Iphigénie et la biche

Iphigénie est une jeune princesse curieuse et déterminée. Son père, parti à la guerre de Troie lui manque et elle chercher à savoir ce qui l’empêche de revenir au palais. Sa maman lui cache quelque chose… Après avoir mené son enquête, Iphigénie est envoyée à Aulis et rejoint son père. Mais pourquoi le roi aurait-il besoin de sa petite princesse en temps de guerre ?

Un plan contrecarré

Iphigénie vivait dans un grand palais. Tous les jours, elle se rendait aux cuisines et regardait les domestiques préparer les repas, ou bien encore laissait traîner une oreille à l’écoute des ragots du royaume de Mycènes. Elle ne sortait que rarement, pour faire la lecture à son petit frère Oreste dans les jardins du palais. Elle adorait son frère, elle lui apprenait  à compter, à lire, et à écouter les bruits de couloir.

Ne va pas transmettre ta mauvaise manie à ton frère surtout ! disait sans cesse Clytemnestre , reine de Mycènes et  maman d’Iphigénie. Une princesse se doit de s’occuper de son royaume et de rester à l’écoute des histoires politiques et non des histoires de lingères !

Et pourtant, les histoires de trahison, de tromperie et les secrets lui semblaient bien plus palpitantes que les leçons de stratégie, d’Histoire et de guerres qu’elle essayait d’oublier à tout prix. Son père, Agamemnon, maintenant parti depuis six mois en guerre de Troie, l’inquiétait énormément. Elle avait entendu à travers une porte que son père se trouvait à Aulis et attendait des vents favorables pour faire partir ses bateaux. En attendant, il était coincé.

Maman, quand va-t-il rentrer ?
– Qui donc ?

Le petit Oreste jouait calmement avec ses petits chevaux de bois sur le sol.

Papa !
-Oh et bien, quand ses « affaires » à Troie seront terminées .

« Affaires » était le mot employé pour dire « batailles » quand Oreste était présent dans la pièce. Elle répondait sans lever la tête de sa broderie : une tapisserie promettant une biche, qui, pour l’instant ne présentait que la tête.

N’est-il pas à Aulis ?

Clytemnestre stoppa l’aiguille dans son ouvrage. Ses longs cheveux noirs étaient enroulés en un chignon autour de sa tête. Iphigénie elle, avait les cheveux aussi dorés que le pelage de la biche sur la tapisserie de sa mère.

Mais non, voyons ! Il est à Troie.
-Maman, où se trouve Aulis ?
-Pourquoi veux-tu savoir puisque ton père ne s’y trouve pas ?

Le ton de Clytemnestre sembla couper court à la conversation, même Oreste avait cessé de faire galoper ses figurines pour regarder sa sœur et sa mère.

J’ai bien entendu ce que j’ai entendu ! Papa est à Aulis et n’est pas à Troie, il n’a pas assez de vent pour mettre les voiles et je le sais.

Ennuyée, Iphigénie regagna sa chambre. Assise sur son lit, elle pensait à toutes les explications possibles aux mensonges de sa mère.

Pourquoi ne pas me dire la vérité ? Suis-je trop bête ? Ou bien peut-être qu’il est arrivé quelque chose de grave ? Non ! Je sais ! Elle ne veut pas que je m’inquiète, mais oui c’est ça ! Mais… Je suis grande et c’est une histoire militaire, alors je dois m’intéresser aux histoires militaires. C’est décidé :  à partir de maintenant je vais apprendre la stratégie et comprendre ce qui se passe à Aulis.

Aussitôt dit, la princesse se rendit compte que l’heure du coucher était passé depuis deux heures déjà et la nuit était tombée sur Mycènes. Elle ouvrit la porte doucement, de peur de réveiller quelqu’un dans le palais. À pas de loup, elle se dirigea vers l’extérieur. Soudain, une main sur son épaule la fit sursauter. C’étaient Électre et Chrysothémis, sa sœur et son frère âgés de cinq ans de plus qu’elle.

Que faites-vous ici ? Vous n’habitez plus le château depuis longtemps !

-C’est à nous de te demander ça ! N’es-tu pas censée dormir à cette heure ? Nous sommes venus porter un message à maman, va te coucher.

-À propos de papa ?

-Va te coucher !

L’étrange découverte d’Iphigénie

Je ne suis pas une enfant », pensa-t-elle

et,  énervée, elle se rendit dans sa chambre en prenant soin de fermer la porte. En se penchant vers la fenêtre, elle tentait d’évaluer la hauteur.

Ça ne marchera jamais, demain matin à la première heure je découvrirai tout ce qu’on essaye de me cacher.

