Phaéton et l’Astre de feu

Phaéton, le demi-dieu contesté

Phaéton était un beau jeune homme blond, que sa mère, la nymphe Clymène, avait eu avec le Dieu du Soleil, Hélios. Quand il expliquait à ses amis qu’il était un demi-dieu, peu d’entre eux le croyaient. Mais à cause de sa persévérance il était la cible de toutes sortes d’ironies et de plaisanteries. Lassé de ces moqueries, il alla à la rencontre d’Hélios pour s’assurer qu’il était bien son père. Il lui fallut marcher toute une journée pour enfin atteindre le mont Olympe, là où tous les Puissants sont réunis pour surveiller les mortels.

Le soir venu, il vit au loin sur son chemin un palais qui brillait de mille feux. Sa marche devint énergique et assurée : il s’avança d’un pas audacieux dans l’antre des Dieux. Une fois à l’intérieur, il fut ébloui par les murs étincelants qui longeaient les couloirs et l’immensité de chaque pièce qu’il traversait. La détermination avec laquelle il était entré disparaissait à la vue de tous les dieux qui venaient à sa rencontre, mais tous semblaient le reconnaître et lui expliquèrent avec bienveillance où trouver le Dieu du Soleil.

Le souhait de Phaéton

Lorsqu’il entra dans la pièce principale, une voix forte mais tendre s’adressa à lui. Son père s’attendait à son retour. Il était entouré des quatre Saisons, des Années, des Mois, des Jours et des Heures.

 « Que viens-tu donc faire ici ? » questionna le dieu.

L’adolescent lui confia ses craintes et c’est alors que le dieu Soleil lui dit :

 « Ne t’en fais pas ! Tu es bien mon fils. Pour t’en convaincre, je te laisse me demander ce que tu souhaites et je promets sur le Styx que ce que tu me demanderas sera accepté. »

Alors Phaéton, ravi, eut l’idée de prouver à ses camarades que le Soleil était bien son père et lui demanda :

« Père, j’aimerais que tu me laisses conduire le char qui parcourt le ciel chaque matin pour déclarer le jour. Je voudrais y prendre place rien que pour une journée. »

Hélios hésita longuement car il savait la dangerosité de conduire ces chevaux annonceurs du Soleil. Ils n’avaient en rien la force des animaux que les mortels connaissaient sur terre, ils n’avaient pas non plus la force de caractère que les hommes peuvent combattre. Il lui dit alors :

« Fils, seul un dieu peut conduire ce char. Le chemin du Soleil est semé de pièges que seul moi peux connaître. Il m’arrive même parfois de perdre confiance face au rythme de mes coursiers Éthon, Éoiis, Phlégon et Pyrois. Réfléchis bien. »

Mais Phaéton ne voulait rien entendre, il s’imaginait déjà apporter le Jour à ses amis, qui n’auraient donc plus de doutes quant à la puissance de son père. Et puis, il était bien le fils d’un dieu, alors pourquoi allait-il échouer?

Le vol

Hélios laissa à son fils, non sans crainte, les rênes de son char gardé par Vulcain. Il offrit à Phaéton sa couronne lumineuse de puissance, de sagesse et de gloire. Le char aussi était orné de pierre précieuses qui scintillaient avec la venue du Jour. La Nuit allait laisser sa place au jour, le jeune homme prit place prestement sur le char de son père. Il n’écouta pas les conseils d’Hélios avant de prendre le départ et, d’un geste brusque et déterminé, il lança le galop de ses quatre coursiers et s’éloigna vers l’horizon. Il survola le monde et prit encore plus de hauteur. Il traversa les nuages de plus en plus vite. Mais si vite que bientôt, il s’évanouit et n’eut plus le contrôle sur ses chevaux.

Ces derniers suivaient des trajectoires différentes, à chaque fois proches de se percuter. Ils sentirent que leur maître n’avaient plus d’emprise sur eux. Alors ils volèrent selon leur envie. Puis ils s’accordèrent à descendre en flèche vers la terre comme un avion sans pilote. Avec la vitesse, les plaines s’enflammèrent, les montagnes du Caucase s’embrasèrent et l’eau s’évapora pour laisser une Terre en souffrance. On dit du peuple éthiopien que sa couleur est due à ses ancêtres qui furent attirés par la chaleur du char. On dit aussi que l’humide Libye devint le pays des déserts redoutables.

La chute de Phaéton

Du haut du mont Olympe, Hélios implora l’aide de Zeus : sans lui Phaéton causerait la fin de la gent humaine qu’ils avaient eux-mêmes créée. Alors le Dieu se pressa de rejoindre l’atelier du Dieu forgeron, Héphaïstos, qui lui légua  le tonnerre. Zeus tenta de freiner la course des chevaux par sa main mais rien ne semblait pouvoir les arrêter, il dut se résoudre à envoyer la foudre sur Phaéton et son char devint incontrôlable. Au contact du feu, la cavalerie explosa : les chevaux furent libérés et s’échappèrent. Zeus venait de sauver le Monde. Mais le demi-dieu poursuivait sa longue chute dans les airs pour finalement plonger dans le fleuve Éridan d’Italie. Son insolence et sa prétention l’avaient mené à sa perte.

Les Naïades réussirent à récupérer son corps. Il fut enseveli et sur son tombeau il fut inscrit :

 Ici repose Phaéton, qui conduisit le char du Soleil. Il échoua grandement mais il avait grandement osé.

Hélios récupéra ses coursiers. Il les dressa sévèrement, leur reprochant la mort de son fils. Zeus, quant à lui, se chargea de soigner la Terre : il remplit les fleuves, fit repousser l’herbe des plaines et éleva les montagnes.

Les sœurs de Phaéton, les Héliades, se recueillirent sur sa tombe. Et c’est après quatre jours de larmes déversées qu’elles furent toutes métamorphosées en peupliers le long du fleuve Éridan. Quant à son frère Cycnos, il fut transformé en cygne et couvrit le lac qui avait vu son jeune frère périr.

Au Ciel, le Dieu Soleil était en deuil. On dit que ce jour-là le Soleil ne vint pas, il pleurait son fils. Seul l’immense incendie éclairait la Terre. Mais avec le soutien des dieux, il reprit les rênes de son char d’une main ferme et accomplit sa mission en prenant soin d’éclairer en premier lieu le tombeau de Phaéton. Il pouvait remarquer que Clymène se présentait chaque matin près du lac, ainsi que les amis du jeune garçon, comme pour présenter leurs regrets de ne pas l’avoir cru sur parole.

Pour les 8-14 ans.

Le mythe en trente secondes chrono

Phaéton est le fils d’Hélios, le dieu du Soleil. Il implore son père de lui laisser le char le temps d’une journée. Peu convaincu, le dieu lui confie tout de même la garde de ses coursiers. Il lui donne quelques conseils que son jeune fils ne juge pas utile d’écouter. Insouciant, Phaéton perd rapidement le contrôle de son char et s’approche dangereusement du sol en laissant la nature s’enflammer. C’est Zeus qui le foudroie pour préserver l’ère humaine.
Phaéton tombe dans le fleuve Éridan et ses sœurs se métamorphosent en peupliers.

Bibliographie

OVIDE. Phaéton conduit le char du Soleil (Chant 2). In Métamorphoses. Olivier SERS (trad.). Paris : Les Belles Lettres, 2009. Classiques en poche. ISBN 978-2-251-80008-0.

Image à la une : Gustave Moreau, Chute de Phaéton, projet de plafond. Disponible sur la base Joconde du Ministère de la culture et de la communication http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=50350026266.

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