Orphée et Eurydice

Le jour où Orphée rencontre Eurydice, c’est une vie de bonheur et de joies simples qu’il s’imagine. Du moins c’est ce qu’il pense. Sans qu’il le sache, il est voué à perdre sa compagne. La tragédie de ces personnages est maintenant célèbre, elle se répète autant de fois que le mythe est réécrit et répété. Alors pourquoi ne pas la proposer aux plus jeunes ?

Une réécriture du fameux mythe, pour petits et grands de 8 ans à 100 ans (et plus !).


Orphée était très réputé pour ses talents de musicien. Il avait reçu ce don de la musique de sa mère et des dieux. Il utilisait souvent sa lyre pour chanter ou accompagner ses poèmes, et enchantait ainsi quiconque l’entendait.

La personne la plus chère à son cœur s’appelait Eurydice, c’était une nymphe des arbres. Elle était très jolie et très appréciée des autres nymphes aussi. Eurydice aimait beaucoup passer du temps à l’extérieur, à danser et à chanter pour accompagner la lyre d’Orphée. Dès leur rencontre, ils s’entendirent très bien et, bientôt, ils tombèrent amoureux l’un de l’autre.

Comme tous deux s’aimaient tendrement, il ne fallut pas longtemps pour qu’ils ne décident de se marier. Le mariage fut somptueux, reflétant le bonheur des deux jeunes mariés. Orphée et Eurydice vécurent heureux. Pourtant, un événement allait vite faire basculer leur bonheur.

Eurydice appréciait sortir pour se promener avec ses amies les nymphes. Souvent, elle partait cueillir des fleurs et danser, insouciante et joyeuse. Mais voilà que son insouciance la mena un jour à un malheureux incident : un serpent, rôdant dans le champ où elle se trouvait, prit peur et la mordit soudainement ! Eurydice s’effondra sous l’effet de la surprise et de la douleur. Quand ses amies arrivèrent à ses côtés pour l’aider, il était trop tard : le venin avait déjà atteint son cœur et s’était répandu dans tout son corps. Lorsque Orphée parvint jusqu‘à elle, Eurydice ne bougeait déjà plus.

Orphée arrêta alors de faire de la musique. Sans son Eurydice, il ne pouvait se sentir heureux. La tristesse et la peine remplacèrent la joie sur son visage ; de longs silences prirent la place de ses chants et musiques habituels. Il était inconsolable. Mais comment pouvait-il vivre sans sa bien-aimée ? Eurydice avait été tout pour lui. Il se sentait si seul sans elle ! Alors il se décida : il allait la récupérer.

Orphée n’avait qu’un seul moyen de revoir sa fiancée : il devait aller aux Enfers et demander de reprendre Eurydice aux deux divinités régnantes, Hadès et son épouse Perséphone. Emportant sa lyre avec lui, il se mit en route.

L’entrée des Enfers ne fut pas particulièrement difficile à trouver, mais y entrer l’était davantage : Orphée devait d’abord passer devant le gardien des Enfers, Cerbère, un chien à trois têtes. Heureusement, il disposait de sa lyre. Alors, le jeune homme joua une berceuse et, très vite, le chien plongea dans un profond sommeil. Sur la pointe des pieds, Orphée entra ainsi aux Enfers.

Plus il avançait, plus le monde semblait s’assombrir et se refroidir ; bientôt les chants de la nature avaient disparu et seules résonnaient les plaintes des morts. Mais Orphée, plus que sa peur, était poussé par l’amour qu’il portait à Eurydice. Hors de question qu’il abandonne maintenant ! Tout le long du chemin, il joua de la lyre, repoussa les créatures menaçantes qui se glissaient vers lui et continua prudemment son avancée. Il s’aventura dans les profondeurs des Enfers, toujours plus loin encore, jusqu’à finalement arriver devant les maîtres des lieux.

Hadès était réputé pour être un dieu peu chaleureux, sévère même. Et la visite des lieux précédait sa réputation ! Perséphone était, elle, la fille de Déméter, déesse agricole. Si au printemps elle remontait à la surface, la voilà qui était pour le moment aux côtés de son époux à régner sur les Enfers avec toute la fermeté d’une souveraine. À vrai dire, Orphée se sentait tout de même bien impressionné par ce couple ! Mais voilà, il devait prendre son courage à deux mains et se faire entendre.