Excitée par l’idée d’être incluse dans des affaires d’adultes, elle ne ferma pas l’œil de la nuit et resta au lit à imaginer toutes les personnes la félicitant de sa perspicacité et de son intelligence.

Les premières lueurs du jour furent accompagnées par le bruit des femmes de chambre qui s’activaient dans les couloirs. Elles faisaient des allers-retours entre les cuisines et les chambres, montaient des escaliers, les descendaient et tout cela au pas de course.

Elles servent le petit-déjeuner ! Il faut que je me lève avant que l’une d’elles de ne vienne frapper à ma porte.

Iphigénie se leva et enfila une robe confortable pour affronter l’aventure de la journée. En sortant de sa chambre, elle ne trouva personne dans le couloir.

Parfait, pensa-t-elle, je vais pouvoir me rendre chez Argos sans me faire interroger.

Argos était le garde-chasse du palais. Il était vieux et savait beaucoup de choses si ce n’est tout sur tout. Pour se rendre à sa cabane, il fallait traverser le champ derrière le palais et se diriger vers la petite maison de bois au bord de la forêt. Une fois devant la grande porte, Iphigénie hésitait à frapper.

Et si je le dérangeais ? Oh, et puis si ça se trouve il n’est même pas là !

Alors qu’elle s’apprêtait à rebrousser chemin, la porte d’Argos s’ouvrit et laissa apparaître un grand homme impressionnant.

B…Bonjour Monsieur Argos…

-Bonjour Princesse ! Que puis-je faire pour toi ? Tu te promènes ?

– Oui… Enfin…Non… j’avais des petites questions à vous poser…

-Eh bien, entre, voyons !

En entrant, Iphigénie se dirigea vers une petite chaise en bois, s’assit et n’osa plus bouger. Mais, décidée à apprendre quelque chose, elle finit par demander :

J’aurais voulu savoir : qu’est-ce qui peut arrêter les vents ?

– Qu’est-ce qui arrête les vents ? Oh et bien ! Ce sont les dieux bien sûr ! Les dieux font la pluie, le beau temps, ce sont eux qui nous donnent à manger à boire et qui tracent notre destin !

-Quels dieux peuvent faire ça ?

-Tu sais, quand les dieux sont contrariés, ils peuvent faire n’importe quoi pour te mettre des bâtons dans les roues.

À l’idée qu’un dieu puisse en vouloir à son père, Iphigénie sentit ses jambes molles et la tête qui lui tournait.

Je… Je vais rentrer maintenant…

-Tu te sens bien, mon petit ?

-Oui, oui… Merci beaucoup.

Iphigénie marcha lentement vers la sortie. Mais sitôt la porte refermée derrière elle, elle courait à travers champs ; les larmes lui coulaient sur les joues. À l’arrière du palais, Clytemnestre discutait avec Électre et Chrysothémis. Elle avait l’air sévère et contrarié, mais la petite princesse ne le remarqua pas avant de se jeter dans ses jupons.

Mamaaaaaan ! Elle sanglotait à chaudes larmes. Papa ne rentrera jamais ! Les dieux ne le laisseront pas faire !

Clytemnestre et ses  enfants aînés échangèrent un regard inquiet.

Viens, rentrons, Iphigénie, il faut qu’on parle, tu vas bientôt revoir ton papa.

Un voyage surprenant

Iphigénie calmée avec un bol de lait, sa mère lui tenait la main.

Tu es très intelligente comme petite fille.

-Ah oui ?

-Oui ! Tu as découvert où ton père était et toute seule ! En effet, le roi se trouve bien à Aulis.

-Je le savais ! Et il ne peut pas rentrer,c’est ça ?

– Non, Artémis, la déesse de la chasse l’en empêche.

-Elle ne veut pas lui donner de vent pour ses bateaux ?

-Eh bien non… Mais toi, tu peux !

-Moi ? les yeux d’Iphigénie s’étaient éclairés d’excitation.

-Oui ! ton père a besoin de toi pour avoir du vent ! Tu pars demain, ma chérie !

Dans son lit, Iphigénie ne pouvait pas fermer l’œil, elle avait hâte de retrouver son père, de partir en vacances. Ses bagages étaient prêts à côté de sa porte et elle partirait demain après le petit déjeuner.
Cependant devant la table recouverte de fruits, de tartines, de pots de miels et de bols de lait, elle ne pouvait rien avaler.

L’heure du bateau arriva vite et le voyage lui sembla durer une éternité. Elle commençait sérieusement à s’ennuyer quand le bateau parvint à Aulis. La nuit était tombée, elle avait voyagé tout le jour.

