Orphée ou le musicien immortel

Le nom d’Orphée dans la mythologie grecque est un des plus connus, mais connaissez-vous son histoire ? En êtes-vous sûrs ? Laissez-moi alors vous raconter l’histoire de ce musicien maudit. Tout d’abord remontons au mythe d’Orphée que nous connaissons tous.

LE JOUEUR DE LYRE

Fils d’Oegare et de la muse Calliope, petit-fils du dieu Arès, Orphée fut le poète le plus célèbre de l’Antiquité grecque. Inventeur d’un instrument de musique appelé la cithare, Orphée fit preuve dès son plus jeune âge d’un talent inné pour la musique et l’écriture. Pour cette raison, le dieu Apollon lui donna la lyre que lui-même reçut de son frère, Hermès. Avec cette lyre ( munie de neuf cordes pour les neuf muses ), le jeune Orphée avait le pouvoir d’apaiser les animaux, les humains et même ce qui n’était pas visible ! Sa mère n’était pas la muse de l’Éloquence et de la Poésie pour rien ! D’ailleurs ce sont ses tantes, les autres muses, qui s’occupèrent de son éducation principalement musicale. Qui de mieux que les Muses pour apprendre à chanter et jouer de la musique ?

Orphée, bien que musicien, restait un héros et donc il aimait bien voyager. Il parcourut toute l’Europe … il visita même l’Égypte ! Un jour, Jason, un autre héros grec, vint l’inviter à une aventure. Jason recrutait des héros, des hommes valeureux pour chercher la Toison d’Or. Orphée était indispensable, vu qu’il avait de très grands pouvoirs ! Animé par sa soif d’aventure, le courageux Orphée ne pouvait pas dire non ! En compagnie des Argonautes, dont faisait partie le célèbre Héraclès qui était là pour remplir une de ses douze épreuves. Il se rendit très utile en faisant fuir les sirènes et en charmant le serpent gardien de la toison, rien ne pouvait résister à la musique du fils de Callisto.

À son  retour, il rencontra la belle Eurydice dont il tomba tout de suite amoureux. Elle était belle, sa peau d’un blanc d’ivoire, accompagnée de sa longue chevelure dorée, fit fondre le cœur du bel Orphée. Lui aussi était beau, ses cheveux châtains bouclés n’avaient rien à envier à ceux de la belle. Ils s’installèrent en Thrace, ils vécurent heureux mais …. seulement un court instant.

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Orphée et la morsure du serpent, d’Yvan Pommaux édité par l’école des loisirs

Après le mariage, alors que le couple commençait à peine à goûter au bonheur du mariage, un serpent mordit le mollet d’Eurydice. Revanche du dieu Aristée qui lui faisait des avances ou bien simple accident ? Orphée s’en moquait, sa bien-aimée venait de mourir et il ne la reverrait jamais plus. Du moins c’est ce qui aurait dû se passer, mais notre héros refusa de se plier à la fatalité.

DESCENTE AUX ENFERS ET IMMORTALITÉ

Détruit, inconsolable, Orphée se résolut à défier les dieux, à défier l’ordre naturel des choses en allant ramener Eurydice des Enfers. Il se rendit à l’entrée des Enfers, qui se situait à proximité de la ville de Ténare en Laconie. Approchant du royaume des morts, il joua alors de sa musique envoûtante qui ensorcela les créatures immortelles comme Cerbère, le chien à trois têtes, Chiron, le passeur et tout qui croisèrent sa route, le pouvoir d’Orphée était très puissant. Si puissant qu’il parvint même à charmer Hadès, le dieu des Enfers, et son épouse, Perséphone. Bien sûr, son pouvoir n’était pas assez puissant pour envoûter complètement ces deux personnes ! Perséphone y mit aussi du sien, son histoire faisant compatir le pauvre Orphée qui n’avait plus toute sa tête. Elle avait été enlevée contre son gré par Hadès et était obligée de rester aux Enfers six mois de l’année. Hadès, après quelques hésitations, accepta la demande du héros à une seule condition. Cette condition était que le musicien ne devait pas voir Eurydice avant qu’ils soient sortis des enfers.

Il partit devant sa belle et fit du mieux qu’il put pour ne pas se retourner… mais son amour pour Eurydice était trop fort, il ne pouvait pas résister… la voir était vital pour lui. Il se retourna et ne vit qu’une espèce de zombie qui disparut au moment où il la regarda. Il tenta de repartir vers Hadès mais celui-ci l’expulsa de son royaume.

Orphée revint seul. Ses sanglots n’y changèrent rien, lui qui était si amoureux d’Eurydice. Sa profonde sensibilité ne s’en remit jamais. Du moins, c’est ce que tout le monde crut. On le fit passer pour mort, mais il n’en fut rien. Impressionné par le courage du héros, Zeus fit de lui un immortel, comme il en fut pour son fils, et ancien camarade d’Orphée, Héraclès. Cadeau empoissonné s’il en car derrière cette « bénédiction » se cachait une punition. Zeus était impressionné certes, mais le héros restait un mortel qui avait défié les dieux et l’immortalité semblait être le meilleur choix. Ainsi, Orphée eut à porter le poids de son unique amour perdu…

UN MUSICIEN D’UN AUTRE TEMPS

Vous savez maintenant tout sur le passé d’Orphée. Les bases étant donnés, laissez-moi vous parler de cet homme qui aujourd’hui encore, en ce début du XXIème siècle, est en vie.

