Nature extrême, d’Yves-Marie CLEMENT

Nature Extrême ou quand le Club des cinq devient survivaliste

Tout d’abord l’analyse de la première de couverture nous montre une illustration sobre et peu détaillée. Elle fait cependant son effet, puisque l’on distingue simplement un œil qui nous observe et des mains étranges agrippant le titre. Le tout aux travers d’une forêt dense et sombre.

La quatrième de couverture, quant à elle, garde le même thème : on y lit un résumé et on y découvre des arbres entourés de mains sous forme d’une brume.

Nature extreme_Yves-Marie Clément

© Seuil, 2012

L’histoire

Ce roman nous raconte l’histoire de cinq jeunes ayant tous une personnalité relativement différente, qui se retrouvent au sein d’un même bus qui les emmène dans une colonie de vacances en pleins cœur de l’Alaska, dont l’objectif est d’être au plus proche de la nature sauvage. Cependant, non loin du camp , se trouve une base militaire dédiée à des expériences secrètes. Mais, lorsque les expériences se situent hors de contrôle, l’armée intervient et décide d’annuler le camp. Nos cinq héros, n’ayant pas respecté les consignes de sécurité, vont se retrouver oubliés au milieu d’une nature abandonnée et hostile.

Ils devront alors utiliser toutes leurs connaissances afin de survivre et de découvrir ce qui se passe dans cet endroit qui leur semble maudit.

J’ai pour ma part bien apprécié ce livre même si quelques aspects m’ont un peu déplu.

L’impression « club des cinq »

Le fait que le groupe d’adolescents que l’on suit soit, par hasard, au nombre de cinq m’oblige tout de suite à penser au célèbre Club des cinq d’Enid Blyton, malgré l’ambiance sombre voire parfois angoissante. J’ai trouvé cela dommage d’autant plus que le groupe concerné est extrêmement « stéréotypé ».

On y rencontre tout d’abord Gabin, jeune noir très athlétique, accompagné de Manon, sa petite copine, qui est une citadine accomplie et n’a jamais connu la nature. Il y a ensuite Roxanne, aventurière venue au camp car elle a passif à régler avec les ours, et Esteban qui est un rat de bibliothèque passionné de biologie et une véritable encyclopédie humaine. Enfin il y a Noham, petit geek grassouillet qui déteste la nature et qui a été envoyé la-bas pour concevoir un jeu-vidéo.

En remettant dans le contexte que le livre s’adresse aux adolescents, on peut penser que ces stéréotypes peuvent permettre au lecteur de s’identifier à un personnage. C’est au fil de la lecture que l’on se rend justement compte petit à petit d’une inversion de ces stéréotypes.

En effet, c’est le grand Gabin, au début meneur naturel du petit groupe, qui se retrouve blessé et presque agonisant. C’est alors que Noham le geek se découvre un courage naturel en plus d’une capacité à prendre soin des autres. De plus, c’est désormais Roxanne et Esteban qui sont sagement écoutés car ce sont eux qui possèdent les plus grandes connaissances sur la nature qui les entoure.

Il est par ailleurs appréciable que dans un roman pour adolescents les personnages féminins prennent une place importante. Notamment celui de Roxanne qui serait presque l’héroïne principale de l’histoire tant celle-ci est focalisée sur elle.

Un livre extrêmement bien documenté

En effet, j’ai moi-même rarement lu de livre ayant l’Alaska pour décor aussi bien documenté. On y apprend plus sur le paysage, la faune et la flore en quelques chapitres qu’en plusieurs livres de Jack London. Je suppose que cela a pour but de donner un aspect éducatif à ce livre pour adolescent, même si ça en devient parfois un peu trop (notamment avec le personnage d’Esteban). En effe,t il est peu crédible de savoir autant de chose et de les expliquer aux autres en pleines situations de vie ou de mort.

C’est ce genre de petits détails qui font que l’histoire est parfois peu crédible, on apprend par exemple que l’organisateur du camp était au courant des expériences dangereuses des militaires, mais il décide tout de même de faire un camp pour enfant juste à côté ; cela n’a pas beaucoup de sens. De plus, les ados sont littéralement oublié au bord de la route alors que l’ordre de faire demi-tour venait du haut commandement militaire pour des risques météorologiques. Il me semble peu probable que dans ce cas l’organisateur (encore lui) ne recompte pas les enfants avant de repartir.

C’est ce genre d’incohérences que je trouve dommage car cela gâche un peu la narration.

Une narration extrêmement bien menée

Le narrateur est externe, mais il rend régulièrement compte de la pensée des personnages, parfois aussi des animaux. Cela nous permet de mettre en place une ambiance globale et de ne pas se focaliser sur un personnage. J’ai, par ailleurs, trouvé que la narration mettait parfaitement en place une angoisse ambiante et permanente à travers des évènements ponctuels mais graduellement de plus en plus terrifiants. On pourrait d’ailleurs aisément imaginer le livre comme un film ou un jeu vidéo ( ce que compte d’ailleurs faire le personnage de Noham).

Le seul élément qui m’a gêné est l’évolution des sentiments entres les personnages, que je n’ai pas trouvée assez développée ou alors un peu futile car elle renvoie à des pensées adolescentes même lorsque la situation est au summum du danger et de l’angoisse.

Conclusion

Pour conclure, je pense que le livre s’adresse bien aux adolescents même s’il peut être agréable à lire en tant qu’adulte. Cependant, la quatrième de couverture annonce un roman « fantastique et écolo ». Je trouve cette définition complètement fausse : les évènements et la narration nous rapprochent bien plus d’un thriller. En effet, il n’y a rien de surnaturel, tout a une explication. Enfin, je ne dirai pas que le livre est écolo dans le sens où nous l’entendons d’habitude. Dans ce livre, la nature n’est pas décrite comme une source de vie qu’il nous faut aimer et respecter, mais comme quelque chose de dangereux, d’imprévisible et d’indomptable qui tolère seulement notre présence. C’est cet aspect d’une nature vengeresse qui m’a plu et que je trouve rare, surtout dans un livre destiné aux adolescents.

Bibliographie

CLÉMENT, Yves-Marie. Nature extrême. Paris : Seuil, 2012. ISBN 978-2-02-107688-2

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