait par tous les moyens de rendre réelle. Cela pouvait prendre des jours, voire des semaines mais il n’abandonnait jamais avant d’avoir obtenu un résultat parfait. Il ne laissait rien au hasard.

Py était toujours le premier à sortir de classe après les cours. Mais une après-midi, alors qu’il se précipitait vers la sortie, une main se posa sur son épaule pour le retenir. Ce contact l’irrita car il devait absolument rentrer afin de terminer ce qui devait être son plus grand projet : une sculpture complète d’une jeune femme. Mais lorsqu’il se retourna, son regard croisa celui de Louise. Il se radoucit alors, sachant que la jeune fille ne l’aurait pas arrêté sans une bonne raison. Il lui avait déjà parlé à de nombreuses reprises et lui avait même fait part de son incroyable projet. Louise semblait hésitante, peu sûre d’elle. Py ne lui laissa pas le temps de se lancer et intervint :

Louise, je suis désolé mais je suis vraiment pressé. Tu voulais me parler de quelque chose ?

– Je sais que c’est ridicule mais ça fait plusieurs années que l’on se parle maintenant et je suis l’une des seules personne à qui tu te confies dans la classe. Alors je me suis dit qu’on pourrait peut-être passer plus de temps ensemble…

Py connaissait cette situation, il avait déjà entendu ce genre de confession dans les comédies romantiques que sa mère et sa sœur l’obligeaient à regarder pendant les vacances. Il avait donc compris où Louise voulait en venir avant même qu’elle ait fini. Il la laissa terminer de parler alors qu’il réfléchissait à l’excuse qu’il allait lui donner.

Je sais que tu ne cherches pas à avoir une petite amie, mais on pourrait au moins essayer de se voir de temps en temps. Je t’aime vraiment bien et je pense qu’on pourrait bien s’entendre tous les deux. Qu’en penses-tu ?

-Je n’ai pas vraiment le temps pour ça, j’ai beaucoup de choses à faire et je devrais même être chez moi à l’heure qu’il est. Je suis vraiment content que tu veuilles apprendre à me connaître mais je vais devoir te laisser, lui répondit Py droit dans les yeux avant de reprendre sa route.

L’adolescente vira au rouge. Elle s’attendait à un refus mais pas de manière aussi brutale. Elle se sentait bête d’avoir espéré que le garçon abandonne son atelier pour passer du temps avec elle. Il était obsédé par sa sculpture. Elle marmonna alors entre ses dents.

Puisque que tu préfères cette statue à moi, alors va-y ! Passe tout ton temps avec. J’espère qu’à cause d’elle tu auras des problèmes, ainsi, tu regretteras de ne pas avoir passé du temps avec moi à la place.

Mais Louise ne savait pas que ses paroles allaient bientôt devenir réalité et bouleverser les plans du jeune homme.

Des sentiments inhabituels

Py venait de quitter son atelier. Sa mère l’avait déjà appelé à de nombreuse reprises et il  valait mieux ne pas la faire attendre plus longtemps. Lorsqu’il entra dans la cuisine, la table était déjà mise et une odeur de pizza baignait l’air.

Ça fait dix minutes que je t’appelle ! Tu sais que je n’aime pas quand tu traînes dans ton atelier alors qu’on va passer à table.

– Je suis désolé, répondit le fils. Je n’avais pas vu l’heure. Tu sais, j’ai bientôt fini le projet dont je te parle depuis des mois !

Sa mère le félicita rapidement puis appela le reste de la famille pour dîner. Mais Py était absent des discussions familiales pendant le repas, il ne pouvait s’empêcher de penser à son œuvre qui serait bientôt termineée, il se sentait fier et il avait hâte de pouvoir la montrer à tout le monde.

*************

Plusieurs jours avaient passé depuis qu’il avait rejeté l’offre de Louise. Py était dans son atelier et apportait la dernière touche à sa création, ou plutôt Galatée comme il l’appelait. Ce nom lui était venu un jour en plein cours de sciences alors que son esprit divaguait, à la recherche d’un prénom qui irait parfaitement à la jeune femme qu’il avait créée. Il voulait qu’elle ait un prénom afin qu’elle paraisse encore plus réelle qu’elle ne l’était déjà.

Il était vraiment fier de ce qu’il avait accompli. Il avait su reproduire une femme aux proportions parfaites et au visage symétrique. Il se sentait inévitablement attiré vers elle. L’adolescent n’avait aucune envie de la quitter et sa simple vue provoquait chez lui une joie et un bien-être qu’il n’avait jamais connus.  Il savait qu’il ne s’agissait pas d’un être humain mais sa présence lui était devenue agréable, presque familière. Il pouvait passer plusieurs minutes à la fixer sans penser à rien d’autre. La nuit précédente il s’était même réveillé en pensant à elle et, en faisant attention de ne faire aucun bruit pour réveiller ses parents, il s’était rendu dans l’atelier afin de la contempler a la faible lumière de sa lampe torche.