Des cheveux bruns lissés qui arrivent jusqu’aux épaules, un blouson de cuir et un pantalon légèrement slim, voilà à quoi ressemble la figure qui s’approche. Ses cheveux verts se perdent dans l’horizon, tandis qu’il tient sa vieille guitare folk. Il parcourt les coulisses avant d’atterrir sur la scène. Il s’assoit, le public hurle. Assis sur sa chaise, le musicien regarde les milliers de personnes qui lui font face. Il accorde sa guitare nonchalamment, le silence s’installe. Sur la scène, face à ses fans, il est comme un dieu. Il pince les cordes une à une, puis la mélodie commence. Les milliers de personnes présentes sont en transes, leurs cœurs s’allègent sous le talent du jeune homme. Sa voix soprano les transporte, ses doigts jouent un tempo calme qui s’accélère. Des gens pleurent, d’autres sautillent sur place. Lui, au-dessus de cette foule, s’excuse dans ses textes. Il parle d’un amour perdu, du temps qui passe et de figures mythologiques. Il parle de temps en temps à Zeus ; ceux qui l’écoutent pensent qu’il fait ça pour paraître cool ou que c’est une métaphore. Mais non, il s’agit d’Orphée.

Le temps passe, mais il ne vieillit pas et son cœur n’est pas guéri. Isolé du reste du monde, il a récemment décidé de tenter un mea culpa, de s’excuser. La musique est son meilleur moyen et ça lui libère la tête un court instant. Il s’est rapidement fait connaître, il dépasse maintenant tous les musiciens actuels. Il est le plus grand, dépassant Elvis ou Mickael Jackson.  Il est Grec et son nom de scène est Orpheus, tout le monde pense à une référence à la mythologie grecque… Mais il est cette figure, c’est son vrai nom. Il s’appelle Orphée et il est immortel. Les dieux ont perdu presque toute leur puissance, tous leurs pouvoirs… Plus de sacrifices, plus de fidèles. Ils tentent en vain de faire survivre leurs souvenirs via des livres et films qu’ils inspirent aux grandes pontes. Orphée en était au courant et il en a profité. Sa renommée devient de plus en plus grande, c’est une grande célébrité maintenant. Il chante des louanges aux dieux et ainsi participe à leur survie,  ainsi peut-être vont-ils pardonner.

Il n’a encore reçu aucune réponse des dieux alors il continue de chanter de tout son cœur. Le concert prend fin au bout de quelques heures, Orphée a besoin de repos malgré les supplications de la foule pour une autre chanson. Son agent, la régie, tous le félicitent. Les heures défilent et Orphée quitte l’Olympia. Il part pour rentrer à son hôtel dans Paris. Alors qu’il marche, le visage caché par une capuche afin de ne pas être reconnu, une voix s’adresse à lui :

« Cela fait longtemps, Orphée. »

Le héros connaît cette voix, il n’a pas pu l’oublier… Il s’agit d’Hadès ! Il ne dit rien et baisse la tête. Sans qu’il le sache, le dieu sourit avant de continuer :

« Tu as appris la leçon, on dirait. Excellent. L’heure est enfin venue pour que l’on te libère. Tu acceptes de nous redonner ton immortalité ; en échange, je ramène Eurydice ici. »

Les doigts fins du chanteur s’agitent alors que sa voix magique se met à  trembler :

« Tout… Tout ce que vous voudrez, Seigneur Hadès… »

L’éclat de tristesse, de désespoir, d’Orphée aurait touché n’importe quel être en ce monde. Alors, Hadès susurre à son héros :

« Dans ce cas, tu connais l’épreuve… »

Orphée hoche la tête avant de se mettre à marcher. Des murmures de son nom lui vinrent aux oreilles, mais il obéit aux ordres. Il ne veut pas revivre cela. Alors il marche, il marche. Il entre dans l’hôtel et se met à parler :

« Eurydice ? Tu es là ? Je peux me retourner ? »

Aucune réponse … Il se met à parler, pensant à un nouveau jeu des dieux. Il perd espoir quand il monte les marches, depuis presque dix minutes les murmures ont disparu. Il entre dans sa chambre, les larmes aux yeux quand il entend une voix si familière à ses oreilles :

« Orphée… Je suis rentrée… »

Il pleure, elle aussi. Ils courent l’un vers l’autre et s’embrassent. Eurydice est de retour … Et c’est ainsi que l’histoire d’Orphée connut une fin heureuse.

Résumé et avis aux lecteurs

Adaptation du mythe d’Orphée, avec des variantes, pour un public jeune. Le sujet est ici la souffrance d’un héros victime de ses sentiments et des dieux mais qui arrive à triompher. Les thèmes de l’oubli et de la célébrité sont aussi présents. L’auteur se permet de dévier du mythe pour actualiser l’histoire et son impact.

Image à la une : Henri REGNAULT. Orphée aux enfers. Musée des Beaux-Arts de Calais. Photographie prise par VladoubiDoo et disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Regnault_Orph%C3%A9e_aux_enfers.jpg?uselang=fr.

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