La dystopie, un succès auprès des jeunes adultes

J’ai choisi de m’intéresser à la dystopie pour la jeunesse, ce genre très prisé par les adolescents. C’est un phénomène tendance et les maisons d’édition en proposent toujours plus. Sur Wikipédia on trouve la définition suivante :

La dystopie, également appelée la contre-utopie, est un récit de fiction peignant une société imaginaire, souvent effrayante où les craintes les plus terribles seraient appliquées : domination de l’hyper-technologie et de la science, division de la société en castes, totalitarisme, guerres, catastrophes naturelles ou encore jeux morbides. En somme, une société organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. La dystopie s’oppose donc à l’utopie dans le sens où au lieu de présenter un monde parfait, elle propose un des pires qui puissent être envisagé.

J’ai sélectionné quatre ouvrages, deux connus et deux moins populaires dont un auteur français. En effet, la dystopie en France se fait plus rare.
Nous parlerons dans un premier temps des caractéristiques des univers puis de l’évolution des personnages, ces adolescents normaux qui deviennent des héros ou leaders. Enfin nous évoquerons le message commun de ces œuvres.

Synopsis du corpus

dystopie

© Nathan, 2012

Tris vit dans un monde post-apocalyptique, une société divisée en cinq factions : les audacieux, les érudits, les sincères, les altruistes et les fraternels. À 16 ans, les adolescents doivent passer le test d’aptitudes qui leur montre pour quelle faction ils sont faits mais le test de notre héroïne ne va pas être concluant, elle est divergente. Pour le gouvernement cela veut dire insoumise et dangereuse. Ce secret va pouvoir la sauver ou la tuer… C‘est le jour de la cérémonie du choix que tout se décide. Tris va devoir choisir son appartenance pour le reste de sa vie. Que va t-elle choisir ?

 

 

dystopie

© Castelmore, 2012

June a fait un sans faute au test, c’est le petit génie de la République. Du haut de ses quinze ans elle fait déjà partie de l’élite de son pays et rêve de travailler dans les hauts rangs de l’armée avec son frère.
Day est le criminel le plus recherché
de la République, personne n’arrive à l’arrêter depuis des années. Contrairement à June, il est né dans les quartiers pauvres de la ville.
Un jour le frère de June est assassiné et celle-ci est persuadée que c’est Day qui a fait le coup. Elle se retrouve seule, ses parents étant décédés tous les deux et va décider de traquer Day sans pitié.
Tout les oppose mais est-elle prête à découvrir la vérité ?

 

dystopie

© Lumen, 2015


Après une guerre nucléaire qui a décimé la population mondiale, un groupe de plusieurs milliers de survivants s’est formé aux États-Unis. Deux familles se sont affrontées pour obtenir la présidence et le pouvoir. Ivy vient de celle qui a perdu. Pour assurer l’unité du peuple, une nouvelle règle est édictée : les familles issues du camp des perdants offrent en mariage leurs filles de seize ans aux fils des vainqueurs chaque année. Puis dans un second temps les fils du parti des vaincus épousent les filles des gagnants. Ivy a seize ans cette année, son tour est venu et sa mission est de tuer le garçon qu’on lui destine, Bishop, le fils du président… Toute sa communauté compte sur elle. Sera-t-elle à la hauteur ?

 

dystopie

© Syros, 2012

Dans un futur proche et dans un monde dévasté par la pollution, la société est organisée verticalement. La ville haute pour les riches et la ville basse pour les pauvres.
La ville basse est enveloppée par la Nox, un brouillard opaque où les habitants vivent dans l’obscurité et où ils sont obligés de pédaler ou de marcher pour produire leur énergie.
Le loi impose aux adolescents de 17 ans de se marier et d’avoir un enfant car l’espérance de vie est faible. Lucen qui vit dans la ville basse a peur de perdre celle qu’il aime, Firmie car elle refuse de se plier à la règle. De plus, ses amis d’enfance s’éloignent de lui peu à peu… Gerges rejoint la milice qui terrorise les habitants et Maurce rejoint le camp adverse, les rebelles. Dans la ville haute, non polluée par la Nox, Ludmilla va tenter de retrouver sa gouvernante, à qui elle était très attachée et qui a été injustement renvoyée par son père.

 I. Des univers terrifiants où la liberté est bannie

1) Un univers post-apocalyptique et des régimes totalitaires

Les univers dystopiques sont souvent post-apocalyptiques et situés dans un futur proche. En effet,a société change radicalement après une guerre, une catastrophe naturelle ou encore à cause de l’homme qui détruit la planète. L’univers est sombre, difficile, et les adolescents subissent des tests, des épreuves ou doivent simplement tenter de survivre.

