Le modèle du héros dans les romans fantasy jeunesse

La fantasy est un genre littéraire dans lequel le monde décrit présente des éléments sortant du réel, et qui sont souvent liés à l’utilisation de la magie. Ce qui différencie principalement la fantasy adulte de la fantasy jeunesse est que les histoires pour adultes traitent plus de stratégies et de guerres, alors que celles dédiées à la jeunesse ont plutôt tendance à mettre un héros au centre de leurs récits et à faire tourner leurs histoires autour de ce personnage.

Il existe différents types de héros suivant l’approche réalisée. Par exemple, il y a le héros qui est né avec des capacités surhumaines, ou des pouvoirs, et qui en a conscience, le héros qui acquiert ce statut grâce à ses actes héroïques, ou encore le héros qui est depuis toujours destiné à « de grandes choses » mais qui l’ignore. C’est généralement ce héros-là qui apparaît dans les romans de fantasy jeunesse.

Ces romans suivent un fil d’événements souvent identique : le héros ou l’héroïne, un enfant ou un adolescent tout ce qu’il y a de plus normal et qui ignore sa véritable identité, se retrouve projeté malgré lui/elle dans une lutte entre le Bien et Mal. 

Si les récits suivent globalement le même rythme, il en est de même pour le personnage du héros/de l’héroïne qui, malgré quelques différences, montrent beaucoup de points communs.

Nous étudierons dans un premier temps l’archétype du héros en comparant les héros et héroïnes des ouvrages choisis, puis dans un deuxième temps nous verrons le parallèle qui existe entre ces héros/héroïnes et les lecteurs de fantasy jeunesse.

 

Les ouvrages sélectionnés

© Gallimard Jeunesse, 2008

Harry Potter à l’école des sorciers : Harry Potter, un jeune orphelin qui n’a jamais connu ses parents, est élevé par son oncle et sa tante qui le détestent. Lors de son onzième anniversaire, il apprend qu’il est un sorcier et doit se rendre à Poudlard, l’école de magie où l’attendent de nombreuses aventures.

 

© Albin Michel, 2005

Le voleur de foudre : Percy Jackson, un adolescent à problèmes, découvre qu’il est le fils d’un dieu de la mythologie grecque. Placé dans un camp de protection pour les « sangs mêlés », il est injustement accusé d’avoir volé l’éclair de Zeus. Il part alors en quête de l’éclair afin de démasquer le vrai coupable.

 

© Bayard Jeunesse, 2004

Eragon : Eragon, jeune paysan de 15 ans, trouve une étrange pierre bleue dans la forêt où il chasse. Elle se révèle être un œuf de dragon. En décidant d’élever la dragonne qui vient de naître, Eragon devient Dragonnier, descendant d’une lignée qui a disparu depuis plus de cent ans, et sa vie s’en trouve bouleversée. Contraint de quitter les siens, il se lance dans une quête pour sauver l’Empire de l’Alagaësia qui est dominé par le mal.

© Pocket Jeunesse, 2008

 

La Cité des ténèbres : Clary, adolescente de 15 ans, est témoin d’un meurtre étrange où le corps de la victime disparaît sous ses yeux. Le lendemain, sa mère est kidnappée par des créatures qui n’ont rien d’humain, et Clary est entraînée malgré elle dans une guerre entre les forces du Mal et les Chasseurs d’Ombres.

 

I) L’archétype du héros

Joseph Campbell, un professeur américain, a développé le théorie du ‘monomythe’ dans son essai Le héros aux mille et un visages, dans lequel il avance l’hypothèse que tous les récits traitant d’un héros suivraient une même structure universelle pour narrer leur parcours. S’il est possible que les récits suivent une trame générale, il est indéniable que les héros et héroïnes de fantasy jeunesse, eux, suivent souvent le même modèle. Il existe notamment trois grands points communs qui sont le contexte familial, la personnalité, et la maturité acquise grâce aux épreuves subies.

a) Un contexte familial obscur…

L’une des caractéristiques communes à tous les héros des ouvrages étudiés ici est le contexte familial, car ils ont tous perdu au moins un de leurs parents :

  • Harry Potter est orphelin, il n’a jamais connu ses parents et ne sait rien sur eux,

  • Percy Jackson a été élevé par sa mère car son père les a abandonnés avant sa naissance, et  lui non plus ne sait rien sur son père ;

  • Eragon a été abandonné par sa mère lorsqu’il était enfant et ne sait rien de son père. Il a été élevé par son oncle,

  • Clary, comme Percy Jackson, a été élevée par sa mère qui lui a dit que son père était décédé avant sa naissance.

