Le plus bel endroit du monde est ici de Francesc Miralles et Care Santos

Lorsque rien ne va dans la vie, un café peut suffire. Mais attention, pas n’importe quel café ! Il faut que celui-ci soit magique …


Le plus bel endroit du monde est ici

© Pocket, 2014

Café et chocolat chaud

Nous sommes au mois de janvier. Iris est une standardiste de 36 ans qui vit seule dans son appartement. Elle vient tout juste de perdre ses parents dans un tragique accident et semble alors morose et timide. Lorsqu’elle décide de sortir de chez elle, c’est dans la volonté d’y trouver la mort. C’est alors qu’elle se retrouve nez à nez avec une devanture de café sur laquelle il est écrit

 le plus bel endroit du monde est ici

Ces mots stimulent immédiatement sa curiosité et elle décide d’y entrer. À l’intérieur, la magie opère. Elle rencontre Luca, et revient tous les jours, changée et toujours plus heureuse. Avec Luca, elle se remémore les souvenirs de son passé et s’aventure dans de nouvelles expériences. Ou peut-être n’est-elle là que pour l’amour qu’elle lui porte … Les jours passent, et après l’adoption d’un chien, elle finit par croiser Olivier, son amour de jeunesse, avec qui elle discute longuement lors d’un rendez-vous. Un jour, alors qu’elle s’apprête à retourner dans le café, elle le découvre vide. Il doit fermer. Le plus bel endroit du monde est ici avait disparu. Iris se met donc à la recherche de Luca et décide de vendre son appartement. L’agent immobilière, Angela, apparaît comme un véritable ange et se lie d’amitié avec Iris. Ses recherches vont alors la mener vers de nouvelles aventures et de nouvelles rencontres. Sa rencontre avec Luca n’était-elle qu’un rêve ?

 

Un endroit qui semble réellement être le plus beau

Le plus bel endroit du monde est ici est un roman écrit à quatre mains par Francesc Miralles et Care Santos composé de 192 pages et édité par Fleuve éditions pour la traduction française en 2010. Puis, réédité en 2014 par les éditions Pocket. C’est en effet, une œuvre traduite de l’espagnol par Alexandra Carrasco-Rahal, le titre original est El mejor lugar del mundo es aqui mismo.

Le plus bel endroit du monde est ici

© Fleuve noir, 2010

Francesc Miralles est un écrivain et journaliste en psychologie et spiritualité mais également musicien et traducteur, né en 1968. Ses premiers ouvrages étaient destinés à la jeunesse. Tout comme Care Santos, également auteure de livres jeunesse mais aussi de contes, recueils de nouvelles et poésies, née en 1970.

La première et quatrième de couverture présentent une harmonisation des couleurs sous la prédominance du bleu, du blanc et du noir. Ces couleurs rappellent le froid de l’hiver et la neige. Celle-ci peut également être représentée par les points blancs qui se trouvent dans le fond de l’image sur la couverture. La première de couverture prend alors sens avec les tasses de café empilées et le tableau noir sur lequel est écrit à la craie le titre de l’ouvrage, entouré d’une couronne de feuilles, et les noms des auteurs. C’est une invitation à ouvrir le livre et à y trouver tout le réconfort et la chaleur d’une lecture au coin du feu. Deux sucres sont également visibles en bas à gauche, visiblement en forme de cœur, présage d’une douce histoire d’amour. Sur la quatrième de couverture, nous retrouvons le titre et les noms des auteurs sous la même police d’écriture que la première couverture. Un synopsis est présent, ainsi que deux critiques provenant de L’Est-éclair et de Metro (Belgique). Ces critiques séduisent et donnent envie au lecteur d’entrer dans le monde d’Iris. Le fond est uni, en contradiction avec la première de couverture complétement remplie de couleurs. Le plus important n’est donc plus forcément le visuel mais plutôt le texte.

