Claude Ponti, auteur aux mille poussins

Claude Ponti (1948-….)

 L’auteur aux mille poussins

Qui ne connaît pas Claude Ponti ? Cet auteur, aujourd’hui monument de la littérature jeunesse, a écrit d’innombrables albums pour le bonheur des petits… comme des grands. Nous allons présenter ici à la fois sa vie et son œuvre.

I) Biographie

      L’enfance d’un peintre

       Né en 1948 à Lunéville (Lorraine), Claude Ponti passe son enfance entouré de ses deux frères Alain et Michel, de son père (un chrono-analyseur) et de sa mère (une institutrice). Il passe même son CP dans la classe de cette dernière, l’accusant encore aujourd’hui des fautes d’orthographe qu’il fait. Dès sept ans, peindre est la vocation qu’il a choisie :

Je dessinais tout le temps.1

Dès l’obtention de son Bac, il part faire l’école des Beaux-arts d’Aix-en-Provence contre la volonté de sa famille qui voudrait le voir professeur. Il y passera six mois avant de faire un trimestre à la faculté de Strasbourg en lettres modernes.

       Arrivée à Paris et premiers travaux

       En 1969, il déménage à Paris où il enchaîne plusieurs « petits boulots » afin de vivre, par exemple  comme garçon de courses à L’express. En parallèle, il continue son apprentissage du dessin, de la peinture et de la gravure en autodidacte. Grâce à ce savoir, mais aussi son travail à L’express, il  commence à réaliser  sa passion en travaillant dans la presse en tant qu’illustrateur, tout en peignant durant son temps libre. Dans les années 1970, ses œuvres sont exposées dans des galeries.

       Il apprend le secret de la fabrication d’un livre et rencontre de nombreux auteurs lorsqu’il occupe le poste de directeur artistique à l’imagerie d’Épinal au début des années 80. En effet, il édite par exemple des livres de Tardi, Fred ou encore des images d’auteurs comme F’murr ou Martin Veyron.

       Naissance d’un auteur… grâce à celle d’Adèle

Couveture de L'album d'Adèle de Claude Ponti

© L’école des loisirs

       L’arrivée de la petite Adèle, sa fille, est un grand bouleversement dans la vie de Claude Ponti.

De son propre aveu, c’est ainsi qu’il passe « du pessimisme à un optimisme décisionnel ».2

Pour sa naissance, il veut lui offrir un cadeau très personnel : un album qu’il lui aura créé. Au départ, il ne veut publier que deux exemplaires, un pour offrir à Adèle et un de secours (on ne sait jamais avec les enfants ce que vont devenir les livres!). Comment L’album d’Adèle a-t-il vu le jour alors ?

Tout simplement d’une recherche d’emploi ! Claude Ponti est allé chez Gallimard avec quelques planches de cet album, juste un échantillon pour montrer ce qu’il dessine. Geneviève Brisac aime beaucoup ces dessins et l’enjoint fortement à publier ce travail. Ainsi naît en 1986 le premier album de Claude Ponti, bientôt suivi de Adèle s’en mêle (1987) et Adèle et la pelle (1988).

       Ce n’est qu’en 1990 qu’il rejoint sa maison d’édition actuelle, L’école des loisirs, suivant ainsi son éditrice. Il y publie tous les albums qu’il écrit par la suite. Il a reçu jusqu’à présent de nombreux prix, dont le Prix à vos livres (catégorie tout public) en 1994 pour Pétronille et ses 120 petits, le Livre préféré des enfants du département de la Haute Loire (catégorie 5-7 ans) en 2001 pour L’île des Zertes ou encore le grand prix spécial à l’occasion des prix Sorcières pour l’ensemble de son œuvre en 2006. Il rencontre un tel succès, qu’outre les nombreux prix qu’il reçoit, ses livres sont traduits en allemand, italien, espagnol, catalan, anglais (USA), chinois, coréen, japonais, … .

