Des albums pour grandir…

Ce moment précieux de la lecture en famille…

J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de merveilleux albums étant petite. Ils ont développé mon imagination et m’ont donné les clés pour grandir . Jusqu’à mes dix ans, ma grande sœur et moi partagions la même chambre, nos parents nous lisaient donc des livres en même temps à l’heure du coucher. Nous allions les choisir d’un « commun accord » dans notre grande bibliothèque noire installée au pas de la porte de notre chambre. Parmi tous ces beaux livres que nous possédions, nous en avions des préférés qui devenaient assez récurrents.  Nos parents avaient le don de nous immerger dans ces belles histoires et nous trépignions chaque soir d’impatience. Ces albums ont été marquants selon moi à cette époque, ils ont eu un impact sur mon approche du cercle familial et une influence conséquente sur ma personnalité.

Des albums qui resserrent les liens…

Mes parents nous lisaient à ma sœur et moi des livres qui questionnaient beaucoup les rôles de la famille. Ils avaient, en effet, fréquemment pour héros un membre de la famille qui jouait une fonction particulière pour le cours de l’histoire.

album "Tu ne dors pas, petit ours?", Martin Waddell et Barbara Firth

© Pastel, L’école des loisirs, 1988

Tu ne dors pas, Petit Ours? de  Martin Waddell et Barbara Firth raconte l’histoire d’un petit ourson qui n’arrive pas à dormir car il a peur du noir. Son père va alors tenter d’aider son fils à trouver la solution à ses ennuis et ce par différents moyens .

J’avais moi-même très peur du noir et je refusais catégoriquement de m’endormir sans lumière aux alentours. J’ai l’impression que ce livre m’a soulagée, j’ai pu me sentir tant bien que mal en sécurité dans le noir au moment du coucher. J’avais compris que mes parents étaient toujours présents au cas où, et j’en ai d’ailleurs beaucoup profité par la suite.

 

album "Aya et sa petite sœur", Yoriko Tsutsui et Akiko Hayashi

© Les lutins de l’école des loisirs, 2017

Aya et sa petite sœur de Yoriko Tsutsui et Akiko Hayashi parle d’une petite fille qui a un jour la responsabilité de garder sa petite sœur en l’absence de leur mère. Alors qu’elle tente de la divertir avec un jeu, sa petite sœur disparaît, la laissant dans l’effroi.

À la première lecture de cet album, j’étais très anxieuse vis à vis de la disparition de sa petite sœur car je m’étais immédiatement identifiée à elle. J’étais, en effet, très proche de ma grande sœur et on ne se faisait pas de cadeau. Cette histoire a renforcé nos liens, je la voyais dès lors comme un modèle à suivre. Aujourd’hui, en relisant cet album, je ressens toujours ce sentiment de tristesse que j’avais eu, petite, face à son récit et ses illustrations mouvementées.

album  "Tu seras funambule comme papa!", Frédéric Stehr

© L’école des loisirs, 1990

Enfin, le dernier album de ma première bibliothèque qui a particulièrement évoqué chez moi l’importance de mon entourage familial : Tu seras funambule comme papa! de Frédéric Stehr. Un petit ours souhaite devenir musicien alors que son père, funambule, voit en lui le prochain funambule star du cirque dans lequel ils se produisent.

C’est une histoire assez tumultueuse qui m’a vraiment insufflé l’idée que je ne dois pas suivre les pas de mes parents ou de ma sœur. En revanche, je peux me servir de cette base solide pour me construire moi-même et ainsi pouvoir les rendre fiers de moi.

 

 Pour se construire…

J’avais déjà le goût de la lecture avec un peu d’aventure et c’est à travers d’autres albums de ma bibliothèque que j’ai vraiment développé mes intérêts, mes idées et ainsi des principes pour grandir.

album "Le Safari", Ann Jonas

© L’école des loisirs, 1986

Le Safari d’Ann Jonas raconte la démarche d’une petite fille qui est d’aller toute seule à l’école. Elle va voir, au long de son chemin, des animaux dangereux qui l’entourent ; le challenge va alors devenir une aventure périlleuse.

Ce livre m’a offert un moment d’interactivité très drôle où j’ai tenté de montrer à mes parents tous les animaux que j’arrivais à voir. Ce moment de plaisir était mélangé à une certaine inquiétude de devoir affronter moi-même un jour ce devoir de me déplacer seule, sans mes parents. L’histoire a réussi à m’inculquer que certains challenges de la vie valaient sûrement la peine d’être pris.

