KIFFE KIFFE DEMAIN, de FAÏZA GUENE

Doria, 15 ans, d’origine marocaine, vit dans une cité de banlieue parisienne avec sa mère. Son père est reparti un matin au Maroc épouser une autre femme apparemment plus féconde que la sienne. Le quotidien de l’adolescente est rythmé par le collège, les visites des assistantes sociales et psychologues, ses discussions avec Hamoudi, son seul vrai ami à Livry, les soirées chez Tante Zohra et ses fils, les virées en métro et l’aide de Nabil pour les devoirs.

Elle se raccroche à ses séries télévisées, ses lectures et ses envies inatteignables d’adolescente rêveuse qui voudrait changer son destin. Nous suivons son parcours pendant un an, elle nous livre un portrait physique, moral, drôle  et sincère des gens qui l’entourent ainsi que sa vision plutôt pessimiste de la vie en cité, sa propre vie.

Ce livre, un vrai kiffe

kie kiffe demain-cite-de Faïza Guène

© France Loisirs, 2004

Kiffe Kiffe Demain est un roman écrit par Faïza Guène, une jeune femme franco-algérienne. Publié en 2004 aux éditions Hachette et repris par France Loisirs, en 2005 chez Le livre de poche, il a d’emblée remporté un franc succès et les ventes n’ont cessé de croître les mois suivants. D’autres maisons d’éditions le publieront ensuite. Le livre est composé de quarante petits chapitres qui relatent chacun un ou deux épisodes du quotidien de Doria. De nombreux thèmes sont traités avec humour, sincérité, comme la vie en banlieue, ses difficultés, les premiers émois, la différence, le rejet, les préjugés.

Le livre que l’on m’a offert était édité dans la collection Piment (France Loisirs), et la première de couverture différait de celle d’autres éditeurs plus connus. Nos yeux se tournent d’emblée vers cette première de couverture assez colorée. Bien que chaudes, les couleurs ne sont pas très joyeuses. On observe et on découvre qu’il s’agit d’un tag rouge, orange et bleu ; difficile de dire ce qu’il représente réellement, mais on devinera vite la raison pour laquelle cette première de couverture a été choisie. Centré sur la gauche, le titre est écrit en lettres majuscules blanches, il est suivi du nom de l’auteure écrit, quant à lui, en lettres majuscules rouges. La quatrième de couverture est toute rouge. En haut à gauche, le nom de l’auteur est à nouveau indiqué en majuscules, il précède le titre. S’en suit un résumé du livre à la fois descriptif et critique, puis une petite biographie de Faïza Guène, accompagnée d’une photo d’elle.

J’ai découvert ce roman il y a quelques années, lorsque j’étais au collège, on me l’a offert en fin d’année. Je l’avais lu une première fois sans réellement m’intéresser aux messages de l’histoire, mais j’ai compris bien des choses lors des lectures suivantes. Le texte est simple à comprendre et les nombreux traits d’oralité rendent la lecture agréable et semblable à une confidence orale de Doria à ses lecteurs. On se sent transporté-e dans le monde de l’adolescente qui fait de nombreuses références à des choses que nous, adolescents lecteurs, connaissons ou utilisons aussi (le verlan, les acteurs, groupes de musique…) Cela créé une certaine proximité entre l’auteur et ses lecteurs, ce sentiment étant intensifié par la forme épisodique du livre qui ressemble à un journal intime.

Une révolte sans violence

Tout le roman est fondé sur cette idée de révolte intérieure chez Doria. On sent chez elle le besoin de se révolter contre ce quotidien qui ne lui a pas toujours été favorable. Mais contrairement aux préjugés que l’on a sur les jeunes de banlieue, cette révolte se veut intelligente et pacifique. En effet, il n’est jamais question de violence, surtout pas physique, entre les personnages. Doria fait passer ses messages avec les mots, c’est le meilleur moyen pour elle de communiquer ; elle nous décrit ce qu’elle vit, ce qui lui plaît parfois, mais surtout ce qu’elle aimerait voir changer au sein de son foyer et de sa cité. Au fond, ce ne sont que des suggestions, mais elles sont fortes de sens.