Dans The book of Ivy d’Amy Engel, des milliers de survivants de la guerre nucléaire vont reconstruire une société et se barricader pour se protéger de l’extérieur. Encore une fois les habitants n’ont pas le droit d’aller au-delà de la clôture et le pouvoir en place y expulse les « bannis ». Deux familles vont s’affronter pour le pouvoir et celle de notre héroïne va perdre. Suite à cela le pouvoir décide que pour maintenir la paix, les enfants des deux camps ennemis doivent se marier tous les ans, chaque fois qu’un adolescent atteint ses 16 ans. Les femmes, une fois mariées, deviennent mères au foyer pendant que leurs maris travaillent. On voit que la condition des femmes régresse. Les règles doivent être respectées sous peine d’exclusion de la société.

Des tests ou des épreuves sont aussi souvent présentes dans les récits. Dans la trilogie Legend de Marie Lu, les enfants qui atteignent dix ans ont l’obligation de passer un test qui va décider de leur orientation, s’ils vont aller dans les écoles prestigieuses ou travailler dans des métiers difficiles. Un seul test va décider de leur avenir, une loi mise en place après la guerre, une guerre qui a divisé le pays entre la République et les Colonies. Le gouvernement forme des soldats parmi les meilleurs éléments car la guerre est toujours présente pendant le roman.

2) Une société divisée

Souvent dans les dystopies, les auteurs nous proposent des univers avec une société divisée, où la population est séparée en castes. Cette division peut être faite par rapport à la catégorie sociale ou même en fonction des compétences des individus.

Dans le roman Divergente  de Veronica Roth, la société est divisée en cinq factions : les Audacieux, les Érudits, les Sincères, Les Fraternels et les Altruistes. Chacun doit rester à sa place une fois qu’il a choisi sa faction et chacun a un rôle spécial censé maintenir la paix. Le choix doit se faire quand ils atteignent l’âge de 16 ans même si la plupart choisissent la faction de leur parents. Seulement une partie va changer et ils ne pourront plus voir leur famille du tout car la faction passe avant les liens du sang.

Il y a également une place pour les Divergents et les sans-factions (équivalent de sans domicile). Le gouvernement veut mettre ses habitants dans des cases mais les divergents sont justement les personnes qui ont plusieurs compétences, un esprit plus flexible. Pour le gouvernement, ils sont insoumis et dangereux, ils ne rentrent pas dans le moule, c’est pour cela qu’il veut les éliminer.

Dans l’œuvre d’Yves Grevet intitulée Nox il y a une organisation verticale. Les riches vivent dans la ville haute, dans un monde non pollué, avec la lumière du soleil, et ils vont dans les grandes écoles. Les pauvres, eux, vivent dans la ville basse où l’air est ultra-pollué à tel point que les habitants vivent dans l’obscurité. Plus on descend de niveaux dans cette ville, plus les habitants sont pauvres et vivent dans des conditions déplorables. Ils produisent eux-mêmes leur énergie en pédalant ou en marchant et circulent dans les rues grâce à des ficelles le long des trottoirs. De plus, ils ont l’obligation de se marier à 17 ans, mais pour être avec la personne de son choix, il faut être compatible et faire un enfant rapidement. L’ordre du gouvernement a été donné car l’espérance de vie est très faible au vu de la qualité de l’air et des conditions de vie difficiles.

Contrairement à Divergente où il y a tout de même le choix de la faction, les habitants de  Nox n’ont pas le choix et doivent rester à leur place car une milice toute puissante y veille. Il y a un couvre-feu et l’interdiction formelle d’aller dans les hauteurs.
Yves Grevet change même les prénoms pour montrer que ces gens ne sont plus considérés. Par exemple le héros principal Lucen, en référence à Lucien. L’auteur n’hésite pas à décrire des scènes violentes et crues, qui nous emmènent encore plus dans cet univers terrifiant et oppressant.

On peut par contre noter que dans ces deux œuvres les personnages se heurtent à des lieux interdits, la clôture de la ville pour Divergente et la ville haute pour Nox . Ils sont tous ignorants de ce qui se passe ailleurs, ce sont des sociétés fermées sur elles-mêmes.

II. Des adolescents ordinaires qui deviennent des héros

Les adolescents s’identifient énormément à ces personnages, ils se reconnaissent en eux. Dans l’article de Marie-Caroline Mutelet intitulé « La dystopie, un genre littéraire en pleine explosion » posté sur le site Monde du Livre, l’auteur nous explique que ces adolescents normaux vont devenir des héros puisqu’à un moment donné ils vont dire « non » et se rebeller contre le pouvoir. Ils vont transgresser les règles car ils n’acceptent plus la situation.
Le héros doute de lui, surmonte des épreuves difficiles et va ensuite prendre confiance en lui et mettre ses qualités au service de la rébellion. Les auteurs vont aussi parler de sujets qui préoccupent les ados comme l’amour et le bonheur par exemple.

