Les Fiancés de l’Hiver, de Christelle Dabos

Dans les Fiancés de l’Hiver, suivez les aventures d’Ophélie, fiancée à l’énigmatique Thorn, dans un monde où les complots éclosent sous un froid polaire. La jeune fille parviendra-t-elle à percer les mystères de son promis et du Pôle ?

 

⌊Qui sont les Fiancés de l’Hiver ?⌋

L‘histoire des Fiancés de l’Hiver nous emmène des années – bien des années ! – après l’explosion de notre monde. Si celui-ci s’est brisé en mille morceaux, ces petits bouts de terre flottants n’ont pas dit leur dernier mot. Chacun forme désormais une « Arche » et devient un refuge pour ses habitants.
Ophélie, notre héroïne, habite sur l’Arche d’Anima. À l’image des siens, elle détient un pouvoir : elle peut lire le passé d’un objet rien qu’en le touchant, mais plus exceptionnel encore, elle traverse les miroirs
Si sa vie à Anima lui convient, son avenir est bouleversé le jour où on lui annonce qu’elle est promise à un homme originaire d’une autre Arche : le Pôle.
Mais le Pôle n’a rien à voir avec Anima : il est froid, hostile, pleins de mirages et d’énigmes. Ophélie devra se faire une place dans ce monde qui n’a rien d’accueillant.

⌊Un roman promis à un grand destin⌋

Publié en mai 2013, Les Fiancés de l’Hiver signe le début de la série fantasy (jeunesse) de la Passe-Miroir écrit par Christelle Dabos. Les tomes 2 et 3 sont aujourd’hui disponibles et ne manque plus que le dernier pour clôturer cette saga de renom.

Avant 2013, Christelle Dabos n’est qu’une inconnue aux yeux de la scène littéraire nationale. Originaire de la Côte d’Azur, Christelle commence à écrire pendant ses études à la faculté, en Belgique. Son projet de devenir bibliothécaire est brusquement interrompu quand on lui diagnostique un cancer de la mâchoire. Pendant cette période difficile, elle se réfugie dans l’écriture et se façonne un monde qui donnera vie à la Passe-Miroir. Active sur la communauté internet de la Plume d’Argent, les internautes l’encouragent à postuler au concours du premier Roman Jeunesse lancé par Gallimard, Télérama et RTL en 2012.
Le prix lui est décerné : Christelle Dabos voit ce premier tome se frayer un chemin sur la table des libraires français. L’effervescence s’accélère lorsqu’en 2014, elle remporte le Grand Prix de l’Imaginaire, le prix littéraire des collégiens de l’Hérault 2014 (pour le niveau 4ème-3ème) et le prix Elbakin, catégorie jeunesse. Le tome 2, Les Disparus du Clairdelune, décroche à son tour le Grand Prix de l’Imaginaire en 2016.
Nous l’aurons compris : cette saga séduit plus d’un lecteur !

⌊Coup de foudre au premier regard⌋

Couverture du roman Les Fiancés de l'Hiver, tome 1 Le passe-miroir. Roman de Christelle Dabos

© Gallimard Jeunesse, 2012

C’est en flânant près des étagères des romans jeunesse d’une librairie que j’ai aperçu cette couverture pour le moins singulière. Imaginez ceci : un livre grand format, tout de bleu avec un croquis représenté dessus, évoquant une sorte de château à la fois renversé… et bien à l’endroit. Cette première rencontre avec l’objet-livre m’a laissé une impression de froideur, tout en m’exhortant à plonger dans cet univers visiblement merveilleux. Si vous aimez la fantasy, la magie et les mystères… Je ne peux que vous inviter à ce voyage extraordinaire, car il ne fait aucun doute que cette couverture a de quoi faire tourner des têtes ! 

Le titre, ainsi que le résumé de la quatrième de couverture, provoquent déjà des attentes, comme celle d’une histoire d’amour, mais aussi de surprises à foison.

⌊Un monde plein de surprises et de profondeur⌋

Dans la Passe-Miroir, on se fait l’impression de franchir la porte d’un recoin insoupçonné de l’univers. Nos repères s’en retrouvent bousculés, et peu s’en faut pour oublier la réalité ! L’espace est différent, le temps incertain, et la magie ne semble jamais très loin.

