Mino le Minotaure, une autre vision du mythe

T’es-tu déjà demandé ce qu’avait vécu le Minotaure  durant son enfance, ou s’il était réellement méchant ? Voilà une question à laquelle va répondre cette histoire. Le Minotaure, son enfance, sa douceur à travers le temps. Il est si doux, ce jeune taureau. Il est si naturel, ce jeune enfant. Qui ne peut l’aimer ? Viens, toi aussi, à la rencontre du jeune Mino.

Au commencement

Taureau sculpté sur tombeau. Musée Archéologique de Salonique, Thessaloniki.

Photo prise au Musée Archéologique de Salonique en avril 2017.

Il y a fort longtemps, sur une petite île appelée Crète, vivaient le roi Minos et sa femme, Pasiphaé. Cette île était connue pour son eau bleue turquoise et son sable blanc ; on pouvait y voir s’échapper des monts, de beaux arbres fruités et entendre le chant de divers oiseaux.

Un beau jour, Pasiphaé mit au monde une créature étrange, à moitié humaine, à moitié taureau. C’est ainsi que naquit le Minotaure qu’elle nomma Mino. Le roi comprit très vite que cela était une vengeance de Zeus, le maître des dieux et des cieux ; c’est pourquoi, il décida de cacher l’enfant. Les premières années de sa vie, le Minotaure vécut avec sa mère au palais, le temps que Dédale, un brillant architecte construise un labyrinthe capable de le dissimuler à jamais. Lejeune captif se laissa aller aux arts des hommes, la danse, les jeux sportifs mais aussi le théâtre. S’il aimait une chose, c’était bien la danse, il suffisait d’un brin de musique pour qu’il commence à danser. Il était d’ailleurs excellent. Malgré sa différence et son emprisonnement, il était heureux car Mino avait le bonheur d’avoir une mère qui le chérissait plus que tout au monde.

Mino, malgré son bonheur, se sentait terriblement seul. Il faut dire que le roi l’empêchait de sortir ; il était assigné au palais et seulement peu de gens connaissaient son existence. Ce dont l’enfant rêvait, c’était d’avoir des dizaines d’amis avec qui jouer et chanter. Sa solitude lui pesait de jour en jour et l’ardeur qu’il avait pour les arts disparaissait petit à petit. Que pouvait-il y faire d’être né Minotaure ? Ce n’était pas son choix ; il avait comme tous les hommes un cœur, des sentiments, des envies et des désirs.

L’emprisonnement 

Puis vint le jour tant attendu par le roi, le fruit de plusieurs années de travail était enfin mûr. Une fois le labyrinthe construit, le Minotaure fut accompagné en son cœur par sa nourrice, les yeux bandés, puis laissé seul à son triste sort. Il était alors à peine âgé de dix ans, et déjà, il devait survivre par ses propres moyens dans un lieu qu’il ne connaissait pas. Pour se nourrir, il cueillait les fruits des arbres plantés dans le dédale et pouvait compter sur sa mère qui, par le biais d’une machine, faisait descendre une fois par mois du bétail dans le labyrinthe afin qu’il puisse bénéficier de viande pour se fortifier.

Le Minotaure regrettait les beaux jours où au palais, il pouvait s’amuser. Lui qui se sentait seul, l’était encore plus. Seul il cherchait chaque jour, alors qu’Hélios, le soleil, éclairait le labyrinthe, un chemin pour sortir de son antre. Ses capacités animales ne lui étaient d’aucune aide. Son flair l’aidait à repérer le bétail que sa mère lui envoyait, ou encore à retrouver le centre parfumé du labyrinthe mais pas plus que cela. Malgré des mois de recherches, l’adolescent ne trouvait pas la sortie. Le peu de vie qu’il y avait dans le labyrinthe disparaissait peu à peu.

Un matin, il pria les dieux de lui permettre d’envoyer un message à sa mère, afin de lui demander son aide. Il fut surpris de voir un oiseau se poser sur l’une de ses cornes naissantes. Prenant un morceau de peau, il écrivit un mot pour sa mère afin de lui demander de ses nouvelles mais aussi de trouver un moyen de combler ce manque afin de ne pas devenir fou. Il ne survivrait pas encore longtemps à se parler à lui-même.

Une arrivée inattendue

Après quelques jours d’attente, le Minotaure capta une odeur étrange. C’est pourquoi il se précipita à la recherche de son origine. Quelle fut sa surprise lorsqu’il aperçut sept jeunes hommes et sept jeunes femmes, dans une allée du labyrinthe. Tous furent effrayés en l’apercevant. Quoi de plus normal, des rumeurs parlaient en effet d’une créature mais personne ne les avaient prises au sérieux. Aussitôt, ils prirent la fuite dans diverses directions par peur de se faire dévorer.