Cette volonté de changement, Faïza Guène tient à la partager à travers le personnage de Doria, avec d’autres jeunes qui, comme elle, ont connu, connaissent ou connaîtront la vie en cité. Cette révolte se ressent dans l’omniprésence des critiques, tout et tout le monde y passe : adultes, camarades de classe, bâtiments, nourriture, commerces … L’idée de révolte devient parfois concrète, c’est le cas pour les collègues de la mère de Doria au Formule 1 de Bagnolet qui se mettent en grève car elles trouvent que les femmes y sont exploitées, encore plus si elles sont d’origine étrangère.

C’est plus kif-kif demain comme tu me disais tout le temps ?

Malgré les nombreuses touches d’humour dans ce roman, on ressent un certain pessimisme de la part de la protagoniste. Elle paraît déçue d’avoir cette vie, à cet endroit, alors que d’autres ont une existence qui est selon elle idéale : l’argent, un corps mieux développé, un plus joli appartement. Mais il faut remarquer qu’à la fin du livre, Doria nous livre une succession de bonnes nouvelles, autant pour elle que pour les gens qui l’entourent. Ce soudain optimisme annonce la fin du livre, une fin heureuse presque digne d’un conte. En effet, Hamoudi se marie, les collègues du Formule 1 seront prochainement écoutées pour leurs revendications, la mère de Doria va mieux.

Mais bon, tout n’est pas encore parfait et certains de ses doutes persistent encore :

Par exemple je sais toujours pas ce que je veux faire pour de vrai1

Doria a évolué  durant ces mois, sa philosophie de l’avenir est plus sereine. Elle appréhende moins les lendemains et est prête à apprécier la vie qu’elle a, avec ses hauts et ses bas :

ça serait kiffe-kiffe demain, du verbe kiffer

Le roman se clôture par des points de suspension, la fin n’est donc pas définitive, on peut se projeter dans le futur tout comme Doria avec Nabil, on l’espère !

Alors, kif-kif ou gros kiffe ?

Comme des milliers d’autres lecteurs, je suis tombée sous le charme de ce roman. Après l’avoir lu des dizaines de fois, je ressens toujours le même plaisir à ouvrir ces dizaines de pages et me plonger dans l’univers de Doria. Je trouve cette adolescente attachante et son histoire est touchante. J’ai aimé la façon dont elle explique la vie en banlieue, ses tracas, ses problèmes d’adolescente, toujours avec humour, simplicité et une franchise déroutante. C’est un livre qui, je trouve, est accessible à un large public de lecteurs : jeunes adolescents, filles comme garçons, jeunes adultes, et pourquoi pas adultes et seniors !

Lors de la lecture, on ressent une réelle fraîcheur, les choses sont dites, simplement certes, mais elles sont dites. L’humour est omniprésent, le vocabulaire familier aussi crée une certaine proximité entre auteur et lecteur qui se retrouvent ainsi au même niveau. Et ce regard critique, subjectif, mais en même temps réaliste, donne une vision un peu différente de celle que l’on a habituellement de la vie et des habitants de banlieue. Et ça, c’est plutôt kiffant.

Bibliographie

GUÈNE, Faïza. Kiffe kiffe demain. Paris : France Loisirs, 2004. Piment.

GUÈNE, Faïza. Kiffe kiffe demain. Paris : Librairie générale française, 2005.  ISBN : 2-253-11375-1

GUÈNE, Faïza. Kiffe kiffe demain. Paris : Hachette jeunesse, 2015.  ISBN : 978-2-01-322413-0


 

1 Kiffe kiffe demain, édition France Loisirs, page 160

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