       Claude Ponti, défenseur des enfants

Couverture de Tous à poil

© Éditions du Rouergue

       Pour lui, il ne faut jamais tricher avec les enfants et ne surtout pas les sous-estimer, tant sur le plan de l’intelligence que de la sensibilité.

Les enfants méritent le meilleur de nous. Pas l’à-peu-près, pas la manipulation ou l’utilisation, jamais l’ignorance, l’hypocrisie ou l’incompétence.3

Cette citation, tirée d’un article écrit lors de la polémique autour de Tous à poil, montre l’estime que Claude Ponti a pour les enfants et ce qui nourrit son désir de faire des albums (ce que nous explorerons plus loin). C’est donc un auteur engagé dans la défense de ce qu’est pour lui la littérature jeunesse mais aussi celle de l’enfant.

       Cette idée se retrouve ainsi dans le Muz, un musée en ligne d’œuvres d’enfants, qu’il a créé avec des amis en 2009. Les œuvres sélectionnées (par un jury de cinq ou six personnes) sont mises en ligne dans le musée ou les expositions. Le but de ce site est de faire changer le regard des adultes et des enfants sur ces créations. De plus, le site va permettre aux enfants de se nourrir des cultures d’ailleurs à travers d’autres œuvres. Tout peut y être présenté, à condition que cela soit numérisé. Le Muz entretient ainsi des partenariats avec des associations partout dans le monde mais aussi la BnF par exemple. Pour Claude Ponti, ce musée est un peu « le Louvre des œuvres pour enfants».4

 

       Un auteur d’album et bien plus

Couverture du tome 1 de La Trijolie - La Pantoufle de Claude Ponti

© L’école des loisirs

       Claude Ponti ne s’est pas limité à l’album comme support de sa créativité et de son imagination. Il a également écrit des pièces de théâtre, là encore pour la jeunesse : La tente (2012), La trijolie 1 : la pantoufle (2006) et La trijolie 2 : bonjour ; où sont les mamans ? (2006).

       Non content de son succès auprès de la jeunesse, Claude Ponti a écrit trois romans pour adultes, publiés aux éditions de l’Olivier : Les pieds-bleus (1998), Est-ce qu’hier n’est pas fini ? (1999) et Le monde, et inversement (2006).

       Claude Ponti a également illustré divers ouvrages comme La tempête (1993), Pochée (1994) de Florence Seyvos ou encore Les lois fondamentales de la stupidité humaine de Carlo M. Cipolla (2012).

 

II) Son œuvre

       Les histoires pontiennes    

Couverture de Dans le loup de Claude Ponti

© L’école des loisirs

Il y a, schématiquement, deux types de narration chez Ponti. Tout d’abord, celle qu’il emploie pour les albums adressés aux tout-petits : la description. On y retrouve Dans le loup (1994), Sur le lit (1994), Derrière la poussette (1994), etc. qui font partie d’une série adressée aux 2 à 4 ans et sont des livres cartonnés dont la forme épouse l’objet-sujet de l’histoire. Ensuite, il y a trois ouvrages, Au fond du jardin (2008), Dans la voiture (2008) et Sur la branche (2008), qui constituent un peu la suite de la première série. Ce sont également des livres cartonnés mais ils ont un format plus standard (rectangulaire) et ils sont adressés aux 3 à 5 ans.

          Enfin, on y découvre aussi la série de Tromboline et Foulbazar, deux poussins qui vont nous présenter divers thèmes comme Le chien et le chat (2001), La boîte (1995), Le non (2001), etc. destinée aux 3 à 5 ans. Toutes ces séries ont une approche « documentaire » de la vie : on y explique, on y montre des choses réelles. Pour Claude Ponti, les enfants sont des êtres en développement : son but est de les aider dans celui-ci. Ce qu’il entend par « développement » ? c’est que les enfants sont toujours en train de chercher de nouveaux savoirs pour étancher leur soif de connaissances, et qu’ils sont en plein apprentissage du rapport aux autres. On comprend alors le rôle qu’ont pour Ponti ces séries pour les tout-petits, où il leur apprend des choses nouvelles sur des éléments peut-être déjà connus. Par exemple, dans Au fond du jardin la narration fonctionne un peu comme un gros plan fixe. On entre d’abord dans le jardin, puis l’image va se fixer sur la cucurbitacée de la couverture. Et c’est de ce point de vue-là que l’enfant va découvrir l’endroit et la vie qui y règne : le va-et-vient des coccinelles, l’apparition d’oiseaux, par exemple.

