Arachné, l’araignée tisserande

« Je m’appelle Arachné et je suis une petite araignée. Autrefois, j’étais une jolie jeune fille, j’ai grandi avec mon père, Idmon. Il m’emmenait souvent dans son atelier de teinturier pour me montrer son travail. J’y ai découvert trois métiers. D’abord il y a les fileuses, qui transforment la laine en fils ; ensuite, il y a les teinturiers qui donnent de la couleur aux fils ; puis les tisserandes, qui dessinent grâce aux fils colorés sur des toiles. C’est tout un art ! Depuis le premier jour où j’ai visité cet atelier, mon rêve est de devenir tisserande, et je vais te raconter comment un jour j’ai réussi à le réaliser. »

(à partir de 8 ans) 

HERIMONT Sybille. Araignée du soir. PourPenser édition, 2014. Coll.PourGamberger. Marianne Pasquet(ill)

HERIMONT Sybille, PASQUET Marianne. Araignée du soir. © PourPenser éditions, 2014.

Arachné, célèbre petite prodige du fil

Arachné l’araignée, se revoit en tant que jeune fille. Elle raconte la puissance de son don lorsqu’elle était encore une jolie demoiselle.

Tout a commencé le jour de mes 15 ans, mon père m’a offert un métier à tisser, j’étais très heureuse ! Je n’aurais pu rêver meilleur cadeau ! Je n’avais encore jamais tissé, mais comme j’avais regardé durant des années les tisserandes de l’atelier, je savais comment faire. J’ai donc commencé à imiter les gestes qu’elles faisaient et j’ai réussi à achever ma première toile. Quand je l’ai montrée à mon père, il s’est frotté les yeux. Il n’y croyait pas. Il a alors montré ma toile à plusieurs personne et elles l’ont toutes trouvée magnifique. J’étais heureuse d’avoir un tel succès ! J’ai alors tissé d’autres toiles, aussi belle les unes que les autres. Si bien que des hommes et des femmes se déplaçaient pour voir mon travail. Tout le monde dans la région connaissait mon nom. Cela ne me gênait pas, bien au contraire. J’étais très contente. Pendant que d’autres admiraient mon travail, certains étaient jaloux. Ils ne voulaient pas croire à mon don et disaient que j’avais Pallas pour maîtresse. Pallas est une tisserande au très grand talent, mais elle ne m’a rien appris. J’ai appris toute seule en regardant les tisserandes de l’atelier ! Au début cela m’embêtait, mais je ne disais rien, ce n’était que des mensonges. Qui pouvait les croire ? Puis, lors de mes 17 ans, à force d’entendre ces paroles sans cesse, je me suis mise en colère.

 

Un don pour Arachné, mais aucune sagesse…

Qu’elle lutte avec moi ! Vaincue,je me soumets à tout.

Voilà ce que j’ai dit sous l’effet de la colère. Le lendemain j’eus la visite d’une vieille dame qui me gronda pour ces dernières paroles, mais je n’étais pas d’accord avec elle.

Elle me dit :

« Arachné, sois plus humble face à la déesse, ne provoque pas sa colère, tu ne peux être meilleure face à tant de sagesse et de savoir. L’expérience fait le savoir, et tu n’as que 17 ans, pauvre fille, comment peux-tu avoir le savoir d’une immortelle ? »

Je lui répondis que je voulais que l’on m’accorde les mérites de mon travail, et de toute façon j’étais plus forte que cette Pallas ! Que pensait-elle ? Tisser mieux que moi ? J’ai un don, des personnes de l’autre bout du pays se déplacent pour voir mes toiles ! Cela a une signification, cela signifie que JE suis la meilleure. Mon don est bien plus puissant que son expérience !

Mortelle contre Immortelle

C’est alors que la vieille dame se transforma en Pallas, elle m’avait bien trompée.