Nous notons donc que chacun de ces héros connaît une situation familiale compliquée, et qu’ils ignorent entièrement l’identité d’au moins un de leurs parents, se basant uniquement sur les dires des personnes qui les entourent pour se créer une image éventuelle de l’absent.

b) Des adolescents ordinaires

Ce sont généralement des enfants ou adolescents lambda, tout ce qu’il y a de plus ordinaires, qui connaissent des difficultés familiales ou scolaires. Il sont plutôt réservés, voire persécutés dans le cas de Harry Potter. Ils n’ont pas beaucoup d’amis, comme c’est le cas de Clary et de Percy Jackson qui n’ont qu’un seul véritable ami dans leur entourage, et Eragon pour qui le seul ami est son cousin avec qui il a été élevé.

Malgré tout, ils sont tous très loyaux et possèdent un grand sens moral les poussant à prendre des risques mortels pour ce qu’ils pensent être juste :

  • Harry Potter risque sa vie pour récupérer la pierre philosophale et empêcher Voldemort de revenir au pouvoir,

  • Percy Jackson risque sa vie pour découvrir et récupérer l’éclair de Zeus, rétablissant ainsi la vérité et la justice,

  • Eragon décide, contre l’avis de son mentor, d’aller sauver la princesse Aria, également au péril de sa vie,

  • Clary décide, contre l’avis de tous les autres Chasseurs d’Ombres, d’aller sauver son meilleur ami qui a été kidnappé, encore une fois au péril de sa vie.

Il ne s’agit ici que d’un exemple par ouvrage, mais tout au long des récits, les héros se retrouvent régulièrement mis en danger à cause de leur volonté de venir en aide à tout le monde, quitte à mettre involontairement en péril la vie de leurs compagnons d’aventures.

Il est donc important de noter que, bien que chaque personnage possède sa propre personnalité et ses propres opinions, les quatre héros étudiés ici restent néanmoins construits sur un même axe de personnalité.

c) Des épreuves qui font grandir

Au cours de ses aventures, chaque héros doit surmonter des épreuves, autant physiques que psychologiques, qui l’aident à grandir. À la fin du récit, ils en ressortent changés, grandis, grâce aux nouvelles valeurs qu’ils ont apprises, aussi bien sur la vie, sur les personnes qui les entourent, que sur eux-mêmes.

  • Harry Potter se voit en compagnie de ses parents à travers le Miroir du Rised, découvre la véritable amitié et un endroit auquel il appartient réellement, sa « maison » comme il appelle Poudlard,

  • Percy Jackson découvre la force et le courage qui se cachent en lui,

  • Eragon, qui n’avait jamais eu d’ami autre que son cousin, découvre la véritable amitié, tout d’abord grâce à sa dragonne, mais aussi grâce aux différents personnage qu’il rencontre lors de sa quête.

Cependant, toutes les caractéristiques du modèle du héros/de l’héroïne ne sont pas toujours retrouvées, ce qui, je trouve, est ici le cas pour le personnage de Clary dans La Cité des Ténèbres. Bien que la quête qu’elle mène change sa vie dans le sens où les réponses à ses questions lui sont apportées et lui permettent de découvrir qui elle est réellement, je n’ai pas vu de notable évolution dans son personnage au fil du récit. Néanmoins, il ne s’agit que du premier tome d’une saga de six ouvrages, ce premier tome n’est que le début de l’aventure pour elle.

Ces héros apprennent donc à se connaître eux-mêmes au fil de leurs aventures, ils découvrent leurs point forts ainsi que leurs faiblesses en combattant leurs ennemis. C’est ce qui les aide à gagner en maturité, mais cela les fait également perdre leur insouciance, car ils s’aperçoivent du Mal qui les entoure et de la nature humaine qui peut se montrer cruelle, et cela les rapproche donc de l’adulte.

Les auteurs donnent aux héros les moyens de résoudre leurs problèmes et de vaincre leurs peurs via les épreuves qu’ils vont vivre. Par exemple, dans La Cité des Ténèbres, la mère de Clary lui a menti sur la réelle identité de son père, et le seul moyen pour Clary de découvrir la vérité est de partir à la recherche de sa mère qui a été kidnappée avant de pouvoir lui révéler la vérité. De même, Percy Jackson et Harry Potter ne connaissent pas l’identité réelle de leurs parents, et c’est en vivant leurs aventures respectives que les réponses à leurs questions leur seront révélées, c’est ainsi que leurs véritables identités leur seront dévoilées.

Eragon est un cas quelque peu à part, car sa quête n’a, à la base, aucun rapport avec ses parents. Il ne cherche d’ailleurs pas à en savoir plus sur ces derniers. Mais c’est en progressant dans ses aventures qu’il découvre des liens entre son héritage de Dragonnier et ses parents.

