Mes premiers contes russes, ou la découverte d’un autre monde merveilleux

Les Contes Russes d’Afanassiev, choisis et traduits par Anne-Marie Passaret, furent pour moi une véritable révélation, celle d’un autre univers, où la vision du monde est différente et où la nature est à la fois splendide et profonde

Parmi les contes russes de ce recueil, celui qui m’a, à l’époque, le plus marqué est L’oiseau-de-Feu. Depuis ma plus tendre enfance, mes parents m’avaient initié à la lecture des contes occidentaux traditionnels. Ils m’ont ainsi fait découvrir des recueils de contes des frères Grimm ou de Charles Perrault, des contes aux univers glauques, peu rassurants et assez traumatisants pour un enfant. Bien entendu, les contes d’Afanassiev ne sont pas des fables tout en rose, où les héros se retrouvent dans des situations enviables. Leur narration est cependant très différente de celle de nos contes européens.

© L'école des loisirs, 2003; CONTES RUSSES D'AFANASSIEV. L'OISEAU-DE-FEU

© L’école des loisirs, 2003

L’oiseau-de-feu raconte l’histoire des trois fils du Tsar Démian, Piotr-tsarévitch, Vassili-tsarévitch et Ivan-tsarévitch. Le Tsar possède un jardin dans lequel se trouve un arbre merveilleux qui lui donne des pommes d’or. Un oiseau de feu vient néanmoins lui dérober ses pommes chaque nuit. Il envoie donc ses trois fils s’enquérir de cet oiseau voleur. Piotr et Vassili échouent, tandis que le cadet, Ivan-tsarévitch, épaulé par son fidèle loup gris, parvient, après de nombreuses péripéties, à retrouver l’oiseau tant convoité.

Un univers ayant bercé ma mère

Quand je me rendais chez mes grands-parents pendant les vacances, il m’arrivait de farfouiller parmi les milles lectures de jeunesse de ma mère. Entre les contes grecs et les multiples livres de la collection Bibliothèque Rose, elle adorait me raconter comment les contes russes avaient illustré ses rêves pendant bien des années. Mais jamais je n’eus la curiosité d’en ouvrir un. Un jour, elle m’offrit ce recueil, qui m’impressionna dès que je vis sa couverture et sa magnifique illustration. Malgré le traumatisme que m’avaient infligé les contes,  qui me faisaient davantage cauchemarder que rêver, je pris enfin mon courage à deux mains et commençai la lecture de ce qui allait devenir le livre de chevet de la fin de mon enfance.

En effet, ce recueil, et en particulier ce conte de L’oiseau-de-feu, m’apparut comme le plus splendide des contes que j’avais jusqu’à présent eu l’occasion de lire. Cette histoire n’est bien sûr pas dépourvue de détails morbides, mais ces scènes laissent toujours transparaître un univers poétique et merveilleux qui, comme le disait ma mère, continuait de vivre dans les rêves. D’ailleurs, c’est une toute autre vision du morbide qui apparaît dans ces contes. Quand on assiste à la mort d’un personnage, c’est avec concision et efficacité. Quand le cheval d’Ivan est abattu par le loup, son sang coule et la seconde d’après on constate sa mort, sans effusion de sentiments. Cela transcrit une vision très abrupte de la mort, une fatalité qui ne s’épand pas. Une froideur qui n’existe pas dans nos contes traditionnels, une vision d’une vie fragile, qui souligne en même temps son importance. Il s’agit d’un monde chantant où, même aux pires moments, la nature se révèle toujours aussi magnifique.

Une morale venue d’ailleurs

Plus encore, dans l’histoire elle-même, on assiste à des plus belles amitiés qu’il m’ait été donné de voir, entre le prince Ivan et le loup gris. Le loup, animal si craint dans le folklore européen, se retrouve ici être un compagnon plus fidèle que la famille d’Ivan elle-même, extrêmement courageux et fondamentalement bon. C’est toute une vision de l’amitié qui est défendue dans ce conte, une amitié entre l’homme et la nature, une amitié qui transcende toutes les normes, une amitié qui a d’ailleurs peut-être inspiré Jack London pour Croc Blanc. 

Ce conte a influencé mes goûts de lecture pendant des années. Il m’initia à cet univers tragique mais magnifique de la littérature russe, m’ayant fait préférer pendant des années la lecture de Tolstoï et Dostoïevski à leurs semblables européens. Mais il a également su, dès ma jeunesse, me pousser à me fier à la nature plutôt qu’aux humains, une morale peu présente dans les contes occidentaux, sans pour autant m’inciter à trop me méfier de mes prochains !

Bibliographie

AFANASSIEV, Alexandre. Contes Russes d’Afanassiev : L’oiseau-de-feu. PASSARET Anne-Marie (trad.), GAY Michel (ill.). Paris : L’école des loisirs, 2003. Collection Neuf. Couv. ill. en coul. ISBN :  978-2-21-101387-1.

 

 

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