Christelle Dabos est ici parvenue à mobiliser un imaginaire impressionnant. En effet, elle établit des codes propres à son univers. Chaque Arche est ainsi régie par un Esprit de famille, ancêtre de tous les habitants de l’arche. Cet Esprit de famille possède un pouvoir propre qu’il lègue à ses descendants. Ainsi, à Anima, l’Arche d’Ophélie, tout le monde sait lire les objets (avec plus ou moins d’acuité).
Les cadres décrits dans le livre sont aussi la preuve que cet univers fonctionne bien. En effet, l’auteure n’hésite pas à nous transporter à travers des lieux plein de personnalité, sans même nous laisser le temps de nous lasser. Ce voyage revêt ainsi un caractère spectaculaire et onirique.
Mais si cette construction est saisissante pour le lecteur c’est aussi grâce aux personnages qui ne manquent pas de couleur.

⌊Une héroïne qui ne se voile pas la face⌋

À peine embarqués pour le premier chapitre, nous comprenons qu’Ophélie n’a rien de l’héroïne si parfaite et charismatique qu’on a l’habitude de suivre : plutôt fade de physique, timide, renfermée et maladroite jusqu’à n’en plus pouvoir !
Pourtant, au fur et à mesure que l’histoire nous saisit, il devient bien difficile de ne pas se prendre d’affection pour elle. Le fait qu’elle soit la narratrice nous aide à plonger dans son personnage. L’identification s’opère simplement, d’autant qu’elle découvre l’univers du Pôle en même temps que nous. À mesure que son cœur se révèle au lecteur, un lien indéfectible se crée avec lui, qui toujours, sera de son côté.

Si le portrait d’Ophélie ne semble donc pas si valorisant de prime abord, la jeune fille possède finalement une particularité qui justifie sa nature héroïque : elle est fidèle à elle-même (c’est d’ailleurs pour cela qu’elle est capable de traverser les miroirs, faculté assez rare).

 Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes (…) ceux qui se mentent à eux-mêmes (…) ils pourront jamais.

Derrière ces paroles, nous comprenons qu’Ophélie et peut-être plus exceptionnelle que n’importe qui sur le Pôle : car dans cet univers de paraître, difficile d’agir en tout conscience et encore plus de s’appartenir.

C’est une valeur forte pour la jeunesse et pour une société comme la nôtre que de s’affronter. À un âge où on se pose des questions sur soi-même et sur les autres, il semble important de s’accepter sans se voiler la face.

⌊Une palette de personnages intrigants⌋

Si Ophélie s’avère pleine de surprises, c’est aussi le cas des autres personnages. Tous sont hauts en couleurs, et parfois à des lieues de ce qu’ils laissent présager ! S’attacher à l’un, s’émouvoir d’un autre, puis détester jusqu’à douter de la nature profonde de celui-là : l’auteure s’amuserait-elle de nous ?

Préjuger les personnages devient un piège particulièrement notable dans ce livre : chacun n’est apparemment pas ce qu’il prétend (ou laisse prétendre). Ainsi, le lecteur apprend petit à petit à se méfier de tout et de quiconque, à l’image d’Ophélie. Dans ce premier tome toutefois, certains personnages sont encore difficiles à cerner. C’est par exemple le cas de Thorn, le mystérieux fiancé d’Ophélie. S’il a le don de paraître exécrable dès son apparition, le jeune homme semble plus complexe. Il en va de même pour d’autres figures.

En tous les cas, le ton est donné : au Pôle, vos amis peuvent vous trahir, et vos ennemis vous aider. Nota bene : laisser tomber la naïveté.

⌊Pourquoi faire de la fantasy jeunesse ?⌋

Une fantasy croissante 

Si la fantasy séduit aujourd’hui beaucoup la jeunesse, ça n’a pas toujours été le cas. En effet, on considère que la fantasy est avant tout un genre adulte, avec comme précurseur J.R.R. Tolkien. Ce sera ensuite au tour des enfants d’y trouver leur compte, grâce à des auteurs anglo-saxons : on pense généralement à Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles) Kenneth Grahame ou James Barrie. Ces inspirations vont nourrir le genre jusqu’aux années 1990. À cette période, la fantasy connaît un renouveau grâce aux séries de J.K. Rowling (Harry Potter) et Philipp Pullman (A la Croisée des Mondes), notamment. Ces publications vont en effet inspirer les auteurs. Christelle Dabos reconnaît elle-même avoir été marquée par sa lecture d’Harry Potter. Si elle s’inscrit bien dans ce contexte déferlant néanmoins, elle parvient à se distinguer : c’est ce qui lui permet de remporter un tel succès.