Le Minotaure arriva à rattraper une femme, d’une beauté comme on n’en voit que très rarement. Elle avait de longs cheveux blonds, attachés par une fine ficelle. Ses yeux bleus brillaient de tendresse et ses lèvres ne laissaient pas indifférent. Ne pouvant s’exprimer dans la langue des Hommes, il l’emmena avec lui au centre du labyrinthe. Mino lui indiqua de s’asseoir sur le rebord d’une fontaine, puis récupéra de quoi écrire. Tendant le bout de peau à la belle, il s’assit. Dessus il avait indiqué qu’il ne lui voulait pas de mal, et que depuis longtemps la solitude lui pesait. Alors, elle leva les yeux et le regarda avec un air empli de pitié pour la créature. Ils discutèrent un moment, l’une par la voix, l’autre par l’écrit.

Les compagnons

Après de longues heures passées ensemble, ils prirent la décision de retrouver les autres. Jour après jour, leur groupe s’agrandissait. Mino apprit que sa mère avait prétendu au roi qu’elle reçut un songe, lui indiquant d’offrir au Minotaure quatorze jeunes gens à fréquence régulière afin de calmer les dieux. Minos par crainte s’empressa d’exécuter la demande des dieux. Mino était heureux, lui qui souffrait tant d’être seul, avait enfin des amis avec qui s’amuser.

Ensemble ils faisaient du sport, jouaient des pièces de théâtre, et s’entre-aidaient comme une famille au fil des ans. En somme, plus le temps passait, plus le lien qui les unissaient était fort. Certains arrivaient, tandis que d’autres le quittaient. La vie, dans le labyrinthe, avait bel et bien repris son cours.

La fuite

Taureau sur bouclier. Salonique, Thessaloniki.

Photo prise sur la berge de Salonique en avril 2017.

Un jour, un homme entra seul dans le labyrinthe. Vêtu d’une longue tunique blanche, d’un sac de tissu et de sandales de cuir. Son regard agressif et le glaive qu’il tenait fermement ne laissait aucun doute sur ses intentions. On pouvait voir, derrière lui, un fin fil doré qui suivait sa route, sûrement afin de retrouver son chemin. Il avança petit à petit dans les couloirs du labyrinthe, sans savoir où aller. C’est alors que vinrent à sa rencontre Mino et quelques uns de ses compagnons.

Thésée se présenta à la demande des amis de Mino. Cependant il ne comprit pas pourquoi la créature dont il avait tant entendu parler se trouvait face à lui, à côté d’êtres humains, vivants. Le Minotaure l’invita à discuter avec les autres habitants du labyrinthe. Thésée apprit donc que les sacrifices au Minotaure étaient en fait une stratégie de Pasiphaé afin que son fils ne soit plus seul. Il comprit aux regards des jeunes amis du Minotaure qu’ils étaient tous heureux d’être là.

Le lendemain, Thésée prit la décision de ne pas tuer le Minotaure. À la sortie du labyrinthe, il prétendit que le Minotaure était bien trop lourd pour qu’il transporte sa dépouille mais qu’il l’avait bel et bien tué. Il prit donc la route après quelques mésaventures. Dans sa bonté, Thésée avait laissé le fil afin qu’ils puissent tous sortir à leur guise. La nuit tombée, Mino et ses compagnons s’enfuirent du dédale.

Dans le labyrinthe, Thésée avait compris qu’il ne fallait pas rejeter quelqu’un pour sa différence : tout le monde peut être doux, peu importe à quoi il peut ressembler.

À partir de 8 ans.

Résumé

L’histoire du Minotaure autrement. Mino est un jeune Minotaure mis à l’écart des autres depuis sa naissance à cause de sa différence. En effet, il est né à moitié humain et à moitié taureau. Malgré l’amour que lui porte sa mère, le roi Minos va prendre la décision de l’enfermer dans un labyrinthe, construit par Dédale : un grand architecte connu dans toute la Crète. Mino devra alors survivre dans les couloirs du dédale tout en cherchant le moyen de s’en échapper.

Sources / Pour aller plus loin : 

  • VIRGILE. Chant VI. In : Énéide. 7e édition. Maurice Lefaure (Trad.) ; Dagnli Orti (Phot.). Paris : Librairie générale française, 2004, 574 p, 232-245. Le livre de poche, 21006. ISBN : 978-2-253-08537-9.
  • OVIDE. Livre Huitième. In : Métamorphoses. Georges Lafaye (Trad.). Paris : Gallimard, 1992, 620 p, 259-260. Folio Classique, 2404. ISBN : 978-2-07-038564-5.

 

Remarque : les photos sont libres d’utilisation à condition de citer nom, prénom et légende du photographe. Image à la une : Antoine-Louis Barye, Thésée et le Minotaure. Bronze, modelé en 1840, coulé par F. Barbédienne de façon posthume. Los Angeles County Museum of Art, donation James E. Clark, numéro d’inventaire : M.87.119.5. Photographie prise par Mashall Astor, disponible sur Wikimédia Commons

Ajoutez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.