LE PARLOIR, d’Éric SANVOISIN

Yan est à peine majeur, et pourtant il est en prison depuis une semaine. Il est accusé d’avoir tué le père de sa petite amie. Mais depuis son arrivée, il se referme sur lui-même et se mure dans le silence. Mais pourquoi ? Tout laisse à croire qu’il est coupable. Pas même le juge ou ses proches n’ont entendu le son de sa voix depuis l’acte. Il compte chaque jour qui passe.

Le récit se déroule dans un centre de détention, et plus précisément dans des parloirs. Là, se succèdent la famille de Yan, sa copine, son avocat.

Le parloir parEric Sanvoisin

© Gründ, 2012

Eric Sanvoisin, auteur jeunesse, bibliothécaire et relecteur dans l’édition, est né à Valence le 16 juin 1961. Depuis très jeune, il se passionne pour la science-fiction. Il écrit ses premières lignes dès l’âge de 10 ans. Son premier “enfant” naît en 1982, puis suivent pas moins de 8 frères et sœurs. Le parloir est le 27ème roman officiellement signé par Eric Sanvoisin. Il est publié le 22 mars 2012 par les éditions Gründ. Le récit a été récompensé pas moins de douze fois, dont notamment le prix 15-17 ans de Brive peu de temps après sa sortie.

Ce roman est le seul parmi tous à ne pas être illustré. La première de couverture est faite d’un fond blanc, le titre est en bleu gris et en majuscules. Sa typographie rappelle les bombes de peinture servant à faire des graffitis. Le fond blanc sur lequel il est posé est neutre, il rappelle le calme et le silence de Yan. En-dessous il y a un sous-titre :

Les silences y sont souvent plus forts que les mots

Le silence laisse place à l’imagination et à l’interprétation. Puis au centre de la couverture se trouvent quelques trous formant un hygiaphone pour illustrer le titre du récit.

Concernant la quatrième de couverture ; elle est toute aussi neutre que la première. On y trouve une nouvelle fois le titre, mais cette fois la citation qui l’accompagne change. 

Dans un parloir on se regarde toujours avant de se parler

Puis on a un court résumé de cinq lignes, toujours avec ce style graphique faisant penser à une écriture manuscrite.

La vie en détention : le sujet tabou des livres jeunesse

L’auteur s’est attaqué à un thème assez délicat et difficile pour un roman jeunesse. Il est plutôt rare de trouver des histoires pour adolescents basées sur la prison. C’est un sujet qui est davantage craint par les parents que par les enfants. Éric Sanvoisin a donc tâché de garder un style simple mais efficace pour parler de souffrance, de solitude et de désocialisation. Yan se renferme sur lui-même, il n’ose pas affronter le monde extérieur. Il en a même peur. Ici, il est appelé par un numéro d’écrou : 7216. On note beaucoup de descriptions du lieu dans les premiers chapitres : couloirs, mitard, parloirs, mais aussi la surveillance permanente. Yan ne se retrouve jamais seul. Le chapitre 5 est entièrement dédié à la description de la cellule. Intitulé «Une chambre moins trois étoiles», elle est détaillée de fond en comble. Il se conclut sur une touche ironique faisant penser à une critique d’un site de comparatif d’hôtels :

Moins trois étoiles au guide. Ambiance électrique garantie. Cohabitation sur le fil du rasoir. Pension complète, pas chère. Bienvenue en taule.1

Puisque Yan est silencieux pendant toute la durée de son incarcération, c’est l’environnement qui va être plus ou moins au cœur de l’histoire. Le bruit de l’endroit s’oppose au silence de Yan, à la page 31 tous les sons de la prison sont cités. L’auteur pointe aussi du doigt une question d’actualité sur la surpopulation carcérale. Dans le cas de Yan, ils sont trois dans une cellule conçue pour deux. Éric Sanvoisin parle également de l’insalubrité du lieu.

Ce lieu amène même Yan à penser au suicide ; dans le chapitre 17 il est étranglé par un de ses co-détenus. À deux doigts de s’évanouir, il semble ne pas avoir peur de mourir. Il s’évaderait de la prison, mais aussi du monde.

Problèmes affectifs

Dans une prison, le parloir est un lieu d’échange. C’est par ce biais qu’on apprend qui sont les proches de Yan. Il a la visite de sa mère ; son nom n’est jamais cité en signe de l’indifférence qu’ils se portent tous les deux. Elle accable plus son fils qu’elle ne le soutient.

