Chihayafuru, Yuki SUETSUGU

Un hymne à la passion et à l’amitié

Chihayafuru tome 1

© PIKA Édition, 2013

L’héroïne de ce manga s’appelle Chihaya. C’est une jeune collégienne qui rêve de voir sa sœur devenir mannequin. Elle va découvrir son propre rêve avec l’arrivée d’un nouvel élève qui se nomme Arata. Celui-ci va lui faire découvrir la passion du Karuta, un jeu traditionnel japonais. Avec Arata et Taichi, l’ami d’enfance de Chihaya, ils vont s’inscrire dans un club de Karuta. Des liens forts se tissent entre les trois héros ; malheureusement ils vont être séparés. Chihaya et Taichi se retrouvent quatre ans plus tard dans le même lycée où ils vont fonder un club de Karuta et recruter des membres.

Le but de Chihaya dans la vie ? Devenir championne mondiale de Karuta !

L’un des principaux attraits de ce manga est de nous faire découvrir une part de la culture japonaise car il nous présente le Karuta de manière ludique.

Qu’est-ce que le Karuta ? C’est un sport/jeu traditionnel japonais utilisant le recueil de cent poèmes du Hyakunin Isshu. Chacun de ces cent poèmes est inscrit sur une carte, et ces cartes sont alors utilisées comme support de jeu. Chaque poème est divisé en deux parties : la première est seulement inscrite sur la carte du lecteur chargé de lire chacun des cent poèmes ; la deuxième partie du poème, quant à elle, est inscrite sur la carte de jeu. Le but est alors de récupérer la carte sur laquelle se trouve la fin du poème que le lecteur lit à haute voix. Il faut par conséquent être capable d’identifier rapidement la deuxième partie du poème lu et être également plus rapide que son adversaire. Le Karuta est un sport/jeu de rapidité, de stratégie, de mémoire, mais aussi de concentration.

L’auteur nous fait découvrir une part de la littérature japonaise grâce aux explications et à l’histoire liées à ces poèmes et elle nous fait également découvrir les traditions liées au Karuta tel le port d’un hakama, un habit traditionnel.

C’est aussi un manga émouvant et bouleversant, tant par la psychologie de ses personnages que par l’amitié qui se crée et se développe entre eux. Nous ne découvrons pas de personnages creux, au contraire ! Ils sont complexes et bien travaillés. Nous suivons leur parcours, leurs joies, leurs doutes, leurs victoires, mais aussi leurs défaites… Nous les voyons évoluer. Et malgré les difficultés qui se dressent sur leur chemin, ils n’abandonnent jamais. Cela les rend plus forts. Le Karuta leur permet de mûrir et de s’épanouir. C’est un manga motivant, qui nous pousse à aller au bout de nos capacités et à ne jamais abandonner. Cette citation nous en donne un aperçu : « Tu penses vraiment ne pas arriver à devenir fort, même en y passant des jours et des nuits ? Tu sortiras ce genre d’excuses une fois que tu auras essayé ! »

Voici une phrase dite à Chihaya par l’un des membres du club, qui illustre bien l’amitié qui les unit tous : « J’ai lu cette phrase un jour, dans un livre… « Ceux qu’on aimerait avoir près de soi en toute occasion »… « sont des membres de la famille ». Peu importe depuis combien de temps on les connaît ou le degré d’intimité de la relation… »

Les deux premiers tomes de ce manga mettent en scène l’enfance de nos trois héros. Ils posent les bases d’une véritable amitié et d’une histoire bien développée.

Chihaya, notre héroïne, possède une volonté de fer et se bat corps et âme pour toujours se surpasser au Karuta en poursuivant ses convictions jusqu’au bout. Elle motive ses amis du club afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Le Karuta fait écho à des problèmes plus profonds pour chacun des protagonistes. Avant de fonder son club et de nouer des amitiés avec ses membres, Chihaya est une lycéenne solitaire car personne ne comprend sa passion, et lorsqu’elle tente de raconter ses premiers pas en famille, elle reste transparente à cause du succès de sa sœur. Nous observons son évolution au fil des tomes et découvrons qu’elle change peu à peu en ayant plus confiance en ses capacités. Chaque personnage est attachant et nous apprenons à tous les connaître. Au début du manga, Taichi fuit le Karuta car il ne supporte pas de ne pas pouvoir surpasser Arata et Chihaya. Nous allons donc suivre sa transformation car il est l’un des personnages qui va le plus évoluer. Voici le genre de réflexion qu’il va se faire et qui montre cela : « Devenir rang A n’est pas mon but principal. Ce que je veux, c’est surtout ne plus être un lâche… » ou encore : « C’est difficile mais je m’accroche. Je perds souvent, mais je continue ! Parce qu’à chaque fois que je gagne… Je me sens tellement heureux… »

