À la conquête d’Atalante

Hippomène est un jeune homme qui a tout du prince charmant, sauf un cheval blanc. Il est parti à la recherche du grand amour, fuyant sa famille qui désire le marier à une jeune femme fortunée. Lors de son voyage, il arrive au beau milieu d’un événement sportif, une course à pieds, semble-t-il. Attiré par le bruit, il se fait une place au milieu des gradins. Quel spectacle peut bien rassembler tant de monde ? Qui participe donc à cette course ?

À partir de 14 ans.

Plus rapide que le vent

Aussi confortablement installé que possible sur le banc de bois, Hippomène observait la scène ; les coureurs s’approchaient de la ligne d’arrivée. Des boucles blondes flottant au vent attirèrent son regard et il bondit de sa place pour mieux les voir. En tête du peloton courait une belle jeune femme blonde aux yeux verts et à la peau nacrée.

Voilà Atalante !

La foule en délire hurlait le nom de la belle blonde. Elle fila comme le vent jusqu’à l’arrivée et se redressa en levant les bras et en criant sauvagement.

Personne ne peut me battre ! Personne ! s’exclama-t-elle.

Son regard était sauvage, elle semblait terrible et indestructible, dressée ainsi face à son public. Hippomène était ébahi devant une telle beauté et une telle fougue. Elle était là : la femme qui saurait combler son cœur et combattre à ses côtés.

Le jeune homme agrippa le bras d’un des spectateurs à sa droite et lui demanda :

Qui est donc cette jeune femme ? Et quel est le but de cette course ?

L’homme le regarda de la tête aux pieds, observant sa large carrure et ses vêtements exotiques.

Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas ? Vous avez devant vous la guerrière Atalante, aussi belle qu’Aphrodite elle-même et plus rapide que les meilleurs centaures. Des centaines de prétendants se pressent à ses pieds, mais elle refuse de prendre un époux. Elle les défie à la course jour après jour. Si un des prétendants gagne, elle l’épousera, mais s’ils perdent, ils mourront… Vous voulez tenter votre chance ?

Hippomène réfléchissait. Comment gagner une course perdue d’avance ? Les dieux avaient donné à Atalante cette rapidité, et Hippomène doutait de pouvoir la battre. Il s’éloigna du lieu de la course d’où la foule criait encore le nom de la belle blonde, cherchant un moyen d’atteindre la ligne d’arrivée le premier.

Les pommes de Pâris

Hippomène avait descendu la colline où se déroulait la course et était arrivé dans une petite ville où des marchands s’étaient installés sur la place. Le jeune homme regardait les différents étalages ; s’il ne pouvait vaincre Atalante en se servant de ses jambes, il allait devoir se servir de sa tête. Il s’arrêta devant un présentoir où se trouvaient de belles pommes. Hippomène prit une pomme dans sa main et regarda le marchand.

Ce sont de bien beaux fruits que vous avez là, mon ami.

– Merci beaucoup. Ma femme et moi parcourons le pays ensemble, vendant les pommes que nous a offertes la terre, lui répondit le marchand en désignant sa femme derrière lui.

Hippomène la regarda, et la trouva très belle, aussi soupira-t-il :

Vous avez bien de la chance. Mon cœur bat lui aussi pour une charmante dame, mais celle-ci refuse d’épouser qui que ce soit. Enfin… Pour pouvoir partager sa vie, il faudrait gagner la course qu’elle organise, mais malheureusement elle est plus rapide que tous.

Le marchand plissa les yeux et se pencha vers le jeune homme.

Si vous voulez tout savoir, j’ai réussi à épouser ma femme grâce à la déesse Aphrodite. Mon nom est Pâris et ma femme se prénomme Hélène. Nous venions tous deux de nations ennemies, mais la déesse m’a permis de nous réunir. Et j’ai peut-être quelque chose qui pourrait vous aider.

Le marchand se retourna vers sa charrette où il fouilla quelques sacs avant d’en tirer un hors du tas et de l’apporter à Hippomène.

Tenez, dit-il en tendant le sac au jeune homme, il y a là-dedans trois pommes d’or, cadeau de la déesse Aphrodite. Lors de la course, laissez-les tomber près de votre aimée, elle ne pourra pas s’empêcher de s’arrêter pour les ramasser. Si vous courez suffisamment vite, vous pourrez alors atteindre la ligne d’arrivée le premier.

Tout heureux, Hippomène remercia le marchand et retourna en direction de la colline, plus déterminé que jamais à gagner la course.

La ruse d’Hippomène

Arrivé sur le lieu de la compétition, Hippomène s’approcha d’Atalante et lui cria courageusement :

Belle Atalante ! Je souhaite te défier maintenant , et si les dieux me sont favorables, je remporterai et la course et ton cœur.

Atalante le regarda du haut de son siège en bois recouvert d’une peau d’ours qu’elle caressait du bout des doigts. Son regard se fit dur alors qu’elle répondait au jeune homme :

Dans ce cas, courons, cher ami. Mais si tu perds, tu subiras le même sort que les autres !