Couverture de La Boîte de Claude Ponti

© L’école des loisirs

       Le deuxième type de narration concerne le reste des albums, excepté la série des Monsieur Monsieur et Mademoiselle Moiselle et les albums sur les poussins dont je parlerais plus loin. Ici, la narration a tout d’un parcours initiatique qui va emmener tant le personnage que le lecteur. Ces derniers traversent des épreuves auxquelles il faut trouver des solutions. Cela n’est pas sans rappeler le schéma des contes :

Situation initiale (temps et espace où se situe le héros) → Perturbation (objet de la quête) → Dynamique de l’action (quête du héros, épreuves et affrontement avec l’agresseur) → Rectification (réparation du méfait ou manque, victoire du héros, châtiment de l’agresseur) → Situation finale (dénouement et récompense)

Pour les personnages pontiens, la solution se trouve toujours en eux, dans leur force intérieure. En effet, les épreuves sont souvent constituées de différentes peurs que peut éprouver l’enfant (par exemple, des monstres mangeurs d’enfants dans Pétronille et ses 120 petits (1990) ou encore mangeurs de monde dans Bih-bih et le Bouffron-gouffron (2009). La solution consistera à dépasser sa peur pour vaincre ! Le personnage que le lecteur découvre au début du livre n’est plus le même à la fin, ses aventures l’ayant irrémédiablement changé. Claude Ponti n’oublie pas qu’il s’adresse à des enfants, comme nous l’avons mentionné plus haut, ils grandissent, se confrontent à des difficultés. Pour lui, le chemin d’un enfant est de conquérir sa propre vie et cela passe par vaincre ses peurs en puisant en soi les solutions. Le message qu’il veut transmettre est que l’on peut toujours faire quelque chose « même si on vous coupe les deux jambes au départ. » 5

Deux séries un peu particulières

Couverture de Bizarre...Bizarre de Claude Ponti

© L’école des loisirs

       La série des Monsieur Monsieur et Mademoiselle Moiselle est un peu à part. En effet, les histoires racontent la vie d’un couple et des petites choses qui leur arrivent. Par exemple, dans Un thé d’été (2004), Mademoiselle Moiselle questionne Monsieur Monsieur afin de savoir comment il était petit. Ou encore dans Bizarre…bizarre (1999), l’histoire nous raconte comment ils sont tombés amoureux. Cette série, contrairement à celles dont j’ai déjà parlé, est plutôt orientée vers la poésie, les jeux de mots, l’amour. Qui sait, cela peut peut-être faire écho à ce que vivent les enfants ? En effet, la série est adressée aux 5-7 ans et on sait bien qu’à cet âge-là ils ont un/une ou des « amoureux/amoureuses ». De plus, ce sont des histoires où les enfants peuvent identifier leurs parents aux personnages.

       La deuxième série un peu particulière se compose des albums autour des poussins, Tromboline et Foulbazar non compris. Il y a, par exemple, toute une série de livre autour de Blaise comme Blaise et le robinet (1994), Le jour du Mange-poussin (1991) ou encore Blaise dompteur de tache (1992). Plus récemment, il y a également eu Mille secrets de poussins (2005), ne laissant pas la vedette à un poussin mais à tous. Ces albums-là vont proposer un peu la « récréation » aux enfants. En effet, les poussins incarnent le côté garnement malicieux dont rêve tout enfant. Ce dernier va pouvoir « décompresser » totalement car ici, pas d’enjeu, pas de parcours initiatique, peu de découverte mais place aux bêtises en toute impunité !