En somme, non seulement ces héros se battent contre le Mal, mais ils sont également en quête de leur propre identité.

II) Un héros moderne et proche du lecteur

Dans Le héros aux mille et un visages, Joseph Campbell explique également que si nous nous souvenons si bien des héros de nos livres et des aventures qu’ils ont vécues, c’est parce que nous nous identifions à eux à travers leurs parcours psychologique. Nous les voyons passer d’une identité à une autre, comme celle de l’enfant à une personne plus mature, se rapprochant de l’adulte.

Ces héros sont à la base des enfants ou adolescents tout-à-fait normaux, voire peu sûrs d’eux, qui ne s’attendent pas à devenir des héros.

Chacun d’entre eux a perdu un parent ou a été abandonné et ne sait rien à ce sujet. En découle généralement une personnalité plutôt effacée, ces héros sont loin d’être les adolescents les plus populaires de leur entourage. Ils possèdent des personnalités plutôt introverties et n’ont qu’un ou deux amis, voire même aucun dans le cas d’Harry Potter. De même physiquement, ils possèdent tous un physique banal.

C’est ainsi que ces héros participent à la construction d’une image sociale idéale à laquelle les jeunes peuvent s’identifier. Ces héros sont à la base aussi normaux que n’importe quel autre enfant ou adolescent, ils connaissent des moments de doute, d’impuissance, de vulnérabilité, mais aussi des moments de triomphe lorsqu’ils parviennent à vaincre leurs peurs. De même, ils sont confrontés aux maladresses et aux joies des premières amours. Puis ces héros, physiquement et psychologiquement tout ce qu’il y a de plus banal, se trouvent propulsés au centre de l’attention et reçoivent l’affection d’un groupe ou d’une nation. Ils font face aux peurs et aux rêves des jeunes générations.

Les auteurs ont tout-à-fait conscience de ce parallèle qu’ils offrent aux jeunes générations. J.K Rowling, auteur de la saga Harry Potter, a déclaré

J’étais consciente, en écrivant, que cela constituait un fantasme très fréquent chez l’enfant : « ces personnes ennuyeuses ne peuvent pas être mes parents. C’est tout simplement impossible. Je suis tellement plus spécial que ça. »

Ce sont donc des personnages très proches du lecteur, ce qui favorise l’identification et permet au lecteur de vivre de grandes aventures par procuration.

Conclusion

À travers Harry Potter, Percy Jackson, Eragon et Clary, il a été possible de retracer le parcours d’un héros de fantasy jeunesse, de son statut d’adolescent anonyme à celui de véritable héros. Même si chaque roman est construit de manière différente et possède des intrigues qui lui sont propres, il en ressort des axes qui nous permettent de les analyser et de mettre leurs histoires et personnages en parallèle.

En comparant ces quatre ouvrages, il est effectivement possible de voir ressortir une même structure du récit, c’est-à-dire d’abord la rencontre avec le héros qui ignore sa réelle identité, puis un élément perturbateur qui le fait quitter les siens pour partir dans une quête où de nombreuses épreuves l’attendent, et qui se termine par une confrontation finale contre une force maléfique.

Ressortent également beaucoup de ressemblances dans les descriptions des héros, allant de leur environnement familial à leur quête, en passant par leur caractère. Le moment où chaque héros quitte sa communauté pour commencer son aventure marque la fin son insouciance, caractérisée par l’ignorance de sa véritable identité, ainsi que le début de sa transformation en héros.

De plus, grâce à son côté familier qui retrace le quotidien du lecteur, ce dernier est touché par le personnage du héros, créant ainsi une fascination qui explique le succès des romans de fantasy jeunesse.

 

Bibliographie

CAMPBELL, Joseph. The Hero with a thousand faces. Princeton : Princeton University Press, 1949.

DEOM, Laurent, TILLEUIL, Jean-Louis. Le héros dans les productions littéraires pour la jeunesse. Paris : L’Harmattan, 2010. ISBN 978-2-296-11071-7.

ROWLING, J.K. Harry Potter à l’école des sorciers. Paris : Gallimard Jeunesse, 1998. ISBN 2-07-054127-4.

RIORDAN, Rick. Le voleur de foudre. Paris : Albin Michel, 2005. Wiz. ISBN 2-226-17051-0.

PAOLINI, Christopher. Eragon. Paris : Bayard Jeunesse, 2004. ISBN 2-7470-1440-1.

CLARE, Cassandra. La cité des ténèbres : la coupe mortelle. Paris : Pocket Jeunesse, 2008. ISBN 978-2266173285.

L’image à la Une provient de Wikimedia Commons : elle montre JK Rowling lisant Harry Potter à la Maison blanche.

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