L’intérêt de cet ouvrage est de divertir, car c’est une histoire d’amour. Mais il porte également et avant tout à la réflexion à travers un personnage, elle-même en reconstruction de sa personnalité, sur lequel nous pouvons facilement nous identifier. L’ouvrage peut questionner sur les différentes vérités à travers lesquelles nous passons dans la totalité de notre vie. Tout comme Iris, nous apprenons à surmonter la mort et à traverser le deuil, et nous apprenons à nous ouvrir à l’autre et à vaincre notre solitude qui nous semblait éternelle.  Tout cela, grâce à la magie !

L’histoire est merveilleusement bien ficelée, et accompagnée de titres de chapitre très poétiques et donnant l’envie de rêver toujours plus. Ces derniers sont également courts et permettent de ne pas lire l’ouvrage complet d’une seule fois, car il est vrai que l’histoire est dense et rapide à lire, composée de moins de 200 pages. C’est un livre destiné aux adolescents ou jeunes adultes, car le vocabulaire est simple :

 il semblait s’interroger sur les raisons d’un tel laisser-aller

et l’histoire en elle-même n’amène pas forcément à de grandes réflexions philosophiques. Malgré les quelques éléments naïfs ou candides pouvant correspondre à un jeune public, c’est effectivement une histoire à rebondissements, qui se lie sous une couette accompagnée d’un délicieux chocolat chaud.

image livre et café

Des personnages au cœur d’un temps mouvant

Tout au long de l’histoire, le lecteur peut suivre l’évolution d’Iris. C’est le personnage central, baladé entre différents temps, entre le passé et l’avenir. Elle fait cependant face aux autres caractères, plus symboliques d’une temporalité, et surtout, d’une étape de sa vie. Quelques personnages sont donc évoqués comme des souvenirs, appartenant au passé, notamment celui de ses parents. D’autres, non pas présents en tant que souvenir, mais bien représentatif du passé, font de courtes apparitions, tels que les enfants de l’immeuble. Le passé est un élément essentiel de l’histoire, car c’est exactement ce que Iris doit oublier. Il est présent à travers les objets qu’Iris donna aux enfants de l’immeuble pour leur brocante, à travers sa volonté de vendre son appartement, à travers le cœur en chocolat blanc, et finalement, à travers la montre que le propriétaire du café offre à Iris. Cette montre est le fil conducteur de l’histoire, d’abord cassée, puis messager, et finalement immortelle, perpétuelle, sempiternelle… Immortelle. Parfois, les personnages restent, sans savoir s’ils sont réels ou pas. En ce qui concerne Luca, le mystère reste bel et bien présent tout au long de l’histoire. Est-il réel ou n’est-il qu’un songe imaginé par Iris ? Dans le café se trouve également le gérant, qui nous apparaît comme un mage, la figure paternelle qu’Iris a perdue. Il parle peu mais l’effet qu’il provoque rallume le feu brûlant oublié d’Iris et celui des lecteurs, toujours plus nourri à chaque page tournée. Un caractère de l’histoire sème également le doute auprès des lecteurs. Olivier. Il se trouve effectivement dans un « entre-deux-temps », c’est-à-dire entre le passé, car Iris l’a rencontrée lorsqu’elle était plus jeune, et le futur, car elle le redécouvre petit à petit. Olivier est donc un élément du présent. Le gérant du café ne cesse de le répéter

du passé au futur, il n’y a qu’un pas

Les derniers personnages se trouvent donc dans le futur d’Iris. Pirate, le chien adopté. Ancré dans le monde réel, il nous accorde un temps de répit entre deux tours de magie. Pour finir, l’ange Angela appartient totalement à l’avenir d’Iris. Elle lui permet de vendre son appartement et est porteuse d’une amitié salvatrice et libératrice