Tris, l’héroïne de Divergente grandit dans une famille d’Altruistes, ils doivent sans cesse penser d’abord aux autres et se priver. Au début Tris est introvertie, timide et va surtout être passive et subir. Elle va ensuite changer son avenir lors de la cérémonie du choix et essayer de cacher le fait qu’elle est Divergente. Peu à peu elle ne va pas accepter ce qui se passe autour d’elle et va s’affirmer de plus en plus.

Ivy dans The book of Ivy va refuser la manipulation de sa famille malgré le fait qu’elle est formatée depuis sa naissance et qu’on la destine à tuer. Day, un des deux héros dans  Legend, est traqué par la République. Né dans les quartiers pauvres, il va se retrouver au fil des événements à jouer le rôle fondamental dans la rébellion du peuple.

Comme on peut le lire dans l’article de L’Express écrit par Baptiste Liger, « Hunger Games, Divergente, Le Labyrinthe… le pire des mondes », ces personnages se retrouvent, parfois malgré eux, à être les élus, les héros. Ils sont plein de courage et se sacrifient pour leur famille ou leurs amis.

III. Un message commun : les livres de dystopie font réfléchir

Comme le souligne l’article  « La Dystopie, le nouveau souffle de la jeunesse littéraire » des étudiants de Master de l’Université de Cergy-Pontoise, les récits dystopiques font réfléchir car ils rendent compte des problématiques actuelles comme l’écologie, la politique, la guerre, le nucléaire etc. Ce sont des romans d’anticipation qui montrent les dérives de la société et les conséquences que ces dérives pourraient donner.

Les auteurs n’hésitent pas à dénoncer la situation, comme dans Nox, où Yves Grevet nous expose une éventuelle conséquence de la pollution mais aussi celle de la dictature.

Veronica Roth nous montre également, en plus de dénoncer un régime totalitaire, que le fait d’être différent est aussi un avantage. Les divergents sont différents dans le bon sens du terme et au final ce sont eux  les héros qui vont changer les choses.

Pour conclure, la dystopie évolue dans un monde terrifiant, souvent doté d’un régime totalitaire et d’une société divisée en castes. La société change radicalement après un événement comme la guerre ou encore une catastrophe naturelle. Mais ce qui plaît aux jeunes adultes, ce sont les héros de ces romans, des adolescents ordinaires qui vont dire « non » et devenir des héros de la rébellion. Ils vont s’identifier à eux. Les auteurs dénoncent les dérives de la société et les conséquences de celles-ci car ils veulent avant tout faire réfléchir le lecteur.

Bibliographie

ROTH, Veronica. Divergente : différente, déterminée, dangereuse. Paris : Nathan, 2012. ISBN 978-2-09-254439-6.
LU, Marie. Legend. Paris : Castelmore, 2012. ISBN 978-2-36231-063-8.
ENGEL, Amy. The book of Ivy. Paris : Lumen, 2015. ISBN 978-2-37102-035-1.
GREVET, Yves. Nox : ici-Bas. Paris : Syros, 2012. ISBN 978-2-7485-1289-2.

Webographie

La dystopie, le nouveau souffle de la jeunesse littéraire. In : Master Ingénierie éditoriale et communication. Université de Cergy-Pontoise [en ligne]. Cergy-Pontoise : Master IEC, 16/02/2013. [consulté le 12/11/2015]. Disponible à l’adresse : http://www.masteriec.fr/la-dystopie-le-nouveau-souffle-de-la-jeunesse-litteraire/.
MUTELET, Marie-Caroline. La dystopie, gros plan sur un genre littéraire en pleine explosion. In : Monde du Livre : le livre au centre de tous les débats [en ligne]. Université Aix-Marseille, Master professionnel Lettres Monde du livre, 24/01/2012. [consulté le 12/11/2015]. Disponible à l’adresse : http://mondedulivre.hypotheses.org/337.
LIGER, Baptiste. Hunger Games, Divergente, Le Labyrinthe… Le pire des mondes. L’Express [en ligne], 30/11/2014, [consulté le 12/11/2015]. Disponible sur le web : http://www.lexpress.fr/culture/livre/hunger-games-divergente-le-labyrinthe-le-pire-des-mondes_1626240.html.

Commentaires
  1. Patrice Noyelle

    Merci pour votre appréciation et l’information sur le texte de Zamiatine -qui sera effectivement utile à la culture de nos lecteurs de dystopies- ; merci aussi pour le renvoi vers votre création. Ambiance angoissante assurée ! J’en profite pour signaler également que le texte de Zamiatine est à lire ici : https://infokiosques.net/spip.php?article347

  2. alan B

    Bonne sélection pour un jeune public.
    peut-être faut-il leur rappeler que tous ces romans ont pour point commun, pour origine, un petit roman russe écrit en 1921 par eugène zamiatine: « Nous autres ».
    je viens de l’adapter en court-métrage à la façon de « La jetée » de Chris Marker.
    il s’intitule « la forteresse de verre ».
    https://www.youtube.com/watch?v=PQ6Au4BzFMQ

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