Couverture de Blaise et le kontrôleur de kastatroffe de Claude Ponti

© L’école des loisirs

C’est peut-être ce qui leur vaut un si grand succès ! Ils sont devenus ni plus ni moins que l’icône de Claude Ponti. Cela a, par exemple, donné lieu à un partenariat avec une gamme de vêtements pour enfants à leur effigie. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’auteur les a créés car il avait besoin de personnages qui cassent tout, provoquent des catastrophes, afin de produire des éléments perturbateurs et de lancer les histoires dans ses premiers albums. Ainsi, Blaise, personnage iconique, n’était là que pour être le plus caractériel, tyrannique des poussins. Il est masqué afin de permettre aux enfants de s’identifier plus facilement à lui et révélation ! Blaise est tout le monde et personne à la fois : le poussin enfilant son masque le devient tout bêtement. En plus de leurs livres, les poussins se plaisent souvent à intervenir dans les autres histoires. Il n’est ainsi pas rare d’en croiser et plus d’une fois ils bouleversent le cours des événements. Par exemple, dans Pétronille et ses 120 petits (1990), les poussins vont la tirer d’un très mauvais pas et la remettre dans le droit chemin.

 

       Thèmes récurrents dans son œuvre

       Comme dans toute œuvre d’écrivain, il y a des thèmes qui reviennent sans cesse. Chez Claude Ponti, il en va de même, bien que les thèmes ne soient pas tous joyeux. En effet, grâce à une mise en scène par le rire ou la légèreté, il montre « ce qu’il y a de plus tragique dans l’existence humaine ».6 L’auteur montre ainsi la mort (avec le deuil d’Hipollène dans L’arbre sans fin (1992) ou encore la planche montrant un cimetière dans Ma vallée (1998)), le rejet (Okilélé qui vit sous un lavabo car il est rejeté par ses parents à cause de sa laideur dans Okilélé (1993)), la tristesse (Schmélele et l’Eugénie des larmes (2002)), les accidents (Mô-Namour 2011) et enfin la perte (Pétronille et ses 120 petits (1990) ou encore L’écoute-aux-portes (1995)). L’auteur considère quelque part que

quelle que soit la cruauté de la vie, l’enfant a en lui les ressources qui lui permettront de l’assumer.7

Il aborde également des thèmes plus joyeux, qui sont souvent aussi les solutions dont ont besoin les personnages pour accomplir leurs « quêtes » : la famille (Parci et Parla (1994) que l’amour fraternel sauve de bien des embûches), l’amour (Monsieur Monsieur et Mademoiselle Moiselle) ou encore l’amitié (Le chien invisible (1995)).

       Néologismes et langage pontien

       Claude Ponti est un grand inventeur de mots… que ce soit pour les noms ou pour le reste, ses albums sont toujours pleins de nouveautés. Généralement, il invente un mot parce qu’il n’a pas celui qu’il veut. De plus, c’est une habitude qu’il reprend des enfants eux-mêmes : on invente tous des mots lorsqu’on apprend à parler. Souvent ses néologismes naissent de « carences » dans la langue française. On veut un mot mais non, il n’existe pas. Claude Ponti fait fi de tout cela, et ne s’arrête pas à la conception du monde sous la coupe d’un dictionnaire unique. Ainsi naissent  des mots comme « sussouillette »8, « s’écrabousillent »9, « chatouillis frissounnillou »10, « peintrenciels »11, ce qui ne constitue là qu’un petit échantillon de la langue pontienne. L’auteur considère que la fabrication de mots est créatrice pour l’enfant, qui se rend compte qu’il sait faire quelque chose de lui-même. Pour lui, c’est aussi une façon de montrer que la langue française est riche. Elle permet donc l’invention de nouveaux mots.