un ange, c’est celui qui t’empêche de chuter en t’apprenant à voler

Une mixture entre magie et réel

Parfois le temps s’échappe et Iris semble perdue dès sa sortie du café. Combien de temps passe-t-elle dans l’obscurité de cet énigmatique endroit ? Invitée par Luca à chaque visite sur une nouvelle table, nous voyageons avec elle à travers de multiples thématiques regroupant poésie, passé, thérapie, pardon, et adieux… Le magicien et gérant du café, également appelé illusionniste a plus d’un tour dans sa poche et quelques fantaisies favorites. Il est défini par Luca comme « prestidigitateur à l’ancienne », et va faire apparaître dans la poche d’Iris une montre dont le temps semble impénétrable, mais qui va la guider dans ses choix et l’aider à rester debout. La durée du voyage nous semble donc légèrement brumeuse, emplie de vaporeuse magie. En revanche, l’espace quant à lui est clairement déterminé sans l’ombre d’un nuage. Les artifices et tours de magie restent définis à l’intérieur du café. Iris ne rencontre donc jamais Luca, ou tout autre personnage de ce lieu, à l’extérieur. Aucun risque donc que la poudre ne disparaisse ! Pourtant, le peu de description du lieu et les éléments associés bien trop imprécis peuvent nous pousser à nous demander s’il est bel et bien réel. Le magicien, lui, est constamment présent, il est comme un esprit, plus précisément un guide, suivant le personnage principal dans chacun de ses détours. Mais c’est surtout lui qui détient les clés du bonheur et qui canalisera Iris sur le bon chemin. Néanmoins, ces indices restent invariablement compliqués à éclaircir

c’est ici que les choses à faire attentent leur tour

Il est le messager, il donne à Iris les éléments nécessaires, et il disparaît. Le mystère reste donc immuable.

     Introspection et réflexion

Dès le début de l’histoire, une seule phrase est nécessaire afin de planter le décor. À la suite de ces trois lignes, le prénom du personnage principal est directement cité : « Iris ». C’est elle que l’on va suivre durant tout le court de l’histoire. C’est son histoire. Mais également la seule personne que nous pouvons distinctement identifier et s’approprier. Elle nous paraît tout d’abord déprimée, presque mortuaire

elle avait perdu sa faculté de rêver

Au fil de l’histoire, nous la voyons renaitre, nous redécouvrons avec elle les petits bonheurs du quotidien. Plusieurs éléments orientent le lecteur et accompagnent Iris dans sa quête du bonheur. Tout d’abord, la poésie. Elle est marquée par de nombreuses formes : présente autour d’une table comme une légère brise, écoutée en musique dans le café, mais aussi composée à travers un haïku. L’art du haïku est défini par Luca comme

un art de vivre consistant justement à dire un maximum en un minimum de mots

Par exemple, l’ouvrage en reprend un, signé Kito :

Le rossignol un jour il ne vient pas un autre il vient deux fois

Iris en compose un et son âme s’ouvre alors à nous. Les différentes tables sous différents thèmes peuvent également aiguiller le lecteur sur la découverte de ce personnage féminin. Car chacune d’elles pousse Iris à se questionner sur elle-même et sur sa situation, sur le deuil auquel elle doit faire face, mais surtout sur l’amour dont elle ignore l’existence et qui bouillonne en elle. Un dernier élément peut procurer l’envie au lecteur de ne jamais s’arrêter de lire : les listes. La première concerne les choses qu’elle n’aurait jamais dû oublier, ensuite, il y a la liste des bonnes nouvelles, et pour finir, la plus importantes de toutes, la liste des choses d’Iris souhaite faire avant de mourir. Elle l’établit avec spontanéité et se trouve elle-même étonnée du résultat. Des derniers messages sont glissés au fil de l’histoire tels que

abandonne le passé et le présent démarrera

ou encore

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Bibliographie

MIRALLES, Francesc, SANTOS, Care. Le plus bel endroit du monde est iciAlexandra Carrasco-Rahal (Trad.). Paris : Pocket, 2014. Pocket, 15048. ISBN : 978-2-266-22041-5

MIRALLES, Francesc, SANTOS, Care. Le plus bel endroit du monde est iciAlexandra Carrasco-Rahal (Trad.). Paris : Fleuve noir, 2010. ISBN : 978-2265089648

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