Il se dépêchait toujours pour rentrer tôt après l’école et, chaque jour, le jeune homme revenait avec un nouveau cadeau pour sa statue. Il avait commencé par lui apporter quelques fleurs ramassées sur le chemin du retour, après l’école. Puis au fur et à mesure, les cadeaux se firent plus nombreux et plus extravagants. Il lui acheta même un collier avec l’argent qu’il avait mis de côté pour les vacances d’été. Il avait l’impression que chaque fois qu’il déposait quelque chose devant elle, Galatée lui souriait, qu’elle lui était reconnaissante pour toutes ses attentions. Il se mit alors à espérer que Galatée était vivante. Il pria chaque soir pour que son rêve se réalise.

L’art prit vie sous yeux

L’obsession de Pygmalion pour Galatée grandissait de jour en jour et ses parents ne comprenaient pas pourquoi le jeune homme préférait passer ses journées dans son atelier plutôt qu’avec eux ou ses amis. Il se renfermait sur lui-même et semblait malheureux, mais personne ne comprenait pourquoi.

Cependant, un soir, alors qu’il venait de finir ses devoirs, il retourna comme à son habitude dans l’atelier et ce qu’il vit le surprit. Les mains de Galatée avaient sensiblement bougé et était maintenant tendues en direction de Py, et sur son visage se formait un large sourire. Le jeune homme crut rêver, il pensa même sombrer dans la folie. Il prit les mains de la statue entre les siennes et se rendit compte qu’elles étaient chaudes. Le garçon leva alors les yeux vers le visage de celle-ci et leurs regards se croisèrent, il sentait une sorte de tension passer entre eux. Il n’était pas assez fou pour avoir imaginé de telles choses, ça ne pouvait qu’être vrai. Son cœur s’emballa de même que ses pensées.  Son rêve se réalisait, il ne pouvait pas y croire. C’est alors que la mains, qu’il tenait toujours, se refermèrent autour des siennes. Il sursauta et recula de quelques pas, sans pour autant retirer sa main. Il bafouilla alors quelques mots à l’encontre de Galatée :

Tu.. Tu es vivante ? Dis-moi que je ne suis pas en train de rêver, que tu peux vraiment me voir et m’entendre ?

Il vit alors les lèvres de la jeune femme, encore blanches et raides, s’animer doucement. Et dans ce qui ressemblait plus à un soupir qu’à des paroles, elle lui répondit :

Oui, je suis bien vivante. Je suis si heureuse de pouvoir enfin te parler.

Ils passèrent ainsi la nuit tous les deux main dans la main à parler de choses diverses. Ils apprirent à se connaître et à apprécier la compagnie de l’autre. Au petit matin, Galatée fut complètement libérée de son enveloppe rigide. Pygmalion était aux anges et voulut passer le reste de sa vie avec sa création si parfaite. Il lui demanda alors s’il pouvait la prendre dans ses bras, chose qu’il rêvait de faire depuis longtemps. La jeune femme ne s’y opposa pas et ouvrit ses bras au garçon, qui s’y blottit. Py était fatigué et il sentit ses yeux se fermaient, il n’arrivait plus à lutter contre le sommeil et s’endormit dans les bras de Galatée.

À son réveil, il était allongé dans son lit, entouré de ses cours d’histoire. Le jeune homme  ne comprit pas bien ce qu’il venait de se passer. Il se rappela alors sa nuit passée avec la belle Galatée et s’empressa de la rejoindre. Il traversa le jardin à toute vitesse mais à son arrivée la déception fut énorme. La jeune femme avait repris son allure de statue et sa main était froide. Py ne comprenait plus rien, il tenta de la réveiller. Mais dans la précipitation il bouscula la statue qui alla se fracasser contre le sol de l’atelier et se brisa en plusieurs morceaux. L’adolescent resta figé sur place avant de fondre en larmes. Il avait définitivement perdu Galatée. Il ne put jamais savoir si, ce soir-là dans l’atelier, la jeune femme qu’il avait tant désirée s’était réellement animée ou s’il avait seulement rêvé.

Résumé 

Le jeune Pygmalion a une véritable passion pour la sculpture, au point même qu’il rejette ses camarades afin de pouvoir se consacrer pleinement à son art. Mais son comportement finira par lui jouer des tours et, ce qui devait être un de ses plus beau projets va aussi devenir une vraie obsession.

Bibliographie 

OVIDE. Chant X. In :  Les métamorphoses. J.P. Néraudau (dir.). G. Lafaye (trad.). Paris : Gallimard, 1992. Folio, 2404 . ISBN : 2-07-038564-7.

Image à la une : Pygmalion et Galatée, par François Boucher, 1767. Musée de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg. Disponible sur Wikimedia commons.

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