Couverture de Le Doudou méchant de Claude Ponti

© L’école des loisirs

       Claude Ponti crée également les noms de ses personnages en fonction d’un sens (Okilélé), d’une sonorité intéressante (Oum-Platichotte) ou de sa vie quotidienne (Oum-Popotte a été créé par Adèle lors d’un jeu qu’ils faisaient en famille). Il cherche généralement un nom qui correspond au caractère de son personnage. Par exemple, pour L’arbre sans fin (1992), il fait des recherches dans des contes, des récits ethnographiques, etc. afin de trouver des noms en rapport avec le mot « arbre » qu’égrènent les grands-mères dans l’ouvrage.

Couverture de L'Arbre sans fin de Claude Ponti

© L’école des loisirs

       L’auteur se livre aussi à beaucoup de jeux de mots. Pour lui, c’est une façon d’amener de l’humour, élément essentiel de son œuvre, mais aussi de montrer des choses invisibles. Par exemple, il représente par une fleur l’amour de Pétronille pour ses petits : sur chaque pétale de la fleur est inscrit un prénom. En outre, il se dit dyslexique et explique que beaucoup de ses créations et de ses jeux de mots résultent d’erreurs involontaires.

 

III) Illustrateur de ses œuvres

       Liberté de l’illustrateur

Inutile de revenir sur ce qu’est un illustrateur, il me semble que c’est une notion que tous connaissent, bien que l’on oublie souvent l’illustrateur comme auteur. Souvent, l’auteur et l’illustrateur sont deux personnes différentes et il est rare qu’elles se rencontrent. C’est l’éditeur qui va choisir et faire appel à un illustrateur pour un livre et, régulièrement, l’auteur de l’histoire ne voit le travail qu’une fois le livre terminé et publié. Claude Ponti, lui, porte les deux casquettes. Ce qui n’a rien d’étonnant lorsqu’on connaît son parcours. Cela a de l’importance, car tant l’image que le texte appartient à son imaginaire, son univers. C’est ce qui va permettre à l’auteur de jouer avec l’image autant qu’il joue avec les mots. Par exemple, dans Parci et parla (1994) l’auteur parle de pommes de terre sautées, et sur l’image elles sautent vraiment de l’assiette. On peut également citer le rideau de pluie qui s’ouvre littéralement comme un rideau de fenêtre pour Pétronille. Le fait d’être l’illustrateur de ses propres histoires va lui permettre une grande liberté comme nous allons le voir.

       Une double, voire triple narration

       En plus du texte écrit (souvent sous l’image), Claude Ponti mène de front plusieurs histoires grâce à l’image. De ce fait, on ne peut à la première lecture tout découvrir. Chez Ponti, on peut passer des heures à regarder les illustrations, lire et relire le livre mais toujours découvrir un petit détail, un petit rien qui nous avait échappé. Ce sont ses dessins riches qui vont, en plus d’illustrer, raconter leurs propres histoires. Nous allons le montrer au travers de deux exemples : Blaise dompteur de tache (1992)

Couverture de Blaise dompteur de tache de Claude Ponti

© L’école des loisirs

et Parci et Parla (1994). Dans le premier, Blaise, le poussin masqué, fait une course de fauteuils avec d’autres poussins jusqu’à ce qu’ils soient rattrapés par leurs amis (des stylos-plumes). Une tache d’encre va naître de cet arrêt brutal, et Blaise va tenter de la dompter. Voilà pour ce qui est de l’histoire principale. Lorsqu’on regarde attentivement les illustrations, on en découvre deux autres : celle du poussin-avion et celle du poussin-aveugle. Pour le premier, il est présent dès le début du livre : il profite de la course de fauteuils et de la vitesse de ceux-ci pour voler car il est déguisé en avion. Pour le second, suite à une bataille d’encre, un poussin en est recouvert et ne voit plus rien ; il finit par foncer dans un parapluie en train de pousser. Ainsi, dans un même livre, on retrouve trois histoires dont deux ne sont contées que par les images. Dans Parci et Parla (1994), le livre est coupé visuellement en trois parties : en bas de page il y a le texte racontant l’histoire, juste au-dessus (sur un tiers environ), se situe l’illustration de l’histoire et enfin sur le tiers restant on retrouve les poussins. Comme dans tout livre, le texte et l’illustration « principale » remplissent le même rôle. Quant aux poussins,  ils miment l’histoire, ou bien font des bêtises, jouent avec des éléments du décor, etc. Et cela jusqu’au moment où Parci et Parla seront en grande difficulté, tellement grande que les poussins vont briser le cadre de l’illustration « principale » afin d’y entrer et de les faire « sortir » du livre pour les y réinsérer plus loin, dans une situation moins problématique.