Ce qui se cache derrière la fantasy

La vie de Christelle peut justifier qu’elle se soit aussi tourné vers ce genre. En effet, la fantasy est souvent qualifiée de littérature d’évasion, au sens où elle permet au lecteur de se plonger dans un univers totalement différent du nôtre. Toutefois, ces univers ne sont pas forcément sans rapport avec notre société. Ils permettent même de mettre en évidence certains de leurs défauts ou de leurs thématiques.
Par exemple, dans Harry Potter, la haine des Sang-Purs (sorciers de noble ascendance) pour les Moldus (ceux qui ne pratiquent pas la magie), symbolise le racisme de notre monde.
Dans les Fiancés de l’Hiver, plusieurs éléments nous rappellent la vie à Versailles sous Louis XIV. L’importance de l’étiquette est cruciale, et les faux-semblants plus que nécessaires pour survivre. Les différentes familles de la cour nous font l’effet de courtisans prêts à tout pour s’attirer les bonnes grâces de leur Esprit de famille (1). Tous paradent dans leurs plus beaux atours en s’offrant des sourires assassins le temps de faire bonne figure.

Vous aurez vite l’occasion de vous apercevoir qu’ici on cache toute la crasse sous une triple couche de vernis.

Cette citation à elle seule met en évidence la société du Pôle.

Christelle Dabos expose ainsi un monde crée de toute pièces mais inspiré du nôtre, où l’hypocrisie et la jalousie règnent en maîtresses absolues.

⌊Trouver sa place au Pôle⌋

Dans ce premier tome, la vie d’Ophélie prend des airs de quête initiatique. En effet, la jeune fille doit quitter son monde pour rejoindre celui de son fiancé, dans lequel elle devra se faire une place. Ce destin quelque peu dramatique n’est pas sans nous rappeler l’histoire de Marie-Antoinette. En quittant l’Autriche, celle-ci se retrouve en effet au beau milieu d’un Versailles où l’étiquette est la seule loi. C’est une scène de théâtre où chacun joue pour soi et en va de son égoïsme. À Anima, la communauté est très importante dans la vie des habitants. Ces univers fonctionnent donc comme des systèmes opposés, dans le sens où leurs valeurs n’ont rien en commun.
Ainsi, Ophélie aura su mal à se situer dans cette société qu’elle ne connait pas, et qui n’a surtout rien à avoir avec son Arche natale. Au fur et à mesure des pages, sa liberté se fait combat puisqu’elle est ici totalement remise en cause. L’héroïne devra se battre pour son indépendance, prouver sa valeur, et percer les mystères liés à sa situation de fiançailles.

Cette quête ne s’annonce pas de tout repos !

⌊Une lecture qui traverse les générations⌋

Ce roman est un livre jeunesse qui s’adresse aux jeunes de 12 ans et plus, mais il peut être lu par des (jeunes) adultes. On peut parler de lecture cross age pour cette saga, les lecteurs sont autant d’adolescents que de jeunes adultes. En effet, l’intrigue et le style sont si élaborés que la lecture ne manque pas de maturité, et peut s’adapter à un large public.

De plus, le mystère autour de l’âge des personnages est aussi révélateur du cross age : chacun peut se reconnaître dans Ophélie et/ou Thorn. Ces deux-là possèdent autant de caractéristiques propres aux adolescents qu’aux jeunes adultes.


Mon avis : ♥

J’ai tout simplement adoré ce premier tome, qui ne donne qu’une envie : dévorer la suite !

La plume de l’auteure est très agréable, simple et intelligente, sans jamais tomber dans la lourdeur. Le récit se partage bien entre passages narratifs et dialogues, ce qui donne à l’histoire un rythme haletant. Enfin, le scénario, les personnages flamboyants et le cadre démontrent les qualités d’imagination de l’auteure.

 

Si vous êtes en quête d’une histoire qui ne ressemble à nulle autre, d’un univers plein de magie et de rebondissements, la solution n’a qu’un titre : les Fiancés de l’Hiver.


Bibliographie & Sitographie

Complément d’informations :

Site internet de la saga

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