Le goût de la mangue, de Catherine Missonnier

Dans la colonie française de Madagascar, Anna ne vit qu’à travers les aventures de ses auteurs favoris. Jusqu’à sa rencontre avec Léon, jeune Malgache qui lui fera vivre une belle aventure

Un voyage à Madagascar

1956, Madagascar, pays de rêve chaud et fruité, et colonie française. Dans cet environnement, Anna, quinze ans, aime humer l’air acidulé de l’île, qui change du temps pluvieux et gris de sa Bretagne natale. Ne se sentant ni colonisatrice, ni proche des habitants de ce pays exotique, la jeune fille ne trouve pas sa place. Enfermée dans ses livres et ses rêveries, elle se sent différente des jeunes colons. Elle vit dans deux espaces bien définis : Tamatave, ville blanche, construite par les blancs « écrin de [sa] vie et de [sa] famille »  et Tananarive, capitale malgache où les blancs ont pris place, entre l’internat et sa famille d’accueil protestante.
Elle ne connaît rien d’autre que la partie française de l’île, le monde malgache lui est inconnu. Elle aimerait partir à sa rencontre mais il se dérobe, elle ne connaît que sa façade et les Malgaches par leurs rôles. Son monde et sa personne vont s’ouvrir à la rencontre d’un jeune et brillant malgache, Léon. En bon pédagogue, il la nourrira de mythes et traditions malgaches. Pourra t-elle découvrir et comprendre cette île mystérieuse ?

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Le poids des interdits

Tel que la première et la quatrième de couverture l’indiquent, l’histoire se centre sur l’amour entre un Malgache colonisé et une Française colonisatrice. Sur la couverture on découvre un jeune Malgache et une jeune fille française, par déduction : Léon et Anna. Des couleurs chaudes qu’ils retrouvent dans leur île les entourent. Sur la terrasse à l’ombre d’un arbre, un bougainvillier sans doute, ils ont l’air proches mais pourtant si éloignés, ils ne regardent pas dans la même direction. N’en ont-ils pas le droit ?
Léon est mis en avant, au premier plan sur la couverture, et mentionné dans le résumé en quatrième de couverture. Pourtant, nous ne le retrouvons qu’au milieu du livre, après que le contexte est posé et qu’Anna nous a touché.e.s.

Sur fond de faits réels

Ce livre nous dépeint un aspect de la France que nous ne connaissons que très peu : la colonisation et surtout l’indépendance de ses colonies. La France n’en parle pas, comme un tabou. Nous n’étudions qu’un fragment de l’histoire : l’indépendance et la guerre d’Algérie, qui débute alors et fait peur à la mère d’Anna. Loin d’être moralisateur, le livre expose les faits tels qu’ils se sont passés. Au travers de personnages paternels et sages, comme L. FLAMMAND, théologien et ethnologue, le père d’Anna, nous nous représentons la demande d’indépendance d’intellectuels malgaches et les représailles de 1947, sans minimiser l’implication de la France. Nous pouvons voir aussi les prémices de l’indépendance qui arrivera quelque temps après.

Madagascar en un battement de cil

Nous voyageons à travers la lecture de ce roman. Non pas avec la description de paysages, mais grâce à des atmosphères, nous sommes immergés dans ce monde. Comme si nous y étions, le livre nous parle malgache, nous raconte des légendes (par exemple celle de Rabé et Andria) qui viennent du plus profond de l’île, la culture malgache n’a presque plus de secrets pour nous. Nous nous retrouvons au zona (marché) et nous imaginons les odeurs et le goût des samoussas. Nous découvrons un pays, une essence, en même temps que les personnages. Nous avons envie de voir plus de cette faune et de cette flore uniques.

Lectorat

Bien que ce soit un livre destiné à la jeunesse, l’éditeur le destine aux bons lecteurs à partir de 9 ans et fait mention de la loi du 16 juillet 1949, c’est un livre plutôt complexe. Souvent, et surtout dans les premières pages, nous retrouvons des termes compliqués ou malgaches, parfois pas explicités. Cependant cela ne gêne pas la lecture si on est bon lecteur. Il est donc préférable de le destiner aux jeunes à partir de 14-15ans, qui pourront se référer aux héros (Anna, 15 ans et Léon 18 ans). Cette histoire d’un amour pur et innocent peut très bien convenir à ceux qui aiment le genre de la romance, de l’aventure et du voyage. Le livre cultive le rêve d’amour et d’évasion.

J’ai personnellement pris plaisir à le lire et le relire sans m’en lasser. On découvre de nouvelles facettes à chaque lecture. Il marque le lecteur et laisse une trace.

Un peu de l’auteur dans ce livre

Tout comme Anna, Catherine MISSONNIER était pensionnaire au lycée à Tananarive (Madagascar), où elle arrive à 11 ans, au même âge et à la même époque que notre héroïne. Elle n’écrivait pas de piècs de théâtre comme peut le faire Anna, mais elle racontait déjà de nombreuses histoires à ses camarades.
Elle a publié une trentaine d’ouvrages, des livres jeunesse qui se terminent très souvent dans la joie et la satisfaction.

Bibliographie

MISSONNIER, Catherine. Le goût de la mangue. Nouvelle éd. Paris : T.Magnier, 2006. 1 vol. 222 p. : couv ill. en coul. ; 21 cm. (Roman). ISBN 978-2-84420-458-5 (br.) : 7,5€

Sur le web

Le goût de la mangue aux éditions Thierry Magnier

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