Ainsi, les illustrations des albums de Claude Ponti sont remplies de petits détails qui prennent du sens lorsqu’on les remarque enfin ! Cela doit tenir au fait que l’auteur, lorsqu’il était enfant, détestait les livres qui se lisaient trop vite et n’apportait plus rien la première lecture passée.

 J’en veux pour mes sous. »12, avoue-t-il à la radio.

De plus, lorsqu’il illustre un livre, il veut que l’histoire puisse se raconter toute seule, pour les plus jeunes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il considère ne pas faire de référence dans ses ouvrages. En effet, une référence suppose de connaître l’élément précédemment, or les enfants ne connaissent pas tout sur tout. Ainsi, lorsque le petit chaperon rouge fait une apparition dans Parci et Parla (1994), ce n’est pas une référence, mais un lien, une porte qui va pousser l’enfant à aller voir plus loin pour découvrir de nouvelles choses.

Couverture de Parci et Parla de Claude Ponti

© L’école des loisirs

 

       Outils et techniques

       Les illustrations de Claude Ponti sont faites en aquarelle.

Couverture de Blaise et le château d'Anne-Hiversère de Claude Ponti

© L’école des loisirs

Mais avant d’en arriver au résultat final que nous admirons tous dans ses ouvrages, il y a des étapes à respecter. Tout d’abord, il découpe le nombre de feuilles de papier désirées et y trace les cadres qui délimiteront les illustrations. En effet, il crée ses images directement à la taille que fera le livre. Ensuite, il commence par crayonner le dessin au crayon à papier (ou critérium), en y plaçant les personnages puis le décor. Puis, il passe son dessin à l’encre, refaisant ainsi les contours définitifs de chaque élément de l’illustration. Une fois sèche, c’est aux gommes de faire leur travail afin d’avoir un dessin propre. C’est ensuite l’aquarelle qui intervient. C’est un travail qui peut être long (un à deux mois). De temps à autre, Ponti utilise des encres liquides, comme par exemple pour les poussins dans Blaise et le château d’Anne Hiversère (2004). Afin de rehausser ou de retoucher le dessin final, il utilise des gouaches.

       L’auteur utilise aussi le montage grâce à de la colle. Dans Blaise et le château d’Anne Hiversère (2004), il a photocopié le grand paysage qu’il avait dessiné initialement en plusieurs tailles afin de s’en resservir dans diverses illustrations du livre. C’est un procédé que l’on peut retrouver dans Ma vallée (1998) ou encore Georges Lebanc (2001).

       Il faut savoir que l’auteur s’est beaucoup attaché à son matériel et qu’il ne jette rien ! Ainsi, bouts de gommes et pinceaux en poil de martre coulent-ils des jours heureux dans son atelier.

 

       Matérialité du livre

        Le format de prédilection de Claude Ponti est le format à l’italienne, qu’il utilise principalement jusqu’à Ma vallée (1998) qui est un point de rupture dans cette « tradition » des grands albums. En effet, c’est un album plus haut que large. Le format le plus usité habituellement est plutôt haut et rectangulaire, mais le format à l’italienne (rectangulaire également mais long) permet les panoramiques pour de grands paysages par exemple. L’auteur utilise toutes sortes de format en fonction des séries : il existe ainsi de tout petits livres comme les Monsieur Monsieur et Mademoiselle Moiselle et de très grands comme Blaise et le château d’Anne Hiversère (2004). Le format a un rôle important car il participe de la première impression que l’on a du livre, tout autant que la couverture. En effet, selon un article de la Joie par les livres :

un petit format convient à l’intime, à la tendresse quand un grand format invite le lecteur au grand spectacle.13

On remarque d’ailleurs que ses séries adressées aux tout-petits sont toutes réalisées dans un petit format tandis que les autres albums le sont dans des formats plus grands.