« Je relève ton défi, Arachné ! dit-elle. »

Bien que je ne voulusse pas réellement provoquer la déesse, je n’étais pas impressionnée par son talent, mais l’idée d’un duel face à une déesse m’effrayait. Les dieux sur terre m’effraient en général, il n’y a qu’à voir tout le mal qu’ils ont pu faire aux héros : Sisyphe, condamné à rouler un immense rocher jusqu’à la fin de ses jours ; Méduse, une ancienne jolie femme qui, par la faute des dieux, a des serpents à la place des cheveux et ne peut plus être regardée dans les yeux sans changer en pierre les hommes ; et surtout, Zeus, qui fait souffrir le cœur des petites mortelles. C’est pourquoi sur ma toile j’ai décidé de dessiner les héros punis par les dieux, pour montrer à quel point ils sont méchants avec nous et ne nous laissent jamais aucune chance d’être meilleur qu’eux. Enfin… Je savais surtout que la déesse n’aimerait pas et taquiner son ego ne lui ferait pas de mal. Quant à Pallas, elle décida de représenter les dieux de l’Olympe tout puissant. Nous avons tissé de longues heures, jusqu’à la tombée de la nuit. Le lendemain quelqu’un trancherait et déciderait qui est la meilleure.

Une mauvaise victoire

Je n’ai pas dormi de la nuit, j’étais bien trop pressée de voir la jalousie de Pallas lorsque l’on me nommerait meilleure tisserande qu’elle. Le jour se leva, et comme d’habitude je suis allée à l’atelier avec mon père. Pallas nous attendait. Un vieil homme désigna la meilleure tisserande après avoir observé nos toiles minutieusement. C’était moi. Je vivais un rêve, non seulement j’étais devenue une des meilleures tisserandes de la région à 17 ans mais, de plus, je tissais mieux qu’une déesse. Et toc !

« Mais comment est-ce possible, comment une petite si prétentieuse peut-elle gagner face à ma sagesse et à tout mon apprentissage ? Tu n’aurais jamais dû me provoquer, petite insolente, un mortel ne gagne jamais ! »

Sur ces mots la déesse déchira ma toile, j’ai alors fondu en larmes. Comment pouvait-elle me faire ça, j’y avais mis tout mon cœur, j’avais tissé les fils avec toute la passion qu’il y avait au fond de moi ! Je n’aurais jamais pensé énerver Pallas à ce point, et encore moins la rendre aussi jalouse de moi. Je me suis enfuie en courant dans la forêt. Mon père essaya de me rattraper, mais en vain, j’étais bien trop triste. J’ai fui de longs jours et  me suis laissée affaiblir, je n’ai rien mangé, rien bu. Ma peine était trop lourde. Puis j’ai fait un malaise. Par chance, des chasseurs étaient dans les bois. Lorsqu’ils ont aperçu mon corps inerte, ils m’ont porté jusqu’à la ville. Mon père s’inquiétait, il s’occupait de moi nuit et jour. Il souffrait à cause de moi, je n’aurais jamais dû provoquer la déesse et encore moins fuir. Mon père supplia la déesse de faire quelque chose pour moi, pour se faire pardonner de son geste qui m’avait fait tant de mal. Alors elle trouva comme idée de me transformer en … araignée. C’est ainsi que je pus continuer à tisser.

KRINGS Antoon. Chloé l'araignée. Gallimard Jeunesse/Giboulées, 1994. Drôles de Petites Bêtes - Giboulées.

KRINGS Antoon. Chloé l’araignée. © Gallimard Jeunesse, 1994

« Aujourd’hui je suis repoussante, mais je reste aux côtés de mon père. Grâce à mon nouveau corps je peux tisser autant que je le veux ! Même si je préférerais tisser avec mes doigts comme avant, tisser des dessins magnifiques et colorés. Ce n’est plus possible. Je ne peux plus revenir en arrière. C’est ainsi, et je n’ai plus qu’à être heureuse de cette manière, car dans la vie il ne faut jamais regarder en arrière, il faut sourire en regardant devant soi ! »

Arachné est maintenant heureuse, elle peut continuer à tisser.

 

 

 


D’après le mythe d’Arachné :
OVIDE. Les Métamorphoses, VI, (1-145). Traduction de Georges LAFAYE. Édition de Jean-Pierre Néraudau. Gallimard, 1992. p.191-196. Folio Classique. ISBN 2-07-038564-7.

Résumé

Arachné est une jolie jeune fille qui provoque une déesse en duel. Transformée, elle raconte son aventure qui l’a conduite dans ce nouveau corps.
Image à la une : Pallas et Arachné, toile de Rubens, Virginia museum of fine arts. Disponible sur le web : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rubens_Arachne.jpg.

 

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