Le jeune homme joua alors doucement de la lyre. Et une complainte s’en éleva, triste mais mélodieuse, envoûtante et mélancolique. Orphée y déversa toute sa tristesse, sa solitude, sa douleur et sa peine. Et toutes les créatures, âmes et divinités environnantes l’écoutèrent. Au bout de quelques minutes, quand il sentit son cœur vidé, il s’arrêta. Le silence regagna les lieux et aucune créature n’osa faire de bruit.

Les dieux régnants sentirent énormément de compassion pour le jeune homme. Après tout, n’étaient-ils pas eux-mêmes mariés, puis séparés à chaque printemps et été ? Alors, à la grande joie d’Orphée, Hadès et Perséphone acceptèrent sa demande : il pouvait reprendre sa bien-aimée.

Avant même qu’il ne pût chercher sa belle Eurydice du regard, la voix forte et profonde d’Hadès résonna  dans un ordre :

« Cependant, tu devras respecter une condition : en aucun cas tu ne la regarderas avant d’avoir totalement quitté les Enfers. »

Orphée accepta, bien heureux de repartir avec son Eurydice. À peine commença-t-il à marcher qu’il entendit derrière lui des pas légers résonner. Et il dut se retenir de se retourner, de voir le visage de sa bien-aimée, et de la prendre dans ses bras. Comme il en avait envie ! Il ne l’avait pas vue depuis trop longtemps déjà. Mais, avant tout, il fallait sortir.

Il reprit le même chemin qu’à l’aller, longeant les fleuves noirs et profonds, prenant bien fermement la main d’Eurydice dans la sienne. Mais elle était glacée ; et Orphée ne put s’empêcher de penser que la mort la tenait encore. Elle n’avait pas dit un mot. Pour qu’elle lui revienne totalement, ils devaient vite sortir de là.

Petit à petit, Orphée pouvait sentir l’air se réchauffer, et l’environnement s’éclaircir, prendre vie. Il approchait, doucement mais sûrement, de la sortie. Comme pour communiquer son empressement à Eurydice, il lui serra tendrement la main, encore tiède dans sa paume. Elle demeura silencieuse. Mais plus ils continuaient d’avancer, plus Orphée se sentait oppressé. Aussi, la peur de perdre son Eurydice une seconde fois commença à lui nouer l’estomac : il ne pouvait pas se permettre que cela recommence !

Et Orphée se retourna. Puis Eurydice lui glissa des mains. Si légère qu’il la sentit doucement disparaître. À peine vivante encore, la lumière n’était pas encore retournée dans ses yeux.

Elle disparut.

Orphée se retrouva de nouveau seul, entre le monde des morts et des vivants. Il avait manqué à sa promesse. Il s’était retourné. Il avait à nouveau perdu Eurydice. Et pour toujours, cette fois.
Comme Eurydice avait disparu, le bonheur d’Orphée disparut aussi. Il ne retomba jamais plus amoureux.

Mais il continua de chanter. Même si sa musique était pleine de tristesse et de mélancolie, elle continua de résonner, à travers les arbres, les champs et les forêts. Peut-être qu’Orphée se sentait triste, peut-être qu’il se sentait seul, mais sans doute que ses larmes  sécheront un jour. Tout au fond de lui, il le sait, sa douleur s’apaisera.


Résumé

Orphée et Eurydice sont de jeunes mariés très heureux. Mais leur vie utopique bascule le jour où la jeune Eurydice se fait mordre par un serpent alors qu’elle était en compagnie de ses amies les nymphes. Orphée, malheureux, ne trouve qu’une solution pour retrouver la force de vivre : la récupérer du monde des morts. Cependant, c’est à Hadès et Perséphone, régnant aux Enfers, que la décision finale revient.

Pour un public de 8 ans à 100 ans (et plus !).

Image à la une : Henri REGNAULT. Orphée aux enfers. Musée des Beaux-Arts de Calais. Photographie prise par VladoubiDoo et disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Regnault_Orph%C3%A9e_aux_enfers.jpg?uselang=fr.

Ajoutez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.