       Dans sa grande facétie, Claude Ponti joue avec les codes-barres. Tout ceci a commencé, une fois n’est pas coutume, avec L’album d’Adèle (1986). En effet, il avait tout dessiné, absolument tout jusqu’à la quatrième de couverture mais en oubliant le code barre. Depuis, il s’amuse à le mettre dans toutes les situations possibles. Ce sont les personnages du livre qui agissent sur lui : Blaise l’envoyant « valdinguer » à l’autre bout du livre sur Parci et Parla (1994), Oups et son doudou méchant qui le traverse sur Le doudou méchant (2000), un marteau qui le pilonne sur L’île des Zertes (1999).

 

Avis final

       L’œuvre de Ponti a toujours été très présente dans mon enfance, au même titre qu’Yvan Pommaux par exemple, et c’est pourquoi je tenais à présenter cet auteur. Son imaginaire et ses néologismes m’ont bercée et il est pour moi, mais je ne suis pas la seule à le penser, un monument de la littérature. J’apprécie toujours autant aujourd’hui de le lire et encore plus son côté engagé et protecteur des enfants, maintenant que j’ai grandi. Quoi de mieux que de lui laisser le mot de la fin ? Car il ne faut pas oublier que pour lui,

chaque livre est une aventure mystérieuse et profonde, qui met en jeu, effectivement, du plaisir, de la sincérité,… quelque chose de soi envers l’enfant, les enfants auxquels on s’adresse.14

Donc oui, chacun de ses lecteurs a un peu de Ponti en lui …


1 Francetvinfo. Culturebox. Rencontre avec Claude Ponti, la star des enfants [en ligne].

2 Ibid.

3 Youtube. Claude Ponti, Ouvrir un musée des œuvres d’enfants – Youtube [en ligne].

4 France Inter. Rencontre avec Claude Ponti [en ligne].

5 France culture. Actualité philosophique : Claude Ponti. [en ligne].

6 KOTWICA, Janine. Claude Ponti, « le porteur de miracle ». Parole [en ligne]. Printemps 2003, n°54.

7 PONTI, Claude. Le doudou méchant. Paris : l’École des loisirs, 2000.

8 Ibid.

9 PONTI, Claude. Schmélele et l’Eugénie des larmes. Paris : l’École des loisirs, 2002.

10 Ibid.

11 Ibid.

12 France culture. Actualité philosophique : Claude Ponti. [en ligne].

13 BnF centre national de la littérature pour la jeunesse, La joie par les livres. L’album moderne.

14 L’école des loisirs. Claude Ponti [en ligne].

 

Bibliographie

Ouvrages 

CAUWE, Lucie. Ponti Foulbazar. Paris : L’Ecole des loisirs, 2006. ISBN 2-211-10724-9.

LINDEN, Sophie van der. Claude Ponti . Paris : Être, 2000. Collection Boîtazoutils. ISBN 2-84407-017-5.

Ainsi que tous les albums de Claude Ponti publiés à ce jour.