Tous deux se mirent en place sur le départ. Aussitôt que le signal fut donné, la jeune femme s’élança, légère comme une biche et rapide comme l’éclair. Hippomène se retrouvait déjà bien loin derrière elle. Il tira donc une des pommes d’or de son sac et la lança de toutes ses forces devant lui, si bien qu’elle atterrit à côté du chemin, devant Atalante. Celle-ci, surprise, se précipita vers le fruit doré pour le ramasser, et s’arrêta pour l’observer.

Quelle belle pomme, murmura-t-elle, ébahie, alors qu’Hippomène la dépassait à toute vitesse.

Que le meilleur gagne !

Voyant qu’elle se retrouvait dernière, la belle guerrière se remit à courir, fonçant le plus rapidement possible pour rattraper son adversaire. Mais à peine l’avait-elle dépassé qu’il lança une autre pomme loin du sentier. Atalante, voulant récupérer une fois de plus le fruit, se dit que le jeune homme n’avait aucune chance de gagner et qu’elle aurait le temps de le dépasser à nouveau, aussi se dirigea-telle vers la pomme dorée.

Hippomène, quant à lui, voyait déjà la ligne d’arrivée au loin, mais Atalante le rattrapa une fois de plus. Le jeune homme refusait de perdre, il lança son dernier fruit, laissa tomber son sac, et courut le plus vite possible jusqu’aux deux arbres qui formaient l’arrivée. Atalante était prise au piège, et malgré sa rage, elle n’arriva pas à dépasser Hippomène, qui passa la ligne d’arrivée le premier, épuisé.

Il se tourna alors vers la jeune guerrière, et lui adressa ces mots :

Comme tu le vois, je t’ai battue, Atalante. Tu te dois de tenir ta promesse et de faire de moi ton époux.

La jeune femme était choquée ; aucun homme, ni centaure, ne l’avait jamais dépassée à la course. Elle leva les yeux vers Hippomène, à la fois frustrée par sa défaite mais ravie d’avoir trouvé un adversaire à sa taille.

Je tiendrai ma promesse, et je souhaite à présent connaître ton nom, ô mon futur époux. Les dieux se souviendront du jour où la vitesse d’Atalante aura été vaincue par la ruse d’un étranger.

Les voix de la foule explosaient, tous applaudissaient le jeune homme qui avait remporté la main de la guerrière blonde et voulaient connaître son nom pour le graver à jamais dans leurs mémoires. Hippomène se leva et cria pour couvrir les bruits de la foule :

Mon nom est Hippomène, fils de Mégarée, petit-fils d’Onchestus et ayant Poséidon comme ancêtre ! Et aujourd’hui j’ai conquis le cœur de la belle Atalante !

Le mariage de la guerrière Atalante et de l’homme rusé

Le jour suivant la victoire d’Hippomène, de grandes festivités furent organisées. La fête était magnifique, tout comme Atalante qui était revêtue d’une robe blanche et légère de cérémonie et qui portait sur son front un diadème doré. Le jeune homme savourait ce moment, tenant la main de son épouse et chantant en cœur avec les musiciens.

Cependant, loin au-dessus de la fête, se tenait la déesse Aphrodite. Hippomène ne l’avait pas remerciée d’être intervenue dans sa quête de l’amour et elle en était furieuse. C’était elle qui avait fait fabriquer ces pommes d’or, et aussi elle qui avait fait en sorte que le jeune homme rencontre Pâris. Ainsi oubliée, elle s’en retourna sur l’Olympe, et déçue, alla se plaindre de son sort au grand Zeus. Celui-ci pour diminuer sa peine, métamorphosa Atalante et Hippomène en lions, qui malgré ce triste sort, passèrent le reste de leur vie ensemble.

Résumé

Hippomène, un jeune homme en quête de l’amour, tombe sous le charme de la guerrière Atalante. Mais celle-ci ne veut prendre aucun époux et défie à la course tous ses prétendants. Étant bénie par les dieux qui lui ont accordé une vitesse incroyable, personne n’arrive à la battre. Jusqu’au jour où Hippomène décide de tenter sa chance, aidé par les ruses de la déesse Aphrodite.

Bibliographie

  • OVIDELivre Dixième – Atalante. In : Les MétamorphosesJean-Pierre NERAUDAU (trad.). Paris : Gallimard, 1992. pp. 341 à 347. IBSN : 978-2-07-038564-5

  • HOMÈRE. L’Iliade. Charles-René-Marie LECONTE DE L’ISLE (trad.) ; Odile MORTIER-WALDSCHMIDT (préf.). Paris : éd. Pocket, 2013. IBSN : 978-2-266-24675-0

Image à la une : Atalante, par Pierre Lepautre. Musée du Louvre, Paris. Disponible sur Wikimedia commons.

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