La requête de Galatée

Galatée, une jeune fille vivant sur la côte sicilienne, est aimée par deux jeunes garçons. Un jour, elle prend une décision définitive pour remédier à cette situation invivable. Comment  réagissent ses prétendants ? Ce choix est-il bénéfique ?

Des sentiments non partagés

Galatée était d’une grande beauté et sa peau était blanche comme le lait, un atout physique indiscutable durant l’Antiquité. Sans le vouloir, elle avait séduit le petit cyclope Polyphème qui ne cessait de lui promettre tout ce que sa riche famille lui permettait : fruits en abondance, bétail et autres présents qui comblent de bonheur celles et ceux à qui on les offre.

Cependant, Polyphème avec son unique œil, sa taille titanesque pour un jeune homme de son âge et ses traits disgracieux, restait repoussant aux yeux de Galatée. Ce géant était aussi colérique qu’amoureux. Il faut savoir que les cyclopes avaient déjà mauvaise réputation : Polyphème et les siens ne faisaient preuve d’aucune pitié envers les voyageurs qui venaient à se perdre sur leur île, ils ne les appréciaient que dans leurs assiettes.

Un courtisan envahissant 

La jeune fille, dont le cœur appartenait déjà au fils d’un berger, Acis, ne cessait de fuir le géant et de repousser ses avances. Le jeune cyclope follement amoureux nourrissait une jalousie monstrueuse envers Acis. Quand Galatée revenait d’une journée passée avec l’apprenti berger, il le sentait et ne contrôlait plus sa colère. Il s’en allait alors très loin dans la forêt pour hurler son désespoir et cacher ses larmes. Aux yeux des humains, il n’était qu’un monstre sans âme qui engloutit tous ceux qu’il rencontre, mais une fois caché, il laissait sa peine s’exprimer.

Son amour pour la belle Galatée n’étant pas réciproque mais impossible à oublier, il s’était mis en tête de la garder comme amie. Chaque jour, il allait lui rendre visite en apportant avec lui quelques cadeaux : des objets fabriqués par ses soins à partir de troncs d’arbres, des fruits de son verger ou bien encore un de ses plus beaux moutons à laine noire.

Néanmoins, ses visites étaient bien trop fréquentes au goût de la nymphe et celle-ci se sentait prisonnière de l’amour que lui portait le cyclope. Chaque visite était le prétexte d’un interrogatoire poussé sur la relation qu’elle entretenait avec Acis :

Qu’avez-vous fait hier ?

Est-il aussi gentil que moi ?

Peut-il t’apporter d’aussi beaux fruits que les miens ?

Crois-tu qu’il puisse rivaliser avec ma force ?

Une solution divine

Malgré son projet d’amitié, Polyphème ne cessait jamais sa compétition avec Acis pour le cœur de Galatée. Cette rivalité avait le don d’agacer la jeune fille au plus haut point, jusqu’au jour où elle prit une décision sans retour.
Galatée demanda aux dieux de devenir invisible aux yeux de Polyphème. Elle les pria avec tant de volonté et d’espoir  qu’ils acceptèrent.

Ainsi, lorsque Polyphème alla lui rendre visite ce jour-là, il fut tout d’abord surpris de ne pas la trouver près du fleuve habituel où elle aimait se baigner et jouer de sa harpe. Il l’appela alors longuement, lui demandant d’arrêter de se cacher dans les buissons. Aucune réponse ne se fit entendre. Déçu mais ignorant tout du pacte conclu avec les dieux, il retourna chez lui et décida de revenir plus tard.

Galatée, présente lors de la venue du cyclope, n’avait pas prononcé un seul mot dans l’espoir de tester son nouveau don. Folle de joie d’être enfin débarrassée de Polyphème, elle se jeta dans l’eau et se mit à jouer avec les créatures aquatiques qui l’entouraient : de petits êtres recouverts d’écailles, mi-enfants mi-poissons, avec des nageoires à la place des mains et des pieds.

Un souhait à double tranchant

Le soir venu, Polyphème revint au même endroit. Il appela Galatée mais encore une fois il ne reçut aucune réponse. Soudain, Galatée vit de grosses larmes couler sur les joues du géant qui retombaient sur le sol, assez grosses pour former un nouveau fleuve. Le géant se mit ensuite à taper violemment des poings sur le sol faisant trembler toute la forêt. Son chagrin ne faisait qu’accroître l’idée que Galatée l’avait abandonné. Il commença à pousser des hurlements de douleur qui firent frémir toutes les créatures de la forêt, y compris Acis au loin avec son troupeau. Le jeune berger, effrayé par ces cris en provenance du foyer de sa belle, décida de retourner auprès d’elle de toute urgence.

Galatée, paniquée par les flots enragés et les tremblements de terre provoqués par le géant, tentait en vain de l’appeler pour le raisonner mais il n’entendait que ses propres cris. Polyphème, de plus en plus imprévisible, se mit à détruire tout ce qui se trouvait autour de lui. Les arbres tombaient un à un, les roches se faisaient fendre tour à tour quand subitement un chêne monumental tomba sur Galatée et lui fit perdre la vie.

L’esprit de la nymphe monta directement auprès des dieux, sans même avoir le temps de comprendre ce qu’il était arrivé à son corps. Polyphème continuait sa course folle à travers la forêt fuie de toute part par ses habitants.

Un amour éternel

Acis, arrivé à terme de son trajet, arriva sur le lieu du drame. Il y trouva le corps de Galatée sans vie, toujours aussi belle à ses yeux, et il se mit à pleurer. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, il pleura auprès de la jeune fille, ne se préoccupant ni de sa faim ni de son sommeil. Les dieux, émus par cet amour qui traverse la mort, décidèrent d’accepter le berger dans leur demeure au dernier souffle de celui-ci pour qu’il rejoigne sa promise, Galatée.

Ainsi, la paix vint trouver les deux amoureux qui furent heureux pour l’éternité, au sommet de l’Olympe. Quant à Polyphème, il fut puni des dieux pour avoir laissé libre court à sa colère, forcé à l’exil dans le monde souterrain où il fait trembler la terre à chacun de ses pleurs.

Résumé

En Sicile, une jeune fille du nom de Galatée, est aimée par le jeune cyclope Polyphème. Jaloux de sa relation avec l’apprenti berger Acis, Polyphème la harcèle avec des présents et des visites incongrues. Lasse de cette situation, Galatée demande aux dieux de la rendre invisible aux yeux de Polyphème. Ce don engendre la colère du géant.

À partir de 12 ans.

Bibliographie

OVIDE. Les Métamorphoses. Georges LAFAYE (trad). Paris : Gallimard, 1992. ISBN : 978-2-07-038564-5

Image à la une : Galatée, sculpture de Jean-Baptiste Tuby. Château de Versailles. Disponible sur Wikimedia commons.

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