Ce manga est un petit trésor sur l’acceptation de soi et de sa différence.

Le thème central de Chihayafuru est le Karuta. La romance vient en arrière-plan et est très minime, ce qui change des mangas à l’eau de rose bourrés de clichés. Cela est très intéressant car ce manga est rangé dans la catégorie des Shôjos, c’est-à-dire les mangas dont le thème principal est généralement l’amour, et dont la cible est constituée d’adolescentes. Il y a tout de même une romance avec un triangle amoureux entre nos trois protagonistes. Ce Shôjo peut autant plaire aux filles qu’aux garçons, et peut intéresser un public plus vaste que les adolescents tel que les adultes. Il est un peu trop complexe pour les enfants, mais très bien adapté pour les adolescents. La loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse ne figure pas dans le manga.

Lors de notre lecture, nous sommes transportés dans l’histoire, nous avons l’impression de disputer nous-mêmes les compétitions. Le suspens et l’adrénaline des matchs nous happent complètement et nous tiennent totalement en haleine. L’intensité est remarquablement rendue.

Ce manga possède deux aspects différents quant à l’histoire. En effet, il y a toute la partie des entraînements, des rencontres, et des matchs de Karuta. Mais il y a aussi la partie sur la vie des personnages en dehors du Karuta, qui est certes moins mise en avant, mais qui est présente également.

En ce qui concerne les illustrations, l’auteur a un talent remarquable. Ses dessins sont fins et soignés, ils sont réalistes et possèdent de nombreux détails. Ce qui est le plus impressionnant, ce sont les expressions des visages. Elles sont pleines de profondeur, certaines nous bouleversent par les sentiments qu’elles dégagent, comme par exemple lorsque Arata se retrouve en pleurs devant ses amis lorsqu’ils sont plus jeunes et qu’il va devoir les quitter. Ou encore lorsque Chihaya donne son maximum lors d’un match.

Au Japon, ce manga a remporté plusieurs prix et il apparaît régulièrement dans les classements annuels des meilleures ventes de mangas.

L’éditeur français Pika propose une édition dotée d’un accompagnement très riche et de qualité, car les poèmes du jeu sont fournis dans un livret et un dossier de plusieurs pages sur le monde du Karuta clôt le premier volume. Et si vous souhaitez jouer au Karuta, des cartes avec les poèmes sont également fournies avec les tomes. Dix tomes sortis en France et 26 tomes publiés au Japon pour le moment, nous allons pouvoir suivre longuement les aventures de Chihaya !

Il existe également un anime de Chihayafuru, qui est très fidèle au manga.

Pour aller plus loin :

Pika Édition est une maison d’édition française spécialisée dans le manga, voici le lien vers son site : http://www.pika.fr/

L’auteure, Yugi Suetsugu, est une mangaka japonaise qui a débuté sa carrière en 1992. Pour en savoir plus sur elle : http://www.babelio.com/auteur/Yuki-Suetsugu/106954

Si vous souhaitez pratiquer le Karuta avec d’autres personnes, il existe une association française de Karuta : https://www.facebook.com/Karuta.Fr/info?tab=page_info

Et son site web : http://www.karutafrance.ml/le-karuta-en-france/sentrainer-en-france/

Public : Adolescent(e)s, adultes.

SUETSUGU, Yuki. Chihayafuru. Fédoua LAMODIÈRE (trad). Boulogne-Billancourt : PIKA Édition, 2013. 183 p. : ill. ; 18 x 12 cm ;1 livret + 8 cartes détachables. Pika shôjo. ISBN : 978-2-8116-1118-7

Références de l’image du bandeau-annonce : By Kasuga (Own work) [GFDL], CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/).

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