Agamemnon l’attendait sur le port.

Papa ! elle lui sauta dans les bras.

-Ah, te voilà enfin !

-Alors, c’est vrai dis, tu as besoin de moi ?

-D’abord viens manger un bon repas et pars aussitôt te reposer, tu dois être fatiguée.

-Mais pas du tout !

À ces mots, Iphigénie bâilla et après un bref repas, elle s’endormit sous sa tente près de la forêt.

La mission de la princesse

Au petit matin, la princesse se leva et sentit que l’on faisait brûler quelque chose. Elle se dirigea vers l’autel où un bûcher se consumait.

Bonjour !

-Bonjour, ma petite fille, bien dormi ? Agamemnon se tenait près de l’autel et faisait griller un cochon.

– C’est une offrande ?

-Oui, c’est pour Artémis,  peut-être que ça lui fera plaisir et qu’on pourra repartir !

Le feu était maintenant devenu un véritable feu de bois.

Mais je croyais que c’était moi qui devais t’aider à retrouver le vent !

-C’est ce qu’Artémis a dit, mais en vérité je ne sais pas comment…

L’après-midi, Iphigénie s’ennuyait beaucoup, elle pensait que son séjour à Aulis aurait été plus amusant que cela. Elle faisait des dessins dans la terre de la forêt avec un bâton, assise sur un tronc.

Si papa savait que je suis seule dans les bois il s’inquiéterait, je ferais mieux de rentrer .

En se levant, elle entendit un craquement, elle leva les yeux et vit une biche au pelage doré, juste en face d’elle. Elle était si près qu’Iphigénie n’aurait eu qu’à tendre la main pour la toucher.

Doucement, elle décolla son bras du long de son corps et leva doucement la main en direction du front de la biche. Elle s’approcha de plus en plus, quand soudain la biche se mit à courir en direction du feu.

Attention, non ! Tu vas te blesser !

Le princesse courut après la biche aussi vite qu’elle put et tenta de l’attraper, mais son pied se prit dans une racine et Iphigénie tomba et s’écrasa de tout son long sur le sol dur. Sonnée, elle garda les yeux fermés. Elle roula sur le dos. Petit à petit elle rouvrit les yeux, éblouie par le soleil, elle leva la main pour se protéger… puis se rendit compte que sa main était…. Un sabot ?!

Quoi ?! Papa, papa au secouuuuuurs !

Elle tenta de se lever sur ses deux jambes mais ne pouvait rester qu’à quatre pattes. Elle s’approcha d’une rivière qui coulait tout près et regarda son reflet dans l’eau. Elle avait un museau, des petites cornes, des poils…

Je suis… une biche ?!

Puis soudain, une présence derrière son dos la fit sursauter. Elle se retourna et vit une dame très belle avec un carquois et des flèches.

Artémis !

-C’est bien moi, tu aimes ton nouveau pelage ?

Intimidée, Iphigénie décida de lui dire la vérité mais redoutait son courroux.

Oui, il est joli… Mais vous savez j’aimais bien mes deux jambes aussi.

-J’ai fait ça pour te sauver, tu courais après la biche qui, de peur, s’est jetée dans le feu. Tu as voulu sauver un animal et j’ai trouvé ça très courageux. Donc je t’ai choisie, toi, pour m’aider dans mon devoir de protection.

-Choisie… moi ?

-Oui, tu es, je pense, celle qui mérite le plus de m’aider. Vois-tu, je dois sans cesse faire attention que certaines personnes ne brutalisent pas des êtres qui ne l’ont pas mérité. Je savais que tu t’en sortirais, donc je t’ai faite venir à Aulis.

-Ainsi, princesse Iphigénie, je te nomme déesse au même titre que moi, des animaux !

Bibliographie

GRIMAL, Pierre. Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine. Charles PICARD (préf.). Paris : Presses Universitaires de France, 1999. ISBN : 2130503594.

RACINE, Jean. Iphigénie. Paris. Petits Classiques. Larousse, 2007. ISBN : 2035839092.

Résumé  

Iphigénie jeune princesse curieuse découvre que son père a des problèmes avec la déesse Artémis et qu’il est coincé à Aulis. En suivant les directives de la déesse, Agamemnon demande à Iphigénie de le rejoindre. Après avoir mené son enquête, Iphigénie rejoint le roi et va découvrir quelle mission la déesse lui réserve.

À partir de 7 ans.

Image à la une : buste de Sophie Arnould en Iphigénie, par Jean-Baptiste Houdon, 1775, musée du Louvre. Disponible sur Wikimédia commons.

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