 

album "L'enfant des sables", Nadja

© L’école des loisirs, 1992

L’enfant des sables de Nadja est un album aux illustrations magnifiques et envoûtantes. L’histoire évoque une petite fille assez solitaire qui va vivre une expérience extraordinaire. Cette dernière va lui permettre de conforter son opinion et ses choix au-delà de ceux de son entourage. Déterminée, elle doit se défendre à maintes reprises.

Je me souviens avoir été particulièrement effrayée par ce livre : l’histoire est assez triste et les illustrations donnent une réelle mise en scène qui agrémente le récit de suspens. D’ailleurs, j’ai eu cette impression d’une longue attente pour connaître la fin qui, elle, est restée très vague. J’ai, de ce fait, eu l’occasion de croire et voir ce que je souhaitais. J’ai certainement gardé de cette histoire l’envie de penser et imaginer sans devoir me préoccuper de l’avis des autres.

 

album "L'arbre sans fin", Claude Ponti

© Lutin poche de l’école des loisirs, 2017

Enfin, Claude Ponti est sûrement l’auteur dont j’avais le plus d’albums dans ma première bibliothèque. J’étais réellement passionnée par ces merveilleuses histoires qu’il contait et illustrait. Nous les choisissions très souvent avec ma sœur pour que mes parents nous les lisent avec tout le spectacle que cela pouvait demander. L’arbre sans fin était mon préféré : une petite fille se retrouve malencontreusement dans une terrible aventure à travers un monde bien saugrenu. Elle doit alors faire preuve de courage et de détermination pour affronter tout ce qui l’attend.

J’étais en admiration devant ce livre, les illustrations étaient souvent divisées en plusieurs images qui mettaient en avant l’action d’une même scène. Ainsi, elles m’avaient parues aussi parlantes et percutantes que la narration elle-même. Le parcours de cette petite fille m’avait donné l’envie à ce moment-là d’être comme elle, une grande fille qui affronte ses peurs.

Et devenir ce que l’on est…

Je n’ai pas gardé tant d’émotions de ces albums de ma bibliothèque par hasard. Je les ai ressenties grâce à leurs illustrations pleine page qui permettaient à ma sœur et moi de nous y plonger le temps de l’histoire (sans avoir à s’arracher l’album ici et là). À cette sensation mémorable de réconfort après la lecture au moment du coucher où j’allais devoir affronter ma peur de la solitude et de l’obscurité jusqu’au lendemain. Leurs histoires saisissantes m’ont donné de la joie, du courage et surtout beaucoup de choses auxquelles penser pour s’endormir en toute sérénité.

J’étais une petite fille heureuse mais très dépendante de son entourage et peureuse. Je me suis alors identifiée sans peine en chacune de ces histoires et leurs personnages. J’ai appris à vivre, à comprendre et à résoudre mes propres difficultés à travers la lecture. Cette bibliothèque et ses innombrables merveilles m’ont influencée et en grandissant je suis devenue une personne indépendante, déterminée et rêveuse.

Finalement, c’est très certainement aussi celle-là même qui a développé mon goût pour la lecture et les illustrations. Puisque, par la suite, j’ai aimé m’adonner au dessin d’illustration, à la création de mes propres histoires et à la participation à des concours de lecture jeunesse passionnants.

Bibliographie

WADDEL, Martin. Tu ne dors pas, Petit Ours?. Barbara FIRTH ill. Claude LAGER trad. Paris : l’École des loisirs ; Bruxelles : Pastel, 1988. p.: ill. en coul. couv. ill. en coul. ; 27 cm. ISBN 2-211-01453-4. Titre original: Can’t you sleep, Little Bear ?

TSUTSUI, Yoriko. Aya et sa petite soeur. Akiko HAYASHI ill. Isabelle REINHAREZ trad. Paris : l’École des loisir, 1988. p.: ill. en coul. couv. ill. en coul. ISBN: 9782211231497. Titre original : Asae and her Little Sister

STEHR, Frédéric. Tu seras funambule comme papa! Paris : l’École des loisirs, 1990. p.: ill. en coul. couv. ill. en coul. ; 29 cm. ISBN 2-211-03912-X.

JONAS, Ann. Le Safari. Isabelle REINHAREZ trad. Paris : l’École des loisir, 1986. p.: ill. en coul. couv. ill. en coul.; 26 x 21 cm. ISBN 2-211-01174-8. Titre original : The Trek.

NADJA. L’enfant des sables.  Paris : l’École des loisirs, 1992 p.: ill. en coul. couv. ill. en coul. ; 31 cm. ISBN 2-211-01969-2.

PONTI, Claude. L’arbre sans fin. Paris : l’École des loisirs, 1992. p.: ill. en coul. couv. ill. en coul. ; 26 x 32 cm. ISBN 2-211-06156-7.

Image à la une : Jeune fille au livre, par Pietro Rotari. Disponible sur Wikimedia commons

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