Articles de périodiques en ligne

FRACHEBOUD, Michelle. Claude Ponti, passeur d’histoires. Revue [petite] enfance [en ligne], septembre 2012, n°109, [1 p.], [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://www.revuepetiteenfance.ch/?p=181#_ftn2

KOTWICA, Janine. Claude Ponti, « le porteur de miracle ». Parole [en ligne], printemps 2003, n°54, p. 3-7, [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://lajoieparleslivres.bnf.fr/masc/Integration/JOIE/statique/univ/interfaceschoisies/Ponti/Ponti_parolen54.pdf

Claude Ponti, l’histoiriculteur. Seine-saint-denis.fr [en ligne], novembre/décembre 2014, n° 41, [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://www.seine-saint-denis.fr/Claude-Ponti-l-histoiriculteur.html

Émissions radiodiffusées

Rencontre avec Claude Ponti / France Inter. In : France Inter [en ligne]. Paris : France Inter, 17/08/2012. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-bain-ete-2012-rencontre-avec-claude-ponti

Actualité philosophique : Claude Ponti. In : France culture-l’actualité culturelle et politique [en ligne]. Paris : France culture, 26/09/2014. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-actualite-philosophique-claude-ponti-2014-09-26

Pages web

Claude Ponti-L’école des loisirs. In : Bienvenue sur l’école des loisirs [en ligne]. Paris : L’école des loisirs. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://www.ecoledesloisirs.fr/auteur/claude-ponti.

PONTI, Claude, HOUOT, Laurence. Rencontre avec Claude Ponti, la star des enfants. In : Francetvinfo [en ligne]. Paris : France télévisions, 20/12/2012. Mis à jour le 11 décembre 2012. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet :

http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/jeunesse/rencontre-avec-claude-ponti-la-star-des-enfants-121193

PONTI, Claude. Claude Ponti : « Critiquer un livre pour enfant sans le comprendre est bête ». In : Libération [en ligne]. Paris : Libération, 12/02/2014. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet :

http://www.liberation.fr/debats/2014/02/12/claude-ponti-critiquer-un-livre-pour-enfant-sans-le-comprendre-est-bete_979638

Le Muz [en ligne]. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://lemuz.org/

Claude Ponti. In : Bienvenue sur le site de la joie par les livres : livres et lecture pour la jeunesse [en ligne]. Paris : Bibliothèque nationale de France, 26-27 juin 2008. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://lajoieparleslivres.bnf.fr/masc/Integration/JOIE/statique/univ/interfaceschoisies/Ponti/rubrique_createur_a%20propos%20de.html

L’album moderne. In : Bienvenue sur le site de la joie par les livres : livres et lecture pour la jeunesse [en ligne]. Paris : Bibliothèque nationale de France, 26-27 juin 2008. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://lajoieparleslivres.bnf.fr/masc/Integration/JOIE/statique/univ/interfaceschoisies/origines/rubrique_album_moderne.html

Partenariat Petit Bateau et Claude Ponti. In : Le monde en petit bateau-blog Petit bateau [en ligne]. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : http://blog.petit-bateau.fr/actualites/petit-bateau-et-claude-ponti/

Vidéos en ligne

Claude Ponti dégaine son crayon au Mans. In : Youtube [en ligne]. Californie : Youtube, 13 mai 2009. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : https://www.youtube.com/watch?v=Oqsvb2Zn–Y

Claude Ponti, Ouvrir un musée des œuvres d’enfants. In : Youtube [en ligne]. Californie : Youtube, 13 mai 2009. [consulté le 25/03/2016]. 1er janvier 2014. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : https://www.youtube.com/watch?v=30oaycLRyQI

Claude Ponti, conquérir sa vie. In : Youtube [en ligne]. Californie : Youtube, 1er janvier 2014. [consulté le 25/03/2016]. Disponible sur Internet : https://www.youtube.com/watch?v=VNYfjk0dE3Q

Pour une bibliographie plus exhaustive

Claude Ponti – l’école des loisirs  [consulté le 25/03/2016]

Pour la liste de ses prix :

À propos de … Claude Ponti [consulté le 25/03/2016]

Voici quelques analyses afin d’explorer certaines œuvres  de plus près:

L’arbre sans fin, de Claude Ponti [consulté le 25/03/2016]

Pétronille et ses 120 petits, de Claude Ponti [consulté le 25/03/2016]

Blaise, le poussin masqué [consulté le 25/03/2016]

 

 

 

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