À chaque visite annoncée, le jeune homme traîne des pieds pour s’y rendre. Que ce soit sa mère ou son avocat, il n’a aucune envie d’échanger avec eux. Il n’y a que quand sa sœur, Laure, vient le voir qu’il se sent «ému» et se permet même un câlin. Elle est la seule à qui il aimerait se confier mais il n’y parvient pas. Laure se promet de tout faire pour l’aider.

Maître Boulanger, l’avocat de Yan, est un novice dans le métier. Il semble désorganisé et peu armé pour pouvoir défendre son client. Sa vie privée prend aussi beaucoup de place, il est en instance de divorce et tente d’avoir la garde de son fils.

Abou est un des co-détenus de Yan. Le jeune homme l’apprécie car il est protecteur et il ne lui cherche pas d’histoire, il lui donne quelques conseils. Abou est coupable d’avoir enlevé ses propres enfants, suite à un conflit avec son ex-femme. Enfin, le Doc est un homme assez âgé ; il a tué sa femme, mais personne ne sait pourquoi. C’est lors d’une insomnie commune causée par les ronflements d’Abou que le Doc va raconter son histoire à Yan. Sa femme était très malade, ils ont voulu se suicider tous les deux pour se rejoindre dans l’au-delà. Elle est partie la première, mais lui, il n’a pas eu le courage de faire ce geste. Il se réconforte en estimant qu’il mérite sa place ici parce qu’il a été lâche.

Au final, tous ces personnages rencontrent des problèmes affectifs, amoureux. Yan se voit en ses co-détenus car, comme lui, ils ont trahi leur femme. L’histoire nous amène à nous questionner sur ce que nous serions prêts à faire par amour.

Le livre en lui-même

La couverture est attirante, et je n’ai pas été déçue du contenu. On se doute dès les premières lignes que quelque chose cloche dans l’histoire de Yan. Le roman est court mais percutant. Les chapitres sont tout aussi courts, les phrases simples, d’un vocabulaire soutenu, parfois violent, et les caractères sont gros. Par contraste avec le milieu carcéral, le texte est aéré ; à aucun moment on n’étouffe dans la lecture.

Il m’est même arrivé de me sentir frustrée et énervée du silence de Yan quand ses proches se montraient bienveillants envers lui. Malgré ça, il reste un personnage attachant que l’on a envie de réconforter lorsqu’il se laisse aller dans ses pensées.

Contrairement à Yan, nous, lecteurs, attendons le moment du parloir avec impatience. Il donne lieu à des flash-backs de sa vie qui nous permettent de comprendre au fur et à mesure son chemin jusqu’à la prison. Pour ma part, je ne m’attendais pas à une telle fin. Il m’a donc fallu une seconde lecture pour analyser chaque détail qui auraient pu m’amener sur cette voie. On lit donc le roman différemment. J’ai cependant regretter qu’il n’y ait pas un dernier chapitre ou un épilogue pour savoir si Yan est reconnu coupable ou non.

En bref, c’est un roman qui m’a beaucoup touchée. Le style pur de l’auteur décrit objectivement l’univers carcéral sans pour autant faire de dramatisme. Le livre se lit rapidement et nous donne le besoin de le lire une seconde fois. En plus de parler de la prison, c’est aussi un roman qui accorde une place importante à l’amour à travers la vie de chaque personnage. Le suspense est tenu jusqu’à la fin, avec une chute inattendue.

J’ai apprécié les propos suivants :

 On ne connaît jamais assez les personnes qui croisent notre vie et la marquent à jamais.On se contente souvent des apparences.2

phrases, qui, au final, résument plutôt bien le récit.

Ce roman s’adresse aux adolescents à partir de 13 ans, mais il peut aussi ravir, sans contestation, un public plus mature.

Bibliographie

SANVOISIN, Eric. Le parloir. Gründ, 2012. Romans. ISBN : 978-2-324-00159-8

Sitographie

SANVOISIN, Éric. Biographie succincte. In : Le blog d’Eric Sanvoisin, auteur jeunesse [en ligne]. [consulté le 21/02/2017]. Disponible à l’adresse : http://www.ericsanvoisin.com/pages/Biographie_succincte-1106084.html


1 Le parloir, p. 